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Conseil national des 28 et 29 mars

Au terme de ce conseil national, un projet de texte de base commune de discussion pour le 40ᵉ congrès a été adopté par 74 voix sur 188 membres.

Le projet de base commune de discussion pour le 40ème congrès a été adopté par 74 voix (sur 182 membres, soit 41 %) contre 22 ; Il y a eu 8 abstentions. Il faut se souvenir que les CN a été élus par 80% par le 39e congres

De nombreuses interventions ont exprimé des critiques d’inspirations et de portées diverses sur ce texte.

Pour la bonne compréhension des éléments clés du débat nous publions ci-dessous les interventions de Frédéric Boccara, Evelyne Ternant , Denis Durand , Jean Marc Durand

Comme il y a eu un débats sur les éléctions municipales , les interventions d’Evelyne Ternent et Jean Marc Durand à ce sujet sont en fin de cette publication.

  1. intervention de Frédéric Boccara (sur la 2ème version de base commune, proposée au vote du CN)

Ce dimanche, nous prenons connaissance de la nouvelle version de base commune du texte. A laquelle je n’ai pas participé, ayant contesté l’économie d’ensemble du projet d’hier soir.

Il y a eu une multitude de modifications.

Mais d’une part rien de changé dans l’analyse. D’autre part surtout des ajouts sans retirer.

En conséquence, on a encore plus qu’avant on a dans le texte une chose et son contraire. Ce qui pose des problèmes politiques de fond. Ce « en même temps » laisse les mains libres à la « cellule nationale de direction » de pratiquer une politique ou une autre. Et nous l’avons déjà vécu pour les élections européennes, où les amendements pour contrer la dérive souverainiste ont été introduits « en même temps » que les phrase à tendance souverainiste ont été maintenues. On a vu ce qu’il en est résulté pour la campagne… Ce n’est en plus pas du tout une bonne façon de construire l’unité du parti.

D’autre part, la question d’une autre utilisation de l’argent est absente en pratique, totalement sous-estimée, alors qu’elle devrait être une colonne vertébrale de notre activité idéologique et pratique. La bataille pour des moyens et pouvoirs à l’appui d’objectifs sociaux, écologiques et émancipateurs ambitieux est non seulement fondamentale, mais elle permet aussi de montrer que l’on conjure les limites et échecs de la gauche. Elle fait la différence avec d’autres forces de gauche tout en leur laissant la possibilité de s’y associer, venant ainsi sur le terrain que nous souhaitons.

Je trouve donc que malheureusement cette base commune ne convient pas. Les problèmes y sont en quelque sorte structurels.

Elle continue à tourner le dos aux 38ème et 39ème congrès.

Il y a besoin d’une armature marxiste de notre temps, s’appuyant sur le marxisme. Or elle est fort peu marxiste. Il faut une conception bien moins électoraliste de notre activité que celle qui traverse l’ensemble du texte, en même temps qu’il y a besoin de conjurer vraiment une possible arrivée de l’extrême-droite au pouvoir exécutif. Et d’actes pour ce faire. Il y a besoin d’une tout autre conception du parti et du rôle de ses adhérents.

Cela nécessiterait de formuler des analyse allant au-delà des constats de surface, de renouer avec la volonté d’une transformation révolutionnaire de la société, au lieu, au mieux, d’en citer quelques « marqueurs » et de répéter le mot « classe » en évinçant le capital de son analyse.

Au-delà de ses limites ce texte est porteur d’une certaine orientation du PCF, d’une certaine conception de son combat, que je ne partage pas et qui tourne le dos aux 38ème et 38ème congrès (même si il est affirmé le contraire) et qui constituerait un recul immense.

C’est pourquoi j’affirme le besoin d’une tout autre base commune.

2) Intervention sur le projet de base commune Evelyne Ternant

Le 40 éme congrès arrive à un moment où se conjuguent toutes les difficultés : poussée de l’inflation e. montée du chômage, sur fond de crise systémique ; menaces liées aux guerres impérialistes ; risques politiques du fascisme en France.
Les difficultés rencontrées par notre parti, malgré une certaine résistance aux municipales témoignent d’un affaiblissement électoral et d’un rétrécissement de notre organisation qui, de fait, ne couvre plus des pans entiers du territoire, bien que, dans le même temps, nos ressources de mobilisation aient encore fait leur preuve aux municipales, et que la créativité intellectuelle issue du travail effectué par nos commissions et nos revues soit remarquable.


L’enjeu du 40 ème congrès est de redonner, dans ce moment où tous les risques nationaux et internationaux se conjuguent, un élan au parti et « d’armer » les communistes, idéologiquement et politiquement, afin que s’organise dans nos localités la résistance et la construction, avec d’autres, de l’alternative, car c’est bien par le bas, dans l’émergence d’un mouvement puissant, poussant les forces politiques à proposer des mesures de dépassement des règles et logiques capitalistes, qu’elle pourra advenir.

Armer idéologiquement et politiquement les communistes suppose trois catégories d’apports :
1- un apport théorique marxiste sur la compréhension de la crise systémique du capitalisme, avec notamment des éléments sur les stratégies actuelles des grands acteurs du capital
 : multinationales, GAFAM, marchés financiers, dans le contexte d’une révolution informationnelle qui modifie à vitesse accélérée non seulement les façons de produire, mais aussi les relations au sein de la société tout entière. Ces évolutions rentrent plus que jamais en contradiction frontale avec l’obsession capitaliste de la baisse du coût du travail. Les politiques publiques sont-elles aussi
traversées par des contradictions majeures, entre la montée des besoins sociaux et écologiques et leur négation par les politiques d’austérité sous tutelle des marchés financiers et l’engagement dans l’économie de guerre.

– le deuxième apport est celui de la maîtrise du projet communiste : sa cohérence, entre objectifs sociaux et écologiques, conquêtes de pouvoirs et maîtrise des moyens financier ; sa déclinaison en mesures concrètes qui peuvent donner une perspective aux luttes et devenir objets de luttes en soi.

-le troisième apport attendu est celui de la clarté sur la stratégie de rassemblement qui, s’il se limitait à un front antifasciste, serait bien incapable de faire obstacle à l’accession de l’extrême droit au pouvoir : un rassemblement gagnant contre l’extrême droite doit au contraire porter l’alternative de transformation.

Autrement dit, il y a besoin d’apports communistes solides et en même nécessité d’une perspective de rassemblement crédible.
Sur aucun de ces trois points (analyse marxiste de la crise, projet communiste, stratégie de rassemblement) le texte ne répond aux nécessités du moment.

1-La notion englobante et générique de « classe capitaliste » désincarnée masque les acteurs dominants et leur stratégie, dans une description de la crise atemporelle, éloignée des réalités concrètes du moment. Le texte est insuffisant pour comprendre les développements récents du capitalisme mondialisé et de sa crise.

2-Le projet communiste disparaît derrière l’introduction du « socialisme », comme ce fut le cas d’ailleurs dans les années 80, où le socialisme était bien décrit comme une transition, mais vers on ne savait plus trop quoi. Or, l’histoire nous a appris que la transition doit porter les marques de la visée elle-même, sauf à devenir une fin en soi et connaître des dérives. La marque du communisme, où « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », c’est l’impératif démocratique, dans tous domaines de la vie. Il implique la mise en place de processus autogestionnaires ; cette avancées majeure de la réflexion communiste à partir des échecs des expériences des pays socialistes a disparu de la représentation qui est faite du socialisme, qui apparaît ainsi comme fondamentalement étatique et centralisé. Les analyses marxistes sur l’Etat et son nécessaire dépérissement, qui appellent à une autre conception de son fonctionnement dans le socialisme, sont passées à la trappe.

3-Enfin, sur la stratégie de rassemblement, c’est la persistance d’un flou qui déstabilise fortement els communistes. Après les déplorations habituelles sur les défauts des partis de gauche, et mention particulière pour LFI, dont on ne différencie pas son état -major, ses militants et ses électeurs, et toujours réputée globalement infréquentable, aucune voie n’est tracée pour construire un rassemblement populaire, avec les forces sociales et politiques progressistes, sur la base d’un socle commun de transformation. Comme si la présentation d’un candidat communiste à la présidentielle était incompatible avec cet objectif !
Quant aux législatives, laissées au cas par cas d’accords dans chaque circonscription, on comprend bien que cela se fera prioritairement avec le PS et les Ecologistes, sans contenu commun, renouant avec des stratégies strictement électoralistes.

Ce texte de base commune est l’aboutissement d’un mode de fonctionnement qui depuis le 39ème congrès a refoulé le débat sur des divergences croissantes au sein de la direction nationale : qu’il s’agisse de la question du travail, de l’étatisme, de notre rapport aux luttes, de certaines prises de position internationales, nous sommes quelques-uns à avoir porté des conceptions différentes : au lieu de les dépasser par un débat de fond mis clairement mis entre les mains du CN et des communistes, le choix a été fait de maintenir une ligne qui s’éloigne de plus en plus des orientations des 38e et 39é congrès, tout en intégrant ici et là certaines propositions des commissions, notamment celles de la commission économique donnant lieu à des textes éclectiques, truffés de contradictions.

Prenons l’exemple de l’Europe : il est redit dans le texte, comme lors de la campagne des Européennes, qu’on ne peut rien changer hors de la refondation des traités. Dès lors, la proposition d’un Fonds de développement des services publics financé par la BCE, mesure applicable immédiatement, à partir du cadre existant, mais qui introduit une rupture majeure en sortant les financements européens des marchés financiers, est incohérente avec cette posture générale d’impossible changement, laquelle sous-entend finalement le principe d’inutilité des combats politiques européens immédiats, et interroge même sur le sens de vouloir encore être représentés au parlement.

Ce projet de base commune se refuse à tout retour critique sur notre activité depuis le 39è congrès, et en dépit de quelques concessions formelles dans les textes, affiche une ligne politique qui nous cantonne à l’opportunisme électoraliste et ne nous permet pas de mener les batailles politiques à caractère communiste. Pour preuve, la proposition de reconduire à l’identique, sans la moindre autocritique, une campagne Industrie-Services Publics qui n’a pas fonctionné, parce que conçue au sommet, uniquement en termes de communication et de renforcement, elle a été faible sur les contenus, en effaçant la question de l’emploi qui est au cœur de l’affrontement avec le capital, et inefficace sur la méthode, en écartant les fédérations de son élaboration.

Enfin l’absence de propositions sur le fonctionnement des instances de direction nationale, CN et CEN, en dehors de l’effectif, alors qu’elles fonctionnent comme des chambres d’enregistrement, montre que c’est la continuité d’un pouvoir de décision concentré entre les mains d’un nombre très restreint de camarades, qui nous est proposé, au lieu d’une élaboration réellement collective, pourtant plus que jamais nécessaire pour l’unité du parti.
Qu’il s’agisse du contenu théorique, su projet, ou du fonctionnement, il y a pour moi trop d’insuffisances et de divergences pour pouvoir amender ce texte. Je ne le voterai pas.

3) Intervention de Denis Durand .

Depuis le 39eme congrès, un décalage s’est accru entre nos orientations de congrès et ce qui ressort, pour nos concitoyens, de l’action politique du Parti.

Ce texte aurait pu chercher à résoudre cette contradiction en préconisant d’aligner la pratique sur les choix opérés dans nos instances. Il fait le choix inverse : sortir de la contradiction en sacrifiant l’ambition révolutionnaire autour de laquelle les communistes se sont rassemblés aux 38eme et 39eme congrès pour sortir de l’effacement.

Je me limite à quelques exemples. L’analyse marxiste de la crise de civilisation est absente. À la place, il est écrit que le capitalisme se « reconfigure » parce que le néolibéralisme est « épuisé », c’est-à-dire que nous nous privons des explications tirées de l’analyse des contradictions du capital, de sa suraccumulation, de la façon dont ces contradictions ont porté le capitalisme à son stade actuel et à sa crise.

Aucune articulation n’est proposée de cette crise avec les révolutions qui bouleversent le monde contemporain. La révolution écologique est mentionnée ici ou là sans lien avec les autres dimensions de la crise. De même pour la révolution informationnelle, qu’on ne sait même pas très bien comment nommer. L’expression délicieusement surannée de « cyberrévolution » n’évoque absolument pas le besoin d’une nouvelle civilisation pour faire face aux nouvelles contradictions qui montent entre forces productives et rapports de production.

Deuxième exemple, le projet communiste que nous avions pris comme boussole, aux 38ème et 39ème congrès, pour agir dans un monde de plus en plus chaotique, n’est mentionné qu’en passant. À la place, un mot qui était tabou au 39eme congrès est soudain brandi comme un totem : le socialisme. Mais qu’est-ce qu’un socialisme qui ne serait pas un processus de lutte tirant tout son sens de l’avenir qu’il vise, c’est-à-dire la transition vers le communisme ? Un « socialisme » qui deviendrait un but en soi, serait, au mieux, une social-démocratie, et ce n’est évidemment pas ce que nous voulons. Mais alors, que voulons-nous ?

Dernier exemple, le paragraphe sur l’Europe reprend très exactement les thèmes désespérants de notre campagne européenne, qui étaient absolument contraires aux choix de nos congrès et de nos instances.

C’est là qu’on aurait besoin d’un bilan. Il me semble que celui des élections européennes est suffisamment désastreux pour être parlant.

La lecture du texte oblige à comprendre qu’il nous propose de continuer sans en tenir compte.

Et continuer pour aller où ? Du texte, et du contexte, on peut déduire une réponse : aller au gouvernement dans le cadre d’une « République refondée ». Mais il ne suffit pas d’être au gouvernement pour être au pouvoir. Pour faire reculer le pouvoir du capital, rendre « sociale » la République bourgeoise ne fait pas le compte.

« Pousser jusqu’au bout », comme dit le texte, le mouvement révolutionnaire issu des Lumières et du mouvement ouvrier, c’est entendre ces nouvelles générations qui n’en peuvent plus des délégations de pouvoir, au patronat dans l’entreprises, à des représentants de plus en plus décrédibilisés par la crise dans la cité.

C’est donc répondre à la crise de l’État – car l’État est en crise, comme toute la société – en s’appuyant sur les contradictions qui le traversent, pour dépasser ces délégations de pouvoir par une prise de pouvoir directe des citoyens, des travailleurs : c’est cela le communisme, depuis Marx et Engels, et de façon encore bien plus actuelle aujourd’hui. Le travail collectif des communistes a permis de proposer des modalités concrètes de cette transition socialiste et de sa cohérence avec le but final, une société communiste : de nouvelles institutions instaurant une combinaison tout à fait inédite entre autogestion et planification, avec en leur cœur le développement de nouveaux services publics qui ne sont pas l’État mais qui peuvent être, en quelque sorte, une modalité du dépassement de l’État. Mais tout cela est méthodiquement effacé du texte.

Pendant ce temps, dans la vie réelle, les périls montent. Ce texte dans sa logique d’ensemble ne nous donne pas de boussole pour jouer notre rôle dans la résistance et dans le rassemblement autour d’une alternative capable de faire reculer l’emprise du Rassemblement national sur les esprits. Il ne convient donc pas.

4) Interventions de Jean-Marc Durand

Débat sur le projet de base commune.

Quelques mots sur le projet de texte de base commune. Deux remarques préalables.

L’anormale contrainte de temps imposée aux communistes pour préparer ce congrès qui laisse une drôle d’impression entre travail bâclé et passage en force.

A croire qu’on ignore le travail qu’il faut mener dans les sections et les fédérations lors d’un congrès si on veut que sa préparation ne soit pas l’apanage de quelques-uns disposant du temps et des moyens pour cela.

Il semble que le besoin de pousser le débat le plus loin possible soit également très sous-estimé. Pourtant, le niveau des enjeux posés l’exige. Que ce soit :

  • Au plan de la situation politique en France et dans le monde par rapport à des sujets comme la paix, le climat, l’économie, la monté des droites extrêmes,
  • E termes d’exigence de compréhension des transformations d’un système capitaliste à la recherche de nouveaux chemins de domination dont la montée des impérialismes comme le développement des guerres sont des manifestations.

Pour en venir au texte, je me limiterai au passage sur la République qui invite à la démocratiser parlant même de nouvelles institutions. Bien mais cela pour chuter sur quoi ? Sur le besoin d’un nouveau rôle du parlement ? Oui ce besoin existe. Mais comment aborder cette question sans analyser l’énorme crise de la délégation et de la démocratie représentative avec la défiance populaire comme corollaire traduisant une crise de régime sans précédent.

On ne peut prétendre régler cette question par une copie de la 6ème République mélenchoniste !

Alors que c’est précisément là que la novation communiste devrait prendre tout son sens et toute sa dimension fondée en cela sur les 38ème et 39ème congrès dont l’esprit et la lettre semblent avoir vite été oubliés.

Et cette novation, elles s’incarne dans des propositions précises de nouvelles institutions engageant un nouveau développement de la démocratie – qui n’est pas un simple supplément d’âme- constitutif d’un nouvelle République faisant des citoyennes et des citoyens de véritables actrices et acteurs des gestions, du local au national, de la cité à l’entreprise dans une nouvelle articulation avec la démocratie représentative.

Nous disposons du matériau pour le faire. Des conférences permanentes pour l’emploi et la transformation écologique des productions en passant par le Cesel, de nouveaux droits et pouvoirs d’intervention des salariés à l’entreprise permettant d’imposer d’autres critères de gestion, par les fonds régionaux jusqu’au fonds européen pour les services publics.

L’absence de telles propositions rend ce texte inopérant pour répondre aux défis de la période et incarner le renouveau du PCF dont le pays a tant besoin.

A) Evelyne Ternant Intervention sur les élections municipales.



Les élections municipales qui viennent d’avoir lieu dégagent quelques grandes tendances sur l’évolution des rapports de force à l’échelle nationale, notamment sur l’abstention, sur la progression de l’extrême droite, et sur le fait que le cumul des trois droites est très majoritaire dans le pays. Toutefois, l’analyse exclusive en termes de rapport droite/gauche n’est pas une grille d’analyse qui correspond systématiquement aux ressorts profonds du vote aux élections municipales pour deux raisons :
1-la qualité des têtes de liste qui dans certains cas a été un facteur déterminant du vote : Paris et Lyon sont des exemples où le rejet des candidats de droite a largement facilité la victoire à gauche ;
2-la dépolitisation d’une partie de l’électorat, qui ne fait pas toujours le lien entre le ou la candidate de droite local(e) et les politiques prônées par ses amis au niveau national ; qui n’identifie pas toujours une politique municipale de gauche d’une politique de droite, sur les services publics, le logement social, ou les gratuités.

Dans un contexte de dégradation des conditions de vie et de souffrances sociales, le ou la maire sortante a été chargée, parfois indûment, de toutes les difficultés du quotidien, des dysfonctionnements de l’hôpital aux incivilités et crottes de chiens….d’où l’existence d’un certain dégagisme à l’égard des maires sortants.

Ce sont les raisons pour lesquelles la globalisation des résultats des municipales selon le critère droite/gauche doit être maniée avec prudence ; en revanche, l’étude monographique de longue période sur un territoire peut renseigner de façon assez robuste sur les évolutions politiques profondes.

Je l’ai fait sur ma ville de Besançon, et les résultats me semblent éclairants :

1-la maire écologiste sortante est battue en réalisant au premier comme au deuxième tour le meilleur score de la gauche depuis 25 ans, en nombre de voix et pourcentages.
Paradoxal, et cela montre qu’il n’y a pas d’effondrement récent de la gauche.

2-La défaite est due à l’absence de triangulaire en 2026, alors que c’est cette configuration avec le maintien soit d’un candidat d’extrême droite, soit un candidat centriste-marconiste, qui ont permis à la gauche de battre la droite. Or, cette fois-ci, le candidat de droite a siphonné des voix en même temps au candidat RN et au candidat macroniste, les empêchant de se maintenir au 2ème tour.

Et c’est là l’évolution politique majeure : l’union des droites, des 3 droites, de la macronie au RN, est en progression ; l’électorat précède même les états-majors des partis, et pratique de plus en plus le vote utile dès le premier tour en faveur du candidat le plus apte à battre la gauche :

– les électorats RN et LR se confondent de plus en plus, compte tenu de leur convergence politique sur la sécurité, l’immigration, la réduction des dépenses publiques, etc… Les digues de l’arc républicain sautent.
– Et de son côté, le macronisme a fait passer l’électorat du centre à droite, alors que ces électeurs pouvaient se retrouver en partie au 2ème tour sur un candidat socialiste ou écologiste.

La perte de la ville de Besançon, à gauche depuis 80 ans, n’est pas en réalité un « basculement politique droite/gauche ». C’est l’aboutissement d’un processus de rassemblement des droites, dans le cadre d’un rapport de force droite /gauche qui a commencé à se dégrader il y a très longtemps, sous le mitterrandisme en fait, et connaît plutôt une stabilisation récente.

Dernier point : je récuse l’affirmation selon laquelle les fusions de deuxième tour avec LFI auraient été généralement « infructueuses », qui ne correspond pas à la réalité des reports à gauche dans nombre de villes. Si effectivement à Toulouse, le report de l’électorat socialiste ne s’est effectué qu’à 80%, dans d’autres villes, le nombre de voix au 2ème tour a non seulement atteint le total gauche du premier tour, mais le dépasse : Nantes, Tours, Lyon, Besançon, même Limoges a un bon report derrière un Insoumis. Si Brest perd, c’est à cause du mauvais score du maire PS sortant (23,8%). Ce n’est pas à cause de LFI.

Une lecture plus objective des résultats conduit au contraire au constat que l’électorat de gauche a résisté assez remarquablement à l’injonction de se diviser, portée depuis des mois par les états-majors du PS et de LFI qui, dans la logique de la Présidentielle, avancent l’un et l’autre la théorie des deux gauches irréconciliables.
Et bien le désir de rassemblement à gauche a été plus fort, et l’a emporté sur la diabolisation de LFI, exacerbée par les Hollande et Glucksman entre les deux tours ; il l’a emporté sur le message délétère envoyé par la notion de fusion technique revendiquée par LFI, qui signifie que la gauche ne peut plus gérer ensemble une ville, quand elle prétendait il a moins de deux ans pouvoir gérer le pays !

Il est impératif de repolitiser les questions municipales, non pas dans le sens politicien que lui donnent ceux qui les ont subordonnées à la Présidentielle, mais dans le sens de faire clairement percevoir à nos concitoyens les responsabilités politiques et l’impact des décisions nationales sur leur quotidien. Nous devrions prendre la décision de mener, en associant élus et organisations du parti, des batailles locales coordonnées à l’échelle nationale, en particulier contre les politiques d’austérité et leur impact sur la capacité des communes à répondre aux besoins.

B) ntervention de Jean Marc Durand sur les éléctions municipales

Je vais commencer mon intervention par la situation dans mon département. Dans la Drôme, l’abstention est importante, elle ressort même un point supérieur au niveau national.

Un fait à souligner : le RN ne conquiert aucune mairie pourtant il dispose de deux députés sur 4 dans le département. Il est vrai que certaines listes de droite avaient une telle porosité avec l’extrême-droite que ceci explique sans doute cela.

LFI plafonne à 12% et s’est présentée dans toutes les grandes villes de façon autonome refusant au premier tour le rassemblement avec les autres composantes de la gauche et donc les listes d’union. Au final, cela n’a pas changé la donne politique du département. A signaler que le score de LFI s’affaiblit rapidement dans les plus petites villes jusqu’à disparaître dans les communes rurales.

Le PS reste dans un étiage bas même s’il gagne deux villes Crest et St Rambert d’Albon (inférieures à 9000 habitants). Les Ecologistes ne progressent pas, ils perdent même une ville, Die.

Quant à nous, nous ressortons avec un nombre d’élu.e.s identique à celui de la précédente mandature, sans doute avec plus d’impliqués dans les Comcom ou Agglo et avec un renouvellement des candidat.e.s.

La déception vient de Portes les Valence où nous pouvions nourrir de vrais espoirs mais la droite répartie en deux listes réalise les 2 tiers des voix. Aux législatives de 2024, le RN passait les 50% sur cette ville.

On peut dire que la droitisation du département est confirmée par ce vote, l’élection de N Daragon à Valence avec 58% au premier tour alors qu’il avait 5 listes face à lui dont une RN, en est un reflet caractéristique.

Sur le fond, on constate dans le département un certain désintérêt des populations pour cette élection alors qu’elle était bien fréquentée auparavant. Le départ tardif du débat sur les projets y est sans doute pour quelque chose. Tout comme les réformes successives : Comcom, Agglo, Metro en éloignant les lieux de prise de décisions ont contribué à distendre les liens elu.e.s / citoyens et citoyennes. De même que les politiques budgétaires conduites sous le sceau de l’austérité, dépossédant les élus de leur pouvoir de décision et réduisant leurs marges de manœuvre pour répondre aux besoins urgents (non programmés) participent à rendre inutile le rôle de l’élu local aux yeux des catégories d’électrices et d’électeurs les plus défavorisés.

C’est pourquoi lorsqu’on parle de « campagne des municipales nationaliser », il faut s’accorder sur le sens que l’on donne à ces mots. Car oui il n’y a sans doute jamais eu un lien aussi étroit entre choix politiques nationaux et mise en œuvre des politiques locales, et même entre orientations budgétaires, monétaires et territoriales européennes et le contenu des politiques budgétaires et d’aménagement territorial dans les localités. L’élu local n’est pas un magicien !

Pour conclure je dirai qu’au plan national, le parti tient son rang lors de cette élection et qu’il résiste bien. A tout le parti de savoir capitaliser politiquement sur cette base pour développer depuis le local une politique audacieuse donnant à voir une vraie possibilité de changement et de rassemblement à partir d’une radicalité de contenu et de projet déjouant le piège des deux gauches irréconciliables contre la droite et l’extrême-droite.

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