À la fête de l’Humanité 2026, une rencontre des communistes qui animent le blog « En avant le manifeste » a eu lieu. Il y a été convenu que notre camarade Évelyne Ternant y tiendrait une tribune hebdomadaire, avec l’intention d’animer le blog dans le sens du manifeste et des congrès, et bien sûr d’apporter cette vision novatrice dans les actions, les conquêtes et les campagnes électorales — sénatoriales, présidentielles et législatives — qui s’annoncent.
Voici la première de ces chroniques.
Les déchaînements de violence verbale sur les réseaux sociaux, de tous les côtés, déforment ce qui s’est passé à la fête de l’Huma.
Ce que la fête a réellement montré
De nombreux jeunes ont découvert dans la fête la force du Parti communiste, de son implantation nationale avec des stands venus des quatre coins de France, de ses idées avec la participation de communistes dans de très nombreux débats, de son énergie militante, avec le meeting de Fabien Roussel sur le lieu phare de la fête, la scène Angela Davis, en présence d’une foule nombreuse et motivée.
Non, la fête n’a pas été le moment d’effacement communiste que décrivent certains, au point que, même si son propos n’était pas dénué d’arrière-pensées, Mélenchon lui-même s’est senti obligé de rendre hommage aux militants communistes pour la tenue de la fête.
La fête de l’Huma a installé la légitimité de la candidature communiste, et ce ne sont pas quelques slogans d’une toute petite minorité d’excités qui changent cet état de fait, ni ne peuvent faire disparaître l’ambiance générale de respect de la parole communiste dans les débats, dans les stands et lors des innombrables discussions entre militants.
La place prise par Mélenchon
Oui, Mélenchon en a fait un moment important de sa campagne, confirmant à quel point la fête de l’Huma est bel et bien le rendez-vous politique incontournable à gauche, à 8 mois de l’élection présidentielle de surcroît ! Les protestations qui se répandent dans les réseaux sociaux contre la place qu’il a prise dans la fête ne sont pas justifiées à deux égards : on ne voit pas comment l’accès à la fête aurait pu lui être restreint d’une quelconque manière, et elle révèle une attractivité certaine de sa campagne, en particulier auprès de la jeunesse.
Le déni en politique n’a jamais permis de faire émerger les bonnes réponses.
Il s’agit donc de relever le défi de la nécessaire confrontation d’idées à gauche, qui n’a rien à voir avec l’invective et la polémique. L’apport communiste, sans concession sur le fond, n’est nullement contradictoire avec le rassemblement des électorats, qui devra se faire à un moment ou un autre. Il s’impose pour rassembler sur une base transformatrice plus crédible, condition nécessaire pour changer le rapport de force vis-à-vis des droites et de l’extrême droite.
Des « bougés » déjà perceptibles
La preuve en est donnée par des « bougés » déjà perceptibles.
Alors que les économistes communistes ont été pendant des années les seuls à évoquer le potentiel de financement monétaire issu de la BCE (Banque centrale européenne), voilà que LFI s’en empare, une convergence nouvelle soulignée par Denis Durand lors du débat avec Éric Coquerel. Mais la référence à la BCE vient à l’appui d’une proposition d’annulation de la dette publique qui s’apparente assez largement à un mirage : nous nous en expliquerons dans une prochaine chronique dédiée à ce sujet.
Alors que le programme de LFI en 2022 comme en 2024 valorisait le financement de la Sécurité sociale par la CSG, proposant même qu’elle s’aligne sur la progressivité de l’impôt sur le revenu, autrement dit qu’elle se fonde à lui, validant ainsi la fiscalisation de son financement, voilà que JLM défend maintenant la cotisation sociale, assortie d’une gestion des caisses par les travailleuses et travailleurs, rejoignant un combat que nous menons depuis longtemps avec la CGT. Mais il va falloir regarder ses propositions de près, les confronter aux nôtres, pousser le débat pour garantir qu’il s’agit bien d’une nouvelle convergence, et non d’un effet de tribune facile à la fête de l’Humanité.
Le rôle du mouvement populaire
Pousser le débat à gauche, c’est aussi insister sur le rôle du mouvement populaire dans la transformation sociale, car si JLM met en scène « SA » présidence de la République, s’étend abondamment sur ce qu’« IL » dira à tel ou tel, sur ce qu’« IL » fera dans telle ou telle institution, le peuple, souvent cité dans le discours, ne semble guère sollicité au-delà d’une « révolution dans les urnes » et d’une fonction de soutien.
L’apport des communistes devra s’attacher à dissiper l’illusion du changement dans la délégation de pouvoirs à un gouvernement de gauche, sans luttes, sans mobilisations puissantes, sans exigences de nouveaux pouvoirs de décision décentralisés dans les lieux de travail et les lieux de vie. Il nous revient donc la fonction mémorielle sur les expériences historiques des gouvernements de gauche, qui ne doivent surtout pas tomber aux oubliettes !
Une campagne à haut niveau d’exigence
C’est une campagne à haut niveau d’exigence politique qui nous attend, où il serait hasardeux de s’en remettre à une communication superficielle. Il y a du travail, beaucoup de travail à faire collectivement pour déterminer les axes principaux de la campagne, élaborer des argumentaires solides, « armer » les communistes et leur permettre d’aller sereinement au débat avec la population, faire bouger les lignes en profondeur et conjurer ainsi tous les périls.
Évelyne Ternant


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