40ème congrès

Résister et construire, une nouvelle page du communisme

[...] C'était l'ambition du 38ème congrès, auquel nous avons apporté une contribution décisive. Or un décalage profond et croissant s'est creusé entre les orientations et engagements qui avaient été pris et leur traduction concrète dans l'orientation suivie effectivement, dans l'activité politique comme dans la vie réelle de notre parti. La base commune proposée par le Conseil national des 28 et 29 mars confirme cet abandon stratégique.

Nous reproduisons, sur ce blog, la proposition de texte de base commune alternative au 40ème congrès du Parti Communiste Français « Résister et Construire ».
Vous pouvez trouver le texte en version PDF en suivant ce lien.
Il est nécessaire d’obtenir le soutiens de 300 membres du PCF pour que ce texte soit présenté au vote à l’ensemble des communistes. Suivez ce lien pour soutenir cette base commune alternative.

«Si on veut obtenir quelque chose que l’on n’a jamais eu, il faut tenter quelque chose que l’on n’a jamais fait»

Pour affronter les périls qui montent, jusqu’au risque existentiel pour l’humanité, discerner les potentialités qui naissent dans les convulsions d’une civilisation capitaliste et libérale en crise profonde, et ouvrir un chemin révolutionnaire, nous avons besoin d’un parti communiste qui soit à la hauteur des défis, du point de vue de l’analyse, de la stratégie et de l’action.

C’était l’ambition du 38ème congrès, auquel nous avons apporté une contribution décisive. Or un décalage profond et croissant s’est creusé entre les orientations et engagements qui avaient été pris et leur traduction concrète dans l’orientation suivie effectivement, dans l’activité politique comme dans la vie réelle de notre parti. La base commune proposée par le Conseil national des 28 et 29 mars confirme cet abandon stratégique.

C’est avec regret que nous avons dû nous résoudre à en proposer une autre, c’est en mesurant le sens de nos responsabilités que nous alertons sur le danger que courrait le parti communiste à poursuivre sur la voie actuelle.

Le 40ème congrès doit être un moment de réflexion collective et ouverte,

  • où l’on interroge la stratégie actuelle, essentiellement tournée vers des choix électoraux ;
  • où l’on se demande si l’ambition révolutionnaire du XXIe siècle – dépasser le capitalisme, du local au mondial, en passant par la France et l’Europe – est correctement représentée par une formule tournée vers le passé, le «socialisme aux couleurs de la France»;
  • où l’on renoue avec l’analyse marxiste des contradictions qui travaillent la civilisation contemporaine, avec la prise en compte des novations marxistes adoptées par le PCF pour s’attaquer à la domination du capital, base de l’analyse de classe, mise en cause par les révolutions écologique, informationnelle, monétaire, militaire, anthropologique ;
  • où nous nous rassemblons autour d’un projet communiste faisant du «libre développement de chacun.e» la condition du «libre développement de tou.te.s», seul capable, avec la construction d’un socialisme de liberté et d’émancipation autogestionnaire, de relever le défi d’une crise systémique dont l’aggravation met la société et le monde au bord de l’explosion ou de l’effondrement ;
  • où nous construisons une stratégie pour donner à notre peuple la force de s’opposer avec succès à l’arrivée possible de l’extrême-droite au pouvoir.

C’est dans le débat éclairé, sans faux-fuyants, sans pression ni chantage, que nous parviendrons ensemble à donner le cap pour que le Parti communiste soit plus que jamais communiste. C’est ainsi que collectivement nous pourrons dépasser les tensions et les divisions, entretenues par les ambiguïtés, les zig-zags et la confusion.

Le «sigle» PCF est sorti de l’effacement, mais nous demeurons fort peu visibles et lisibles en termes d’idées, de propositions, de contenus et de projet de transformation radicale. Il est en de même pour notre identification par la population, ou pour la construction du rassemblement. Cela s’est d’ailleurs traduit dans le contenu et le résultat de nos campagnes électorales, que ce soit à l’occasion de la présidentielle ou, de manière encore plus significative, lors des élections européennes. De cela, aucun bilan n’a été dressé, aucun enseignement n’a été tiré !


Pour un Parti qui agit et réfléchit collectivement

Un premier objectif est vital : développer notre vie démocratique interne, pour un parti qui pense et agit collectivement. En ce sens, nous devons interroger nos modes de fonctionnement, d’organisation et de direction qui sont marqués, au plan national, par une dérive présidentialiste. En six ans, notre vie démocratique n’a pas connu les évolutions qu’il était pourtant urgent d’engager pour impliquer collectivement les adhérents et les responsables du Parti dans les prises de décisions à tous les niveaux. Il aura manqué de ce point de vue un travail réel sur le parti et une volonté d’aboutir. Rien de significatif dans le texte de base commune proposé par le CN ne permet d’entrevoir un changement de cap.

Deuxième objectif : une action du Parti communiste fondée sur une visée claire et précise, qui assoie notre présence politique dans le pays sur des objectifs bien identifiés. Le Parti communiste doit être le parti de l’action politique de terrain. Il doit être le parti des luttes. Parce qu’il les soutient. Mais aussi parce qu’il participe à leur construction, qu’il les nourrit, en mettant en débat nos propositions originales sur l’emploi, l’utilisation de l’argent, ou pour un renouveau démocratique, de l’entreprise à la cité. Il doit être ainsi le parti qui donne du sens et de la perspective à ce qui bouge dans la société, avec une analyse marxiste réappropriée par l’ensemble des communistes. Il nous faut être déterminés à expérimenter les luttes le plus loin possible, jusqu’à des victoires significatives.

Troisième objectif, s’engager avec lucidité et détermination dans la bataille de la prochaine présidentielle avec un.e candidat.e communiste qui porte une alternative donnant à voir une transformation sociale assez profonde pour aller jusqu’au dépassement du système capitaliste et libéral, sans rêver de répondre aux attentes de notre peuple en se contentant d’aménager l’ordre existant ou en revenant à des expériences passées qui ont d’ailleurs été en échec et dont il faut tirer les leçons pour le combat révolutionnaire. Au moment où la menace de l’extrême-droite se fait de plus en plus pressante mais où notre peuple possède, dans ses profondeurs, la capacité de lui résister, il est indispensable d’articuler nos options radicales avec un travail pour des éléments communs incontournables de programme de rassemblement à gauche. C’est d’une telle candidature que le pays a besoin.

Un.e candidat.e qui aura pour objectif, avec l’ensemble des communistes, de faire bouger les idées dans le pays, et singulièrement à gauche, particulièrement sur les questions fondamentales sur lesquelles la gauche échoue depuis 1983, à savoir l’utilisation de l’argent, la question cruciale des entreprises et des pouvoirs à conquérir pour leur faire jouer un rôle nouveau dans l’économie et la société, la démocratie, la mondialisation et l’Europe.

Engager le Parti sur cette voie constitue, pensons-nous, le moyen de le rassembler, de reconstruire l’indispensable unité des communistes. Une unité qui ne soit pas de façade ou de circonstances mais qui repose sur du concret. Et quoi de mieux que de la cimenter autour de contenus et d’objectifs politiques répondant aux immenses défis de la période, redonnant ainsi confiance et espoir en un vrai changement politique en France, en Europe et dans le monde.

Nos statuts étant ce qu’ils sont, nous avons expérimenté lors de la préparation du 38ème congrès à quel point le texte alternatif d’alors, Manifeste pour un parti communiste du XXIe siècle dans lequel nombre d’initiateurs du présent texte s’étaient impliqués, avait permis un riche débat démocratique, avec la participation de très nombreux communistes, et débouché sur une forte unité du parti. Nous voulons renouer avec cette perspective alors que la base commune proposée lui tourne le dos et que d’autres textes se tournent soit vers une dilution renouvelée, soit vers le passé.

En cela, cette proposition de base commune ne se veut pas un texte de plus pour se compter ou pour se singulariser mais un outil de débat et de construction mis au service de toutes et de tous les communistes pour qu’à l’issue de notre 40ème congrès nous sortions collectivement armés pour mener l’indispensable bataille de conquêtes nouvelles: ni électoralisme suiviste d’une autre force politique, ni électoralisme isolationniste remballant les idées-forces communistes, ni retour vers un passé mythifié, peuplé de mots magiques. Un projet pour les défis d’un XXIe siècle déjà bien engagé, au premier rang desquels : faire prédominer le développement de toutes les capacités humaines et du vivant, par la coopération, le partage des moyens et des pouvoirs, de la France jusqu’au monde, en passant par l’Europe et les Sud, contre la domination du capital sur nos vies et sur la planète.


Sommaire

  1. Dans la crise, les ferments d’une transformation révolutionnaire de la civilisation
  2. Des axes de batailles immédiates et structurantes
  3. Rassembler pour gagner la bataille contre le capital
  4. Faire du PCF le parti révolutionnaire dont notre société a besoin au XXIe siècle
  5. Conclusion

Introduction

L’impérialisme américain porte les guerres partout, embrase le Proche-Orient. Il fait peser sur toute la planète la menace d’une destruction massive. Où nous entraînent le carnage sur le front ukrainien depuis la tentative d’invasion par la Russie, le génocide perpétré en toute impunité contre le peuple palestinien, l’agression tous azimuts de l’administration Trump, le suivisme, dans une course frénétique au surarmement, des dirigeants allemands, britanniques et français? Multipliant les pressions commerciales, déployant des revendications territoriales, ne se souciant pas des ravages écologiques du capitalisme, Trump saborde le multilatéralisme et le droit international dans une fuite en avant pour consolider une hégémonie en crise et de plus en plus contestée.

Son agressivité vient de loin, de la crise systémique où la civilisation capitaliste et libérale occidentale dominant le monde entier se débat depuis un demi-siècle. L’humanité est-elle encore en état de relever le défi climatique? L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’intelligence tout court? Peut-on en finir avec la pauvreté, le chômage de masse, la précarité, l’insuffisance de formation? Quand s’arrêtera l’asphyxie financière de nos services publics et de notre protection sociale?

Dans cette crise, une nouvelle civilisation de toute l’humanité se cherche, émancipée de l’exploitation capitaliste et de toutes les dominations. Comment contribuer à l’irruption des peuples pour imposer son avènement?

Notre peuple affronte la tourmente avec une économie affaiblie et un régime politique en crise. Des «gilets jaunes» au mouvement qui a rassemblé des millions de nos concitoyennes et concitoyens contre la réforme des retraites, les luttes des soignant.e.s et jusque dans les luttes d’aujourd’hui dans l’industrie et les services, la résistance sociale a fait la preuve de sa vitalité. Mais, en l’absence d’alternative politique crédible, elle peine à endiguer les assauts de Macron et du patronat contre l’emploi, contre la Sécurité sociale et contre les services publics.

La perte de confiance des citoyennes et citoyens dans les institutions représentatives et la démocratie délégataire témoignent de ce que l’État de la Cinquième République est lui-même en crise profonde. Une forte aspiration s’exprime, dans toute la société, à dépasser les délégations de pouvoir constitutives du libéralisme, vers une démocratie autogestionnaire. Mais, faute d’une prise en compte de ces exigences, y compris à gauche, les colères et les angoisses nourrissent l’ascension d’une extrême-droite qui n’a rien renié de son héritage fasciste, pétainiste et colonialiste, et qui noue des collusions de plus en plus évidentes avec la droite traditionnelle.

Pourtant, notre peuple a trouvé en lui-même des ressources, aux législatives de 2024, pour barrer la route de Matignon à Bardella en imposant la constitution du Nouveau Front populaire et, aux dernières élections municipales, pour contenir jusqu’à un certain point la poussée du RN.

Il est donc possible de résister et, pour résister, de prendre le projet communiste comme boussole pour analyser les contradictions du monde contemporain et pour contribuer à l’action et au rassemblement de toutes ces forces dans l’action contre la domination du capital et le néolibéralisme.

Notre Parti sera-t-il à la hauteur des périls et des moyens à mobiliser pour les conjurer ? Notre quarantième congrès doit regarder en face les rendez-vous que nous avons partiellement/finalement manqués depuis les deux précédents congrès, et en tirer les conséquences dans la bataille d’idées, dans nos choix stratégiques et dans la vie de notre organisation.

Depuis le 39ème congrès, tout se passe comme si l’ambition d’une transformation radicale de la société, qui est la raison d’être du Parti communiste, était mise de côté au nom d’une stratégie visant avant tout à la préservation de positions électorales dans le cadre d’une Vème République en état avancé de pourrissement. Or cette stratégie a rencontré des échecs répétés.

Ainsi, au lieu de mettre en avant notre projet pour des retraites dignes du XXIe siècle, le discours officiel du Parti s’est rallié à la seule revendication du retrait de l’augmentation de la durée des cotisations. Au nom de l’unité du mouvement, cette posture a au contraire mis notre discours en contradiction avec la revendication phare de la retraite à 60 ans à taux plein, pourtant portée jusqu’au bout par la CGT. Elle a laissé perdurer les craintes sur le financement du système, inhibant la lutte au lieu de porter audacieusement nos propositions de réforme. Elle n’a pas contribué à mettre en échec le projet Macron, ni à déjouer les manœuvres du pouvoir lorsqu’il a présenté le report partiel de la réforme comme une façon de satisfaire les attentes populaires.

Plus problématique encore, la sécurité d’emploi ou de formation, proposition centrale, au cœur de notre projet de société, pour le dépassement du marché du travail et pour en finir graduellement avec le chômage et la précarité, a été l’angle mort d’une campagne prévue sur l’emploi et sur notre projet communiste en lien avec les luttes, que les communistes ne sont pas appropriée, dès lors qu’elle devenait une campagne affirmant simplement le besoin d’industrie et de services publics. Au lieu de faire valoir la radicalité et le réalisme du projet communiste, seul à avoir l’audace de s’attaquer au capital jusque dans ses principaux bastions, les entreprises et les banques.


1 Dans la crise, les ferments d’une transformation révolutionnaire de la civilisation

1.1 Des mutations qui mettent radicalement en cause la civilisation capitaliste et libérale

La révolution technologique informationnelle est une transformation profonde. Elle prend racine au sein même du capitalisme et elle est le fruit de l’inventivité humaine, comme hier la révolution industrielle naissait dans les limbes de la société féodale puis d’Ancien régime. Avec elle une nouvelle efficacité économique, fondée sur le développement des capacités humaines et sur le partage des informations, devient nécessaire et possible. Bien qu’elle soit distordue et récupérée par le capitalisme et les multinationales monopolistes informationnelles, ses principes s’opposent sur le fond à ceux du capitalisme qui sont de donner la priorité au développement du capital et à l’appropriation monopoliste. Cette révolution technologique pose ainsi avec une acuité nouvelle l’affrontement de classe du capital contre les capacités humaines qui devient un affrontement du capital contre toute la société.

La révolution démographique, avec l’allongement de la durée de la vie et les besoins de santé, d’autonomie et de dignité associés, la possibilité pour les femmes de maîtriser la procréation, les nouvelles relations qui s’instaurent dans les couples et dans les familles, est porteuse de libertés nouvelles. Mais le capitalisme l’utilise pour marchandiser l’ensemble des temps de la vie, au travail et hors travail. La baisse de la natalité, au-delà de nouveaux choix de vie, est avant tout le produit de politiques d’austérité, du chômage, de la précarité, de désastres écologiques et de perspectives guerrières, qui empêchent le plus grand nombre de se projeter dans l’avenir, et qui pèsent particulièrement sur les femmes en limitant leur autonomie, leurs droits reproductifs et leur possibilité de choisir librement si et quand devenir mères.

Enfin, l’humanité a aujourd’hui le pouvoir d’agir sur l’ensemble de sa niche écologique : la planète. C’est l’anthropocène. Or, l’exigence d’expansion du capital met radicalement en cause notre environnement, l’écologie, et met en danger l’espèce humaine elle-même.

Dans les convulsions de cette crise, les luttes sociales et écologiques, le féminisme et son ampleur mondiale, les mouvements pour l’égalité de genres, le refus de l’assignation à une identité ou à un rôle social, la volonté de changer le travail et d’émancipation, la mise en cause des délégations de pouvoir, les mouvements anticolonialistes et antiracistes au nord, la puissance montante des BRICS, l’épouvante qu’inspirent à l’impérialisme américain les succès spectaculaires de la Chine, au milieu des énormes contradictions nées de son propre développement, l’aspiration à la paix, à un monde commun traduisent, de façon contradictoire et incertaine, la recherche d’un autre avenir que celui où nous enfermerait le pourrissement de la civilisation capitaliste et libérale. Ils sont des points d’appui et des leviers formidables pour changer la société dans un sens révolutionnaire.

1.2 Une crise systémique du capitalisme

« Depuis les années 1970, le capitalisme fait face à une crise systémique non résolue qui résulte de la suraccumulation du capital. Au lieu de répondre aux exigences de développement des capacités humaines de la révolution informationnelle, le système en a fait un moyen de renforcement des monopoles, du capital et de nouveaux types de multinationales (…) La masse croissante du capital matériel et financier suraccumulé réclame un taux de profit toujours plus élevé. D’où l’acharnement à prélever une part accrue des richesses produites par le travail humain et à brider les dépenses humaines, sociales et de services publics, ce qui renforce les difficultés », écrivions-nous au 39ème congrès.

Dans cette nouvelle étape de la crise systémique du capitalisme monopoliste d’État (CME), transformé par la financiarisation, la globalisation capitaliste et la révolution informationnelle, les emplois non pourvus et les pénuries de qualifications vont de pair avec la pénurie de services publics. L’insuffisance criante des salaires, du pouvoir d’achat, de la demande solvable coexiste avec une désindustrialisation qui s’accélère. La prétendue «politique de l’offre» détruit en réalité l’offre, la production, car elle n’est qu’une politique du profit.

Notre dépendance aux services informationnels étatsuniens est à peine moindre que notre dépendance industrielle. Quant à notre souveraineté alimentaire, elle est grandement menacée et notre tissu économique agro-alimentaire est en crise profonde.

Au total, l’oligarchie financière ne parvient à rentabiliser une masse de capitaux accumulés depuis des décennies qu’au prix d’une débauche d’aides publiques, d’une concurrence coupe-gorge pour monopoliser informations, ressources humaines et matérielles, et au prix d’une fuite en avant dans la financiarisation, les délocalisations, le néo-colonialisme et l’économie de guerre.

Ainsi, l’alliance entre l’État et le capital, dont un aspect – la masse accrue des aides publiques aux entreprises – est une facette qui a commencé à être mis en lumière, présente des caractéristiques nouvelles qu’il convient de réexaminer.

Il n’y a pas eu recul quantitatif de l’intervention économique de l’État, mais crise de celle-ci puis transformation de sa nature. Elle est à présent de plus en plus soumise aux impératifs du seul capital, des profits et de la baisse du coût du travail. Complément «social» : des mesurettes sectorielles et de soutien aux plus pauvres… financées par les couches moyennes salariées, et non par le capital.

Subventions, exonérations de cotisations sociales, d’impôts (notamment pour le capital financier), prises de participations publiques en capital, utilisation intensive de la création monétaire au bénéfice des marchés financiers, mise en concurrence tous azimuts, commande publique d’armements. L’intervention de l’État s’est aussi repositionnée pour des compromis avec les multinationales qui, elles, dépassent les frontières nationales. Au nom de «l’attractivité» les capitaux étrangers pénètrent notre économie et rachètent capacités productives et technologies, et les multinationales à base française peuvent ainsi continuer à investir à l’étranger, tout particulièrement aux États-Unis. Surgissent ainsi, à présent, de nouveaux enjeux de souveraineté et de morcellement des chaînes d’activité et de valeur.

Imposer une tout autre intervention publique, mais aussi des pouvoirs démocratiques nouveaux dans les entreprises et les territoires peut être rassembleur. C’est un enjeu de classe qui mûrit dans la crise.

Les multinationales (GAFAM, pharmacie, pétrole…) tirent parti du gain de coût que permet le partage des coûts informationnels (RD, brevets, …) au sein de leur réseau privé de filiales. Mais elles construisent et étendent ces réseaux au prix de rachats financiers qui dépassent largement ces gains. Elles se protègent contre des prises de contrôle par une fuite en avant dans la surévaluation et la capitalisation boursière. Ce partage monopoliste crée une nouvelle contradiction qui alimente une crise profonde d’efficacité, voire de sens. Au contraire, la révolution informationnelle appelle un plein partage des coûts et des utilisations, jusqu’au niveau du monde. Il serait facteur d’une efficacité démultipliée, sans les cercles vicieux de l’accumulation financière. La révolution informationnelle exige donc, pour sa pleine efficacité, de révolutionner la mondialisation.

1.3 Face à l’affrontement généralisé, luttons pour construire une autre mondialisation de coopération, de partage, de paix et de co-développement

Les menaces s’accumulent, mais aussi les potentiels et ressources pour y répondre. Le monde est à un tournant. Il s’agit de relever des défis communs. Pour cela il faut mettre en commun les forces de l’humanité, afin de développer en priorité les capacités humaines, l’emploi, la formation, les services publics et une nouvelle industrialisation, avec des protections sociales et écologiques. Cela demande une bataille internationaliste effective, à construire, allant au-delà des nécessaires actions de solidarité internationale. Elle a à affronter la domination du capital dans le monde et les institutions néolibérales de l’impérialisme, au premier rang desquelles le dollar.

La crise capitaliste appelle en effet un autre ordre du monde, de co-développement pour l’ensemble de l’humanité, des institutions internationales profondément transformées, un nouveau type de coopérations et une intervention démocratique des travailleurs et travailleuses à tous les niveaux sur les choix stratégiques des entreprises et l’utilisation de l’argent, une culture de paix.

Mais nous ne sommes pas encore passés à un autre ordre du monde. Les convulsions peuvent durer. Crise n’est pas solutions. Celles-ci se cherchent.

Face à la fuite en avant vers encore plus de libre-échange, et la soumission au dollar, monte l’idée d’y répondre par le protectionnisme, le nationalisme, le souverainisme. Donc par la guerre économique entre pays. Ils veulent convaincre les peuples que la guerre, sous ses différentes formes (militaire, économique, de civilisation) serait inévitable. Ils vont jusqu’à la présenter comme une solution.

L’enjeu est au contraire celui d’une tout autre mondialisation, une mondialisation de partage et de co-développement pour et par toute l’humanité, c’est-à-dire une véritable globalisation des ressources, démocratique et à portée des peuples, de leur intervention démocratique.

1.3.1 Une crise du capitalisme et de l’impérialisme des États-Unis

L’impérialisme des États-Unis repose sur quatre piliers, le dollar, la technologie, un certain contrôle des institutions internationales (dont le Fonds Monétaire International), la puissance militaire. Les multinationales US en sont l’expression. Il est en crise et cherche une configuration nouvelle, plus monopoliste encore, comme on le voit avec les décisions de Trump. Mais celles-ci prennent leurs racines dans la crise d’une économie mondiale dominée par les grandes multinationales américaines et la logique du capital, profondément déstabilisés par la suraccumulation dans la nouvelle phase de la révolution informationnelle (hausse des profits, des inégalités, besoins décuplés de capitaux…), par la fragilisation de la base sociale populaire de la classe dominante américaine, par la montée des BRICS, singulièrement de la Chine, le changement climatique et les défis environnementaux existentiels de l’humanité.

Pour endiguer son déclin et sauvegarder les intérêts de son capital, l’impérialisme étatsunien tente de faire payer au reste du monde le prix de ses choix désastreux. Trump cherche à sauver le dollar pour maintenir l’hégémonie américaine sur l’économie mondiale et l’extraterritorialité du droit américain dont les Français savent, notamment depuis la vente d’Alstom-nucléaire à General Electric, à quel point elle est mortifère. Le dollar est un obstacle au développement des nations et des économies. De nombreux pays, en particulier au Sud, l’ont bien compris et tentent de s’en émanciper.

Tout cela entraîne la recherche d’une nouvelle phase de l’impérialisme, et tout particulièrement d’une nouvelle phase de la relation entre l’État de l’impérialisme le plus puissant – les États-Unis – et le capital en général. Le grand capital étatsunien recherche un système impérialiste bien plus unipolaire et recentré sur les États-Unis qu’auparavant. La réaction des différents dirigeants de l’Union Européenne est essentiellement munichoise et conservatrice. Elle consiste à capituler, à renforcer le dogme libre-échangiste et à collaborer. Dans une fuite en avant militariste et fédéraliste, les dirigeants européens tendent encore plus à se comporter en simples alliés de Washington pour exploiter et imposer la règle du jeu des États-Unis au reste du monde. C’est le comportement typique du «colonisé intermédiaire». C’est une forme de néo-collaborationnisme économique, dans un système impérialiste où les États membres de l’Union Européenne, voire l’UE elle-même, cherchent à jouer un rôle de sous-impérialisme néo-colonial, particulièrement la France en Afrique. Ce choix néocolonial et de l’alignement sur l’impérialisme doit être combattu. Il appelle une rupture nette et la construction d’une politique internationale fondée sur la souveraineté des peuples, la coopération et la paix. Ni le libre-échangisme et la soumission au dollar, promue tout particulièrement par les dirigeants de l’UE, ni le protectionnisme nationaliste ou le souverainisme ne sont des issues. Tous deux accentuent la guerre économique et les guerres tout court. Nous sommes en faveur de protections, et promotions, écologiques et sociales, maîtrisées par les travailleur.se.s et les populations.

1.3.2 La guerre commerciale est une guerre à toute la société

L’intensification de l’affrontement économique planétaire conduit à une récession mondiale et accroît les risques de krach financier. Dans plusieurs pays, dont la France, elle accélère la crise industrielle, les plans de licenciements, elle entretient une stagnation des salaires. Elle conduit les gouvernements à annoncer de nouvelles coupes dans les dépenses publiques. Ainsi, les travailleurs de tous les pays sont les premiers à payer le prix de cette politique. Mais c’est aussi l’austérité pour les services publics et la protection sociale. C’est pourquoi le PCF affirme que la guerre commerciale est avant tout une guerre du grand capital contre toute la société.

1.3.3 La France particulièrement exposée

La France est dépendante en termes de matières premières, de marchés et de technologies. Mais le pouvoir national comme les actionnaires s’enferment dans l’impératif de rentabilité avec comme seule variable d’ajustement les salaires. Notre pays subit, comme ses voisins, les conséquences calamiteuses des dogmes néolibéraux sur lesquels a été construite l’Union européenne, conduisant à la subordination de cette dernière à l’impérialisme états-unien, à l’inexistence de protections véritables des économies et des industries de nombreux pays, au refus d’implication stratégique de l’État dans l’appui aux capacités humaines, facteur clé de la création de richesses et de la transformation productive et énergétique.

1.3.4 De nouvelles règles, institutions et outils internationaux pour une tout autre mondialisation

Pour répondre à l’offensive de Donald Trump, l’enjeu central est de donner la priorité au développement des capacités humaines qui font la richesse des pays.

Plus précisément, pour cela, il faut de nouvelles règles, mais aussi de nouvelles institutions et outils pour mettre en pratique les principes de paix, de partage et de co-développement. Elles peuvent se rassembler dans cinq axes de propositions.

Des protections sociales et écologiques, qui visent des contenus (par exemple le développement de l’emploi des deux côtés et la diminution commune des gaz à effet de serre), et non du protectionnisme, qui lui vise des pays en tant que tels. Elles combineraient des taxations, lorsqu’on ne respecte pas ces règles, mais aussi des incitations positives à se développer et à atteindre des normes sociales et environnementales, avec des fonds financés en partie par le produit des taxations. Ces fonds seraient gérés démocratiquement avec la participation de représentants des travailleurs des pays concernés, pour développer en commun les différents pays parties-prenantes.

Des traités de maîtrise du commerce et des investissements dont la visée est le développement de l’emploi et des biens communs (santé, éducation, climat, …), alors que la visée actuelle est de faire le maximum d’échanges et d’investissement international. Avec ces nouveaux traités internationaux de commerce et d’investissement, les échanges internationaux se feraient dans la mesure où ils développent l’emploi et les biens communs des deux côtés.

Cela concerne bien sûr nos relations avec les pays du Sud, ou d’autres pays développés comme le Canada. Mais aussi l’intra-UE, donc une remise à plat progressive des traités européens, à commencer par admettre le principe de coopération (au lieu de la concurrence libre et non faussée) et, pour les aides publiques, des critères sociaux, écologiques et d’équilibre géographique intra-UE. Cela combine nouveaux débouchés, nouveau contenu et développement.

Une monnaie mondiale, véritablement commune, de développement des biens communs, de l’emploi et des services publics. Elle peut être développée à partir des droits de tirage spéciaux (DTS) existants et en engageant une réforme profonde du FMI (droits de votes, poids des monnaies dans les DTS, critères d’attribution des DTS, relation avec l’ONU et le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement), dans la lignée de ce qui est proposé par l’Appel de Belém. La création monétaire de DTS serait affectée aux banques centrales des pays à taux très bas, si celles-ci financent le développement des services publics (y compris la protection sociale) et pour le crédit aux investissements des entreprises à taux d’autant plus bas que ceux-ci programment et développent des emplois et des réductions de gaz à effets de serre (GES). Cela permettrait «d’avaler», par un développement sain du PIB, les dettes mondiales, dont celle des États-Unis qui est la plus massive du monde (32.000 Md$, soit 36,000 Md€, plus de 133% de leur PIB).

Une refonte des institutions internationales, à commencer par l’ONU, dont il faut supprimer le droit de veto des 5 membres permanents du conseil de sécurité, pour un multilatéralisme de notre temps. Il faut aussi réformer profondément le FMI et il doit être mis sous l’autorité de l’ONU, avoir pour mission de promouvoir les biens communs de l’humanité et son développement social, économique et environnemental. Il faut enfin transformer l’OMC (organisation mondiale du commerce) en organisation de maîtrise des échanges, des investissements et de partage des technologies.

La promotion de la paix et de la sécurité collective, dans l’esprit d’une culture de paix. La France doit sortir de l’OTAN, ne pas alimenter la course aux armements et contribuer au désarmement global. Elle doit signer le TIAN (traité d’interdiction des armes nucléaires). Elle doit s’engager pour une paix réelle en Ukraine, au lieu d’attiser le conflit, basée sur l’auto-détermination des peuples concernés, organisée sous l’égide de l’ONU.

1.3.5 Refonder l’Union européenne

La crise de la construction européenne reflète la crise de la mondialisation et les contradictions profondes du capitalisme en crise. Il faut en finir avec la construction européenne actuelle conçue au service de la domination du capital, avec son principe de «concurrence libre et non faussée», son soutien à l’OTAN et en son cœur la BCE soutenant les marchés financiers, les multinationales et les grands capitaux monopolistes, et à présent l’économie de guerre.

En contradiction profonde avec la promesse d’une Europe de coopération et d’unité des peuples, on lui doit un chômage colossal, la désindustrialisation, l’agriculture familiale sacrifiée, la mise en cause des services publics et l’austérité généralisée, l’autoritarisme, le martyre du peuple grec, une fragmentation entre le Nord et le Sud, des fractures internes à chaque pays. Tout cela favorise la montée des populismes et de l’extrême droite, jusqu’à des positions de pouvoir comme en Italie, une domination renforcée des États-Unis et du dollar. Il n’est donc pas étonnant qu’elle concentre la colère populaire. Le statu quo n’est pas possible.

Si le PCF peut être fier d’être la seule force politique française à s’être opposée avec détermination à tous les traités d’intégration néolibérale à l’Union européenne, notre responsabilité est de donner une perspective à cette colère.

Outre le domaine économique et social, nous voulons en finir avec d’autres tares fondamentales de l’actuelle construction européenne.

C’est le cas des violations des règles de la démocratie et de la souveraineté populaire. Le fait que l’UE se soit construite jusqu’ici à l’abri des peuples est au cœur du problème. Nous voulons inverser cette logique en plaçant l’implication des citoyennes et citoyens au cœur de la construction d’une autre Europe.

C’est aussi le cas en matière de politique extérieure. Nous agissons pour une Europe qui rompe avec l’alignement docile de l’UE sur les politiques irresponsables et dangereuses des États-Unis ou d’Israël. Plus généralement, au lieu d’une UE qui pousse les feux de la mondialisation capitaliste et qui s’abstient de toute initiative susceptible de contrer le désordre mondial, nous voulons une Union qui use de son poids et de son influence pour faire émerger, avec tous les alliés qui le souhaitent, de nouvelles règles dans les relations internationales, plus justes, plus démocratiques, plus pacifiques.

C’est enfin le cas avec la question de l’accueil des migrants : l’Europe que nous voulons doit tourner le dos à l’Europe-forteresse. Il est en particulier indispensable de remettre en cause le Pacte européen sur la migration et l’asile adopté en 2024.

Il est plus crucial que jamais de faire de notre analyse le bien commun de tous les communistes, comme une base de réflexion collective susceptible de mises à jour régulières. Un choix a prévalu depuis plusieurs congrès: transformer radicalement l’Union européenne et ses traités ; agir pour une refondation de la construction européenne avec des propositions alternatives. Mais comment y parvenir dans le cadre de traités établis pour la mondialisation capitaliste ? Comment ouvrir sans attendre des brèches contre ces traités et leur logique ? Comment faire grandir l’exigence d’un autre type de construction européenne solidaire, respectueuse des peuples et des nations, contre le projet capitaliste, libéral et fédéraliste et contre la montée des replis nationalistes et xénophobes ?

Nos conceptions d’une «Union de nations et de peuples libres, souverains et associés », d’une «nouvelle construction européenne à géométrie choisie», parce que nos peuples en ont besoin pour relever des défis communs, au lieu du fédéralisme qui sert le néolibéralisme et la finance, méritent d’être encore explicitées. Il en va de même de ses développements sur les fondements d’une Europe démocratique ; sur notre conception des obligations en matière de libertés, de droits fondamentaux, d’égalité des genres ; sur les transformations à opérer dans l’UE.

Il s’agit de se situer sur le terrain européen en tenant compte de l’existant et de se saisir de l’aspiration à une construction européenne, tout en considérant que le terrain national est fondamental et que ce sont bien les exigences du capital qui modèlent la construction européenne. Pour nous, ces terrains sont pertinents pour la lutte des classes.

Nous entendons développer l’« Europe sociale» et écologique comme le cœur de la construction européenne. L’Europe financière et monétaire doit être à son service. Une autre conception du rôle de la BCE est décisive : une BCE pour un essor des services publics et de l’emploi, avec notre proposition majeure de création d’un «Fonds de développement social et écologique européen» et celle d’une nouvelle sélectivité de la politique monétaire selon des critères d’efficacité sociale et écologique est un enjeu particulièrement actuel

La bataille pour «changer l’Europe» doit être menée sur les fronts social, démocratique, économique, écologique et politique avec des propositions radicales et réalistes. C’est seulement ainsi que nous réussirons à faire refluer les forces d’extrême droite qui aujourd’hui arrivent jusqu’à occuper des positions de pouvoir, notamment en Italie. Des dizaines de millions d’Européen·ne·s véritablement progressistes sont conscient·e·s à juste titre du besoin d’une construction européenne commune face à la montée des extrêmes-droites, d’une mutualisation face au péril écologique, à la montée des pressions internationales, de la crise financière, face au dumping fiscal et à l’écrasement social. Nous voulons nous appuyer sur leurs aspirations et sur la protestation populaire pour construire une résistance porteuse d’alternative. Les luttes sociales et politiques, l’action des partis communistes et progressistes européens, du PGE (Parti de la gauche européenne) et des élu·e·s au Parlement européen, peuvent être un appui pour modifier les rapports de forces dans une perspective de changements profonds.

En Europe, le PCF travaille ardemment à l’unité entre forces communistes, de gauche, organisations progressistes et écologistes, sur le fond comme dans l’action. Notre parti entretient des relations bilatérales et multilatérales fructueuses pour les combats communs de toutes celles et ceux qui font face tant à l’UE du capital qu’au retour du fascisme. Il est à l’origine de la GUE-NGL (Gauche unie européenne-Gauche verte nordique) au Parlement européen, du PGE et du Forum européen des forces progressistes. Il a vocation à renforcer ces coopérations, avec tous les partis qui partagent l’essentiel de ses analyses et de ses visées politiques.

Battons-nous en France, en Europe, avec les forces progressistes, les partis communistes, les peuples, pour changer l’Europe, pour une autre mondialisation.

1.3.6 Des exigences immédiates pour refonder les relations internationales

Il faut continuer et amplifier nos campagnes de solidarité internationale (Cuba, Gaza,..).

La bataille pour la paix doit prendre une autre ampleur et la direction nationale élue par le congrès prend l’engagement d’organiser une manifestation nationale pour la paix, dans des conditions à déterminer.

La lutte politique pour comprendre et résoudre les causes des migrations subies, voire contraintes, et pour aller vers une liberté de circulation et de migration est un enjeu de solidarité internationale, à mener en commun avec les forces progressistes des pays d’origine.

La France doit mettre ses forces en commun avec les nations et les peuples d’Europe et du monde pour atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU et relever les grands défis de l’humanité : pauvreté, emploi, inégalités, climat, biens communs, services publics.

Nous devons engager un travail politique et de masse, en cohérence avec nos forces militantes, médiatiques, nos élu·e·s, pour que des exigences internationales de fond se fassent jour en franchissant un seuil qualitatif et quantitatif. Cela exige aussi de construire des revendications communes sur ces points avec les partis communistes et mouvements progressistes du monde.

Le PCF engagera trois batailles internationales de fond :

  • pour la coopération des pôles publics bancaires et financiers nationaux existant dans l’UE pour financer à bas taux le développement des services publics, jusqu’à un Fonds européen solidaire ; pour assigner des critères d’efficacité sociale et écologique à la politique monétaire de la Banque centrale européenne ; pour modifier le droit européen sur les marchés publics et rendre obligatoire des critères sociaux, environnementaux et géographiques ;
  • contre le Mercosur, sa mise en œuvre immédiate et pour une négociation de la France et de l’UE avec les pays du Sud global (Afrique, Asie, Amérique latine), dont les BRICS (Chine, Brésil en particulier), afin d’instaurer des traités de maîtrise des échanges et investissement internationaux pour le développement de l’emploi et des biens communs (santé, environnement…);
  • pour l’ouverture d’une conférence financière et monétaire mondiale de financement des biens communs et des dettes publiques par une monnaie mondiale véritablement commune, pour sortir du système dollar, dans la poursuite de l’Appel de Belém Financement de la transition écologique : changer pour faire face aux défis climatiques.

1.4 Le projet communiste et la transition socialiste vers une nouvelle civilisation

La crise de la civilisation capitaliste et libérale est si profonde qu’elle appelle à révolutionner tous ses aspects.

En finir avec l’exploitation capitaliste, c’est répondre à la crise de suraccumulation du capital en faisant prévaloir, contre la dictature de rentabilité qui épuise les êtres humains et la nature, une nouvelle efficacité fondée sur le développement de toutes les capacités humaines.

Être à la pointe de tous les combats pour l’égalité et contre toutes les dominations, c’est répondre aux aspirations montantes dans la société à un dépassement des délégations de pouvoir constitutives du libéralisme.

Le communisme est ainsi à la fois le but d’une civilisation nouvelle, et le chemin qui y conduit.

Sur ce chemin, il faut surmonter un obstacle, la domination du capital.

C’est l’enjeu des luttes à mener, dès à présent, pour dépasser le marché du travail capitaliste qui fait de la force de travail humaine une marchandise, en construisant une sécurité d’emploi et de formation tout le long de la vie de chacun.e ; pour développer une nouvelle efficacité des productions avec des critères écologiques et sociaux alternatifs à ceux de la rentabilité ; pour prendre au capital son pouvoir sur l’utilisation de l’argent en imprimant une nouvelle orientation au crédit bancaire et à la création monétaire ; pour construire une nouvelle mondialisation de paix et de coopération.

C’est ainsi que se construira concrètement une appropriation sociale, du local au mondial, des moyens de production, d’échange et de financement, concrétisant dans de nouvelles institutions un pouvoir autogestionnaire des travailleurs dans l’entreprise, un pouvoir décentralisé des citoyens sur les entreprises, inaugurant une planification d’un type profondément nouveau, des services publics transformés et prenant une place centrale, une démocratie nouvelle, d’intervention et de participation, des libertés étendues dans tous les domaines, une priorité aux capacités humaines, au vivant et au partage.

Cette société qui a sa cohérence, où les institutions mondiales ont pour moyens et mission de développer les biens communs et la paix, mais où persistent encore les frontières nationales, les États, la monnaie, etc. nous l’appelons un socialisme du XXIe siècle, autogestionnaire et de liberté.

Dans cette perspective, la conquête d’une participation au pouvoir d’État à l’échelon national n’est pas le point de départ d’un processus révolutionnaire. Elle ne peut être que le résultat d’un rassemblement majoritaire de notre peuple qui sanctionne des rapports de forces issus d’une jonction entre des idées et des luttes sociales et politiques, les unes et les autres de portée révolutionnaire.

Dès lors, l’exercice du pouvoir d’État n’est pas davantage un but en soi. Il sert à favoriser la prise de pouvoir directe, autogestionnaire, des travailleurs et des citoyens sur l’utilisation de l’argent et sur les décisions politiques et économiques que cette prise de pouvoir rend possible.

Pousser jusqu’au bout le mouvement révolutionnaire issu des Lumières et du mouvement ouvrier, c’est entendre ces nouvelles générations qui n’en peuvent plus des délégations de pouvoir, au patronat dans l’entreprise, à des représentants de plus en plus décrédibilisés par la crise dans la cité.

C’est donc répondre à la crise de l’État en s’appuyant sur les contradictions qui le traversent, pour dépasser ces délégations de pouvoir par une prise de pouvoir directe des citoyens, des travailleurs : c’est cela le communisme, depuis Marx et Engels, et de façon encore bien plus actuelle aujourd’hui. Le travail collectif des communistes a permis de proposer des modalités concrètes de cette transition socialiste et de sa cohérence avec le but final, une société communiste : de nouvelles institutions instaurant une combinaison tout à fait inédite entre autogestion et planification, avec en leur cœur le développement de nouveaux services publics qui ne sont pas l’État mais qui peuvent être, en quelque sorte, une modalité du dépassement de l’État.

Pousser jusqu’au bout le mouvement révolutionnaire, c’est aussi passer de «principes» abstraits fondamentaux, comme la liberté ou le droit au travail, à leur mise en œuvre effective. C’est donc ouvrir des pouvoirs nouveaux sur les moyens de rendre effectifs ces principes: moyens financiers, juridiques, culturels, intervention dans la gestion des entreprises, services publics.

Enfin, il faut une République internationaliste en actes, dont l’action internationale, les institutions et les instruments de coopération se placent en permanence sous le contrôle des travailleurs.ses et des citoyen.nes. En particulier, dès aujourd’hui, les résidents étrangers hors UE doivent avoir le droit de vote aux élections municipales.

Le développement de nouveaux services publics, placés sous la maîtrise de leurs usagers et de leurs agents, est un enjeu central. Il répond aux besoins immédiats et contribue à la construction d’une société axée sur la promotion des biens communs, au-delà du marché et de l’État.


2 Des axes de batailles immédiates et structurantes

Démocratie, travail, emploi, salaires (marché du travail), services publics, biens communs et développement humain, rôle de l’entreprise et de la production, pouvoirs, institutions politiques, finance et mondialisation: tels sont les chantiers du communisme que nous devons investir immédiatement en nous aidant de la cohérence d’une transition socialiste vers une nouvelle civilisation. Il s’agit, au total, d’avancer en pratique en rassemblant largement, malgré les conflits inévitables, les contradictions, les compromis et les incertitudes dans une construction qui puisse changer réellement la société et qui aide à prendre conscience des enjeux, des blocages et du besoin d’une cohérence entre objectifs socio-écologiques transformateurs, moyens financiers et pouvoirs nouveaux.

2.1 Des objectifs sociaux et écologiques transformateurs

2.1.1 L’emploi au cœur de la transformation sociale : notre proposition de sécurité d’emploi et de formation

Le chômage, la précarité, les emplois abêtissants et vides de sens ne sont pas des fatalités. Prenant appui sur l’aspiration partagée à une formation et à une mobilité choisie, à un travail utile et qui ait du sens, comme sur la nécessité pour la société d’élever le niveau de formation et de qualification pour répondre aux besoins d’efficacité, de souplesse et d’adaptabilité de la production moderne, nous voulons avancer vers une sécurité d’emploi et de formation permettant à chacune et chacun de conjuguer mobilité choisie et sécurité accrue de ses revenus et de ses droits. Ce système pleinement réalisé permettrait de supprimer le chômage, de révolutionner le contenu du travail, de commencer à dépasser l’opposition travail-hors travail, tout en répondant au besoin de souplesse, de progrès et d’adaptabilité de la production moderne. Il ouvre la voie à une égalisation vers le haut, et à une nouvelle organisation des temps de la vie, donnant à toutes et tous plus de temps pour se former, plus de temps à consacrer à sa famille, plus de temps pour la vie sociale, culturelle et de loisirs. Il permet ainsi de créer les conditions pour un dépassement des clivages de classe, mais aussi de genre ou encore de génération.

Progresser dans sa construction est inséparable de la défense et de la promotion d’un nouveau service public de l’emploi et de la formation et d’une protection sociale efficace parce que financée à partir des richesses créées dans les entreprises. Des éléments essentiels d’avancées immédiates vers ce projet ont déjà fait l’objet d’une proposition de loi des députés communistes.

La culture et l’émancipation humaine sont au cœur de ce projet. Plus celui-ci va se développer, plus il va appeler à une nouvelle culture, à un dépassement des anciennes cloisons, de classe, de genre, de génération, entre nations, plus il va nécessiter la participation de chacune et chacun aux activités culturelles et créatrices.

2.1.2 Une nouvelle expansion des services et du secteur publics

Les services publics doivent être une pierre angulaire d’une nouvelle civilisation, de la construction d’une nouvelle citoyenneté et de la promotion de biens communs dans tous les domaines. Il s’agit de contester la domination de l’Union européenne par le marché et la concurrence aveugle, pour promouvoir un système de coopération où les services publics rénovés et de nouvelles entreprises publiques joueraient un rôle décisif d’entraînement.

De nouveaux services publics doivent être créés, comme pour la petite enfance et le grand âge, d’autres doivent être profondément transformés et leurs missions refondées, tels celui de l’emploi, d’autres encore doivent être considérablement développés, comme la santé, l’éducation, la recherche, l’enseignement supérieur, l’énergie, l’eau, les transports, l’écologie. Ils doivent tous être profondément démocratisés et changer leurs relations tant avec les agents qui y travaillent qu’avec les usagers.

Il est indispensable de promouvoir des entreprises publiques dans les secteurs de la production et des services, visant à entraîner l’ensemble de l’économie en faveur d’une réponse efficace aux besoins populaires et la sécurisation de l’emploi et de la formation. Cela implique des nationalisations nouvelles, ayant pour objet une transformation profonde des gestions avec de nouveaux critères, une barrière efficace à l’entrée des capitaux privés, des financements émancipés des marchés financiers, des pouvoirs d’intervention des salariés et de concertation avec les usagers, des coopérations très nombreuses et intimes en France, en Europe, dans le monde.

2.1.3 Mettre la santé et la Sécurité sociale au cœur du projet et de l’action des communistes

La santé est une préoccupation majeure de toutes les couches de la population : dégradation constante et pernicieuse de l’hôpital public, aggravation de l’accès aux soins avec la généralisation des déserts médicaux, tant ruraux que péri-urbains, augmentation des restes-à-charges, avec notamment les décisions iniques du gouvernement d’augmenter les forfaits par décret, généralisation des dépassements d’honoraires. Conjointement nous voyons l’emprise grandissante du privé dans toute la sphère de la santé et du médico-social, à travers la « préférence» des responsables de la majorité macroniste, à travers les ARS, pour octroyer, ici des financements, là des autorisations, et injonction au public de se regrouper !

La sphère du service public de la santé et celle de la protection sociale se rétrécissent comme «peau de chagrin» pendant que les grands groupes financiers investissent à tour de bras dans la santé comme dans la protection sociale.

Le gouvernement de Macron veille, toujours et encore à favoriser leur intervention, en s’attaquant plus avant aux dépenses publiques pour la santé, au budget de la Sécurité sociale. Deux projets d’envergure sont en préparation, notamment le glissement de l’Assurance maladie obligatoire vers les complémentaires santé, et la fusion entre le budget de la Sécurité sociale et celui de l’État : deux projets chéris par le patronat !

Si nous constatons des difficultés de compréhension de la part des usager.e.s, sur le fondement de notre système hospitalier financé par la Sécurité sociale et au-delà de notre système de santé, il devient incompréhensible que notre parti ne se saisisse pas de cette profonde inquiétude populaire quant à la difficulté croissante de pouvoir simplement se soigner, d’être pris en charge correctement (en maternité, aux urgences, en psychiatrie… !) de la naissance à la mort.

Notre silence actuel serait-il résignation devant la gravité de la crise sanitaire ?

Pouvons-nous nous contenter d’une modeste soirée, à l’occasion du 80ème anniversaire de la Sécurité sociale et «passer à autre chose», sans aucune perspective de bataille politique structurée ?

Pourtant, les potentialités ne manquent pas: pas un jour sans une action locale pour préserver, ici un service d’urgence, là une maternité, et plus prégnante encore la mobilisation des professionnel.le.s de la psychiatrie

Les syndicats, les associations, forces vives des mobilisations, représentent bien le socle souhaité du rassemblement populaire que nous appelons de nos vœux depuis tant d’années.

Notre Parti est le seul à porter de véritables propositions de reconstruction d’un système de santé public, en lien avec cette magnifique avancée qu’a été la Sécurité sociale et que le capital veut détruire.

Faire vivre notre proposition de 100 % santé Sécu, aujourd’hui reprise par le mouvement syndical et social, c’est donner à voir un projet progressiste et émancipateur pour toutes et tous, contre la paupérisation du plus grand nombre et la financiarisation de toute la protection sociale. Ce projet comporte la création d’un pôle public du médicament afin de réduire la dépendance aux thérapies innovantes, importées à 95 %. Leur besoin, exponentiel, exige le développement de la recherche médicale, de leur production, pour garantir leur accès à tous les patients concernés. Il sera créé à partir des services publics existants LFB, EFS, AP-HP,.

Alors que les tenants du capital veulent faire de la Sécurité sociale un simple « filet de sécurité », face aux aléas du marché (et non des aléas de la vie !), les communistes doivent se saisir de la Sécu pour en faire un axe essentiel d’un développement socialement efficace et d’un nouveau type de croissance. Notre originalité, et pertinence politique basées sur nos propositions de financement développant la cotisation sociale (contribution des revenus financiers des entreprises, modulation à la hausse du taux de cotisation patronale selon la politique d’emploi et de formation de l’entreprise), permettant la suppression de la CSG et des exonérations de cotisation sociale, nous distinguent des approches socio-démocrates des autres forces de gauches. Elles sont, intrinsèquement le ciment d’un rassemblement authentiquement révolutionnaire pour inverser le cours des choses !

Cette approche politique qui devrait être la nôtre et qui redimensionne toute notre conception des besoins sociaux, en l’occurrence la santé, est indissociable d’un acharnement à toute épreuve pour faire vivre la démocratie sociale.

Au-delà de la bataille à organiser pour le retour à des élections à des conseils d’administration élargis, il s’agit de faire vivre la démocratie, à partir de l’expression des besoins, dans les territoires, les départements, les régions et faire corps avec les aspirations, les attentes des usager.es- citoyen.ne.s, les syndicats, les professionnel.le.s. C’est un type nouveau de société à donner à voir, à partir de l’intervention agissante des premier.e.s interessé.e.s.

2.1.4 Une refonte écologique et culturelle de la production et de la consommation

La nature devrait être un bien commun de l’humanité tout entière au lieu d’être marchandisée, voire parfois privatisée. L’enjeu écologique renforce nos combats. Bien loin de les décentrer, il les élargit. Il confirme qu’il faut vraiment changer le mode de production et de consommation, qu’il faut une véritable révolution. Il faut une révolution dans les rapports sociaux de production, jusqu’aux techniques de production, une révolution de la répartition et de la consommation, et une révolution des pouvoirs et de la culture.

L’effondrement industriel de notre pays, à 9,84 % du PIB fin 2024, avec les fermetures d’entreprises et les licenciements économiques qui se poursuivent, pose un grave problème de production de valeur ajoutée sur le territoire national. Une nouvelle industrialisation de notre pays est nécessaire pour en finir avec l’appauvrissement de ses habitants, de leurs services publics et de la Sécurité Sociale, pour faire face à l’urgence climatique et pour résister efficacement aux pressions des impérialismes, des multinationales et des marchés financiers. Elle mobilisera le potentiel de la révolution informationnelle, aujourd’hui perverti par les multinationales, au service d’une nouvelle efficacité écologique et économique donnant la priorité au développement de l’emploi et des qualifications. Elle reposera sur des droits d’intervention nouveaux pour les populations et les salariés sur les choix de gestion, et sur l’utilisation des leviers d’intervention publique à l’appui de nouveaux critères de production, d’embauches, de recherche, d’investissements. Enfin, cela exige de s’appuyer sur une électricité à bas coût impliquant une révision profonde des obligations imposées à EDF, dont la politique de soutien aux énergies renouvelables.

Services publics et entreprises sont au cœur de l’enjeu écologique : service public de l’écologie, mais aussi de la santé ou de la recherche ou du financement, mais aussi entreprises productives industrielles, de commerce et de services, avec de nouveaux critères de gestion (donc de production et de localisation), banques (avec de nouveaux critères d’investissement et de financement). Nous pouvons faire converger des forces du « dedans » et du « dehors » de l’entreprise, à partir du double enjeu social et écologique qui se rejoignent contre la domination du capital, les critères de rentabilité financière, l’austérité et le système de pouvoirs. L’agriculture est aussi concernée, elle qui est de plus en plus pénétrée par le capital, ses critères et le rapport salarial capitaliste.

De nouvelles conquêtes sociales et écologiques doivent être gagnées par des batailles concrètes sur tous les sujets. C’est une bataille idéologique structurante, pour donner à voir la nouvelle société que nous voulons construire. Le travail engagé avec le Plan Climat doit être poursuivi dans ce sens. De même, les avancées récentes des réflexions du Parti sur la place de l’agriculture dans un projet de refonte écologique et sociale des doivent être prises en compte.

2.2 Des pouvoirs, droits et libertés nouveaux

La conquête d’une égalité réelle pour toutes et tous, émancipée des origines assignées, des discriminations liées à l’âge, au genre, à l’orientation sexuelle, à la catégorie sociale, à l’apparence physique, au handicap, doit être instaurée et affirmée en donnant les mêmes droits à chacune et à chacun, dans une égale dignité de participation et d’intervention. La politique des boucs émissaires, des relégations territoriales, de l’incitation au racisme et de la stigmatisation masque les vrais problèmes et les entretient. Cela appelle tout à la fois un effort culturel, un effort démocratique, une justice réaffirmée, une autre police et un nouvel âge des services publics. Par exemple, la défense d’un service public fort de la justice prud’homale est un enjeu démocratique et social majeur. Les conseils de prud’hommes, historiquement élus, assurent une justice proche des réalités du travail. La suppression des élections a affaibli leur légitimité et éloigné les salarié es de cet outil. Rétablir ces élections contribuerait à redonner la parole au monde du travail et à renforcer la représentativité et la défense des droits face aux employeurs.

La démocratie participative et d’intervention doit devenir un principe actif, un impératif des politiques publiques, avec de réels moyens d’intervention directe des citoyennes et des citoyens. Elle suppose la création de nouveaux pouvoirs, un essor considérable des libertés et la conquête d’une égalité effective, en faisant en sorte que chacun dispose des moyens nécessaires à son accomplissement. Le rôle des salarié-e’s dans l’entreprise et des populations concernées doit prédominer, au lieu du monopole du capital et de ses représentants. Cet enjeu est au cœur de la lutte de classes d’aujourd’hui. Il s’agit de transformer les gestions d’entreprises pour leur faire assumer un but d’efficacité sociale, territoriale et écologique. Il faut aussi de nouvelles institutions permettant l’intervention populaire à tous les niveaux (des collectivités territoriales à l’État) pour une nouvelle République allant de pair avec une nouvelle construction européenne.

Cela implique de permettre à toutes et tous de comprendre le monde pour le transformer, de s’approprier des savoirs complexes et de construire une culture commune de haut niveau grâce à des services publics de l’éducation, de la formation et de la culture renforcés et profondément transformés.

2.3 Des moyens financiers

2.3.1 Émanciper société et économie des marchés financiers

L’argent et la monnaie sont l’instrument majeur de la domination du capital sur l’économie et la société. Un projet communiste doit promouvoir par la lutte un système de financement radicalement différent. Les marchés financiers, les grands actionnaires et le grand patronat imposent une logique de financement et de gestion qui soumet les entreprises à la domination du capital. Pour imposer une tout autre logique, nous voulons prendre le pouvoir sur l’utilisation de l’argent des entreprises (profits), de l’État (fond publics), des banques (crédit), des assurances (épargne). Au lieu de servir les profits, le coût du capital, l’évasion fiscale, cet argent doit financer les investissements efficaces, l’emploi, la formation, la recherche, l’écologie, l’égalité femmes-hommes, etc. Il doit aussi financer les services publics dans les territoires au lieu de laisser la dette publique sous la coupe des marchés financiers. Cet axe de transformation concerne tous les niveaux d’intervention : régional, national, européen et mondial.

Outre les fronts que les luttes et l’actualité imposent, nous proposons que le congrès décide d’une campagne permanente pour une autre utilisation de l’argent. Nous voulons faire grandir la contestation radicale des critères de rentabilité imposés par le patronat, les actionnaires, les banques et les marchés financiers, en leur opposant le besoin d’une autre utilisation de l’argent pour l’emploi, la formation, la création de richesses dans les territoires, la satisfaction des revendications sociales et des besoins écologiques.

Trois chantiers de cette campagne sur l’utilisation de l’argent nous semblent prioritaires :

  • la bataille budgétaire contre l’austérité, pour un fonds d’avance de 500 Md€ pour le budget national, à 0 %, mobilisant le pôle public bancaire et financier français, pour développer les dépenses d’emploi et de formation dans les services publics et leurs infrastructures ;
  • la bataille pour un Fonds européen solidaire pour les services publics, financé par la création monétaire de la BCE, pour financer à 0 % les dépenses des États nationaux développant les services publics ; elle pourrait dans un premier temps commencer par une campagne nationale pour des pré-recrutements massifs assortis d’une période de formation à l’hôpital, dans l’Éducation nationale, dans la recherche publique, dans les transports, dans l’énergie, dans la justice, la police, etc.
  • la bataille pour développer la cotisation sociale et le financement de la Sécurité sociale, en créant une cotisation sociale additionnelle sur les revenus financiers des entreprises et en instaurant une modulation des cotisations sociales employeurs à la hausse pour les entreprises qui s’attaquent à l’emploi, aux salaires et aux dépenses de formation.

En parallèle, la nouvelle direction nationale a pour charge de mettre en place deux dispositifs et de les faire vivre, en associant militants et élus : une cellule de veille et de contact sur les aides publiques aux entreprises, et une cellule de veille, d’alerte et d’aide à la riposte face aux suppressions d’emplois et d’entreprises.

De telles batailles dans une stratégie du PCF comme vecteur du rassemblement et de l’unité populaire contribueraient à construire le socle nécessaire au redressement de notre influence et de nos forces organisées. Elles doivent permettre de mobiliser conjointement militantes et militants, à l’entreprise et dans les localités, et élu·e·s communistes, dans la diversité de leurs rôles respectifs et des moments politiques.


3 Rassembler pour gagner la bataille contre le capital

3.1 Rassembler le salariat et, avec lui, toutes celles et tous ceux dont le capital écrase les vies et compromet l’avenir

Dès lors que notre projet s’incarne dans une action politique pour ouvrir une issue à la crise de civilisation telle qu’elle affecte la vie de nos concitoyennes et concitoyens dans le monde d’aujourd’hui, une question se pose, celle des forces sociales capables d’imposer sa réalisation.

La classe ouvrière proprement dite – celles et ceux qui produisent des marchandises en transformant la nature par leur travail – représente une part importante du salariat moderne mais ce sont surtout les autres couches salariées qui se sont accrues en nombre : employés, techniciens, ingénieurs, cadres, dont les contributions à la création de richesses, pour être moins directes, ne sont pas moins décisives dans les sociétés contemporaines.

Les formes actuelles de la lutte des classes portent la marque de deux transformations majeures qui ont affecté nos sociétés depuis cinquante ans. La première résulte de la crise de suraccumulation durable à laquelle ont cherché à répondre en catastrophe différentes formes de dévalorisation de capital. Les grandes concentrations ouvrières du milieu du XXe siècle ont été remplacées par des réseaux instables et mondialisés de grands groupes industriels et de services, fortement dépendants des marchés financiers, et tenant dans leur propre dépendance des tissus de sous-traitants dont les salariés connaissent des statuts plus ou moins précaires, conçus pour briser les solidarités qui avaient fait la force des syndicats et des partis de gauche pendant l’essor du capitalisme monopoliste d’État.

La deuxième source de transformation dans les rapports de classes réside dans la révolution technologique informationnelle. Après le remplacement massif de la main des travailleurs et des travailleuses par les machines-outils, trait distinctif de l’essor conjoint de la révolution industrielle et du capitalisme, ce sont maintenant certaines opérations de l’esprit humain que des machines viennent remplacer. Désormais, produire, c’est toujours agir sur la matière pour la transformer, mais c’est, de façon prépondérante, et pour le plus clair du temps d’une majorité des travailleurs, agir sur des informations. Il y a là un potentiel révolutionnaire énorme, car les capacités humaines tendent à devenir décisives.

La crise actuelle tend à la fois à diviser les différentes catégories de salariés, et à les soumettre à des sorts semblables. D’une part en précarisant, en pressurant, jusqu’aux agents des services publics (soignant.e.s, enseignant.e.s, chercheur.se.s), en mettant en insécurité les travailleurs «sans papier» faute de de régularisation, et en prolétarisant jusqu’aux cadres malgré l’accès à certaines parcelles du pouvoir économique que leur donne leur statut. D’autre part, en accroissant le besoin de formation tout au long de la vie jusque pour les catégories d’ouvriers et d’employés antérieurement considérées comme les moins qualifiées. Dans toutes les couches du salariat se cherche une capacité nouvelle à contester concrètement les logiques capitalistes dans les gestions d’entreprises, avec de nouveaux critères d’efficacité économique, sociale et écologique, et une capacité à articuler cette contestation à celle des dominations liées au genre ou à l’origine géographique, nationale, ou culturelle.

Le capital, en tant que classe, domine et aliène le développement de toute la société et de toutes les catégories sociales. Il s’oppose à leur plein développement, émancipé. Sa domination se traduit dans les coûts qu’il fait supporter à la société, dans ses pouvoirs et dans sa logique de rentabilisation financière, qui est de ramener tout à une valeur marchande à rentabiliser. Ce faisant, il travaille l’intégration de multiples couches sociales, depuis les cadres supérieurs, qu’il tente de rendre dépendant des revenus financiers, jusqu’aux autoentrepreneurs, en passant par tout le travail d’intégration des salariés à son idéologie et le développement mondial des fonds de pension à partir de l’épargne des salariés.

Réunir ces différentes «fractions» est une bataille politique concrète, engageant au premier chef la responsabilité d’un parti révolutionnaire, dans un affrontement contre tout ce que fait le capital pour entretenir les divisions. A ce titre, il faut une régularisation globale des travailleurs sans papiers sur simple preuve de la relation au travail. Un titre de séjour doit autoriser le travail aux demandeurs d’asile pendant la période d’instruction de leur dossier pour sortir ces citoyens de la précarité extrême et indigne, livrés à la surexploitation capitaliste. Leur parcours professionnel doit être sécurisé en lien avec notre proposition de sécurité d’emploi et de formation.

3.2 Affirmer la présence du projet communiste dans les batailles électorales de 2027

Nous voulons transformer radicalement la société. Pour cela, nous conjuguons luttes et action dans les institutions, concertations entre intéressés et mise en pratique de projets transformateurs, résistance et construction, rapport de forces social et d’idées, avec construction politique. Nous le faisons sans nous enfermer dans les institutions, sans les contourner non plus. Et nous voulons changer les institutions.

Notre présence dans les institutions a pour unique objet de faire avancer les transformations sociales, d’y faire avancer tout ce qui peut avancer. Lorsque nous y sommes minoritaires, elle est aussi un moyen de porter une parole et de faire connaître nos idées, notre projet, comme dans une chambre de résonance. Elle a aussi pour but de résister aux mauvais coups et de les révéler, voire de révéler les positions de nos adversaires. Chaque fois que nous pouvons construire des majorités qui permettent des transformations nous nous y attelons. Elles peuvent montrer, notamment dans les collectivités où nous avons la responsabilité de gérer, la pertinence du projet communiste et de notre gestion. En cela notre présence, quelle que soit sa forme, doit viser à faire avancer la bataille d’idées.

C’est pour tout cet ensemble de raisons que nous nous présentons aux élections. Les campagnes électorales sont elles-mêmes un temps fort de la bataille d’idées à laquelle nous affirmons qu’il est indispensable que nous participions. Encore plus pour les élections présidentielles, car elles sont profondément structurantes du rapport de forces politique de notre pays.

Cela nous conduit à mener de front présence communiste et politique d’union, de rassemblement. Un rassemblement à la fois populaire et de forces politiques.

La gauche est capable de créer une dynamique de changement, comme elle l’a montré dans notre histoire, avec les grandes conquêtes de 1936 et de la Libération en 1944-46. Elle est aussi capable d’échouer dans son ambition de transformation, même avec un élan populaire comme en 1981 ou en 1997-2002, voire d’y renoncer comme avec François Hollande en 2012-2017. Mais ses valeurs de progrès, son ancrage au syndicalisme et dans le mouvement social et ouvrier, son humanisme et son internationalisme font qu’elle a été encore été capable de créer une dynamique inespérée empêchant en 2024 le RN d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. De même, aux récentes élections municipales, des alliances sur une base claire ont pu, dans un certain nombre de cas, mettre en échec le RN et la droite réactionnaire.

Mais la faiblesse de la gauche et l’espace électoral occupé par l’extrême-droite obèrent grandement les perspectives de réponse positive aux souffrances et aux colères de nos concitoyennes et concitoyens. Pour sortir de l’impasse, l’expérience a prouvé qu’il ne suffit pas de dénoncer le danger de l’extrême-droite, ni de démasquer la démagogie du Rassemblement National.

Il faut proposer une perspective politique ancrée dans les luttes, qui, en retour, leur donne la force et la confiance nécessaires pour l’emporter sur le capital. Cette perspective ne peut pas être la répétition des expériences de 1981, 1997, encore moins de 2012. Leur échec, tout particulièrement face aux questions économiques, au «mur de l’argent», a fortement contribué à l’ascension de l’extrême-droite. La gauche doit renouveler profondément son logiciel, dépasser la coupure entre la gestion des entreprises et de l’économie, abandonnée au capital, et une action de l’État réduite à une correction des excès du capitalisme, de moins en moins efficace à mesure que la crise s’approfondit.

C’est au prix de cet effort qu’elle pourra être à la hauteur de l’attachement à la démocratie et à l’unité qui demeure profondément ancré dans notre peuple.

Favoriser cet effort de renouvellement de la gauche, le faire réussir pour qu’elle s’en prenne «à la racine» des difficultés, est de la responsabilité du Parti communiste. Sa bataille d’idées mais aussi son engagement dans l’action, dans les luttes sociales, dans les mobilisations pour l’égalité, contre les discriminations, pour la paix et la fraternité entre peuples. Car c’est dans l’action que les rapports de forces se construisent, que les consciences progressent, que les divisions se surmontent.

Affronter les échéances électorales de 2027, c’est donc engager dès à présent les débats et les luttes sur les grandes exigences sociales et écologiques incontournables, ainsi que sur les moyens financiers et pouvoirs indispensables à la réponse à ces exigences. Cela va de pair avec une bataille politique publique sur ce qui devrait figurer dans un programme de gouvernement pour 2027.


4 Faire du PCF le parti révolutionnaire dont notre société a besoin au XXIe siècle

Résister et construire, face à la dureté et à la complexité de la situation actuelle, exigent un parti communiste efficace car capable de comprendre et d’agir pour porter un projet de transformation radicale à tous les niveaux. Cela suppose une claire évolution de ses modes de fonctionnement, d’organisation et de direction, un véritable renouveau démocratique. Un renouveau qui s’incarne d’abord dans le développement massif de la formation à partir des avancées théoriques marxistes de ces dernières décennies, jusqu’à reconstruire une école du parti. Sur cette base, serait refondée l’action militante communiste articulant visée théorique et pratique politique de terrain ce qui passe non seulement par soutenir les luttes mais par les initier à partir de nos propositions originales sur l’emploi, l’utilisation de l’argent, les nouveaux pouvoirs de l’entreprise à la cité… C’est de cet échange permanent que se crée la capacité d’engendrer des transformations révolutionnaires.

C’est, dans l’immédiat, ce qui permet de dépasser les tensions et les risques d’émiettement de l’activité militante, en unissant les communistes autour d’une cause, d’un projet de transformation de la société élaboré et décidé en commun.

4.1 Un parti qui réfléchit collectivement

Pour agir face aux bouleversements absolument inédits qui agitent notre société, nous nous trouvons dans une situation comparable, par certains aspects, à celle où se trouvaient les fondateurs du marxisme au moment où la domination du capitalisme s’imposait à la faveur de la révolution industrielle.

Cela doit nous conduire à nous inspirer de la méthode qu’ils ont alors inaugurée : assimiler de façon critique les avancées les plus contemporaines de la recherche et des réflexions sur les sociétés humaines en les confrontant à l’expérience concrète de la lutte des classes.

C’est pourquoi la créativité de notre collectif militant dans l’exercice d’un marxisme vivant est plus indispensable que jamais. Nous pouvons faire fond, dans ce domaine, sur un riche patrimoine théorique, depuis la «bolchevisation» du Parti dans les années 1920 et 1930 jusqu’aux novations qui ont permis au PCF, à partir des années 1960, de dépasser les dogmatismes de la doctrine soviétique officielle.

Les moyens à mettre en œuvre à cet effet répondent donc à la nécessité de prendre au sérieux les enjeux théoriques et leur lien étroit avec notre action pratique dans la société. La maxime de Lénine selon laquelle «il n’y a pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire» demeure vraie plus que jamais.

4.1.1 Les commissions, creuset de l’élaboration politique

Les commissions nationales contribuent à fédérer des communistes de tous horizons autour d’une thématique commune alimentée par l’expertise militante de multiples fédérations. On y confronte des compréhensions plurielles du réel aux meilleurs outils d’analyse possibles au moyen d’une réflexion collective, à partir d’un socle théorique commun que l’on développe.</p

Il convient de traiter autrement l’articulation entre le travail intellectuel produit par les commissions avec la forme et le fond de nos campagnes nationales. La dictature de l’instantanéité a certainement contribué à faire passer l’exercice communicationnel devant la réflexion de fond.

Le PCF doit notamment s’appuyer sur ses revues et bulletins de commission. Ils doivent être renforcés et promus, y compris en dehors de nos rangs.

4.1.2 La formation

Il en va de même pour le secteur Formation. L’enjeu se situe autant à l’échelon de la formation initiale des communistes que de leur formation continue, afin d’utiliser les bons outils théoriques pour analyser un monde réel en perpétuel mouvement, sous l’effet de contradictions qu’il convient de repérer et de lire au regard des enjeux de notre temps.

La formation des dirigeants et responsables, bien identifiée aujourd’hui comme un enjeu politique, doit être à la hauteur de cet enjeu, autant par la qualité de son contenu théorique que par les moyens qui lui sont consacrés. L’ambition de construire un parti révolutionnaire de notre temps justifie la création d’une école de formation, tirant le meilleur parti de l’expérience historique des écoles du PCF, et des moyens financiers et pédagogiques disponibles dans la société contemporaine.

4.2 Un parti organisé pour agir dans la société et dans les institutions

L’unité du Parti, réalisée autour d’un projet révolutionnaire répondant aux contradictions du monde contemporain, a favorisé une nouvelle visibilité du PCF et a suscité des adhésions issues d’une nouvelle génération de militantes et militants. Cependant, le nombre d’adhérents continue globalement de décliner, le maintien d’un nombre significatif d’élus grâce à des stratégies d’alliances ne compense pas la réduction de notre influence qui se confirme élection après élection, et la vie du Parti est traversée, au niveau local ou départemental comme au niveau national, de multiples tensions.

Ne faut-il pas voir là les signes de ce qu’on pourrait appeler une crise du Parti, non pas au sens de difficultés insurmontables mais au contraire comme la recherche d’un dépassement de la contradiction entre un projet politique très novateur d’une part, et, d’autre part, une structure et des pratiques qui doivent, elles aussi désormais, prendre en compte ce caractère novateur? De même que la faillite de la Deuxième Internationale, au début du siècle dernier, avait conduit, au fil d’une évolution non exempte de tâtonnements et de corrections progressives, à l’apparition d’un type nouveau de parti révolutionnaire, de même avons-nous aujourd’hui la tâche de mobiliser de façon novatrice l’immense patrimoine théorique et pratique de notre Parti au service d’une ambition révolutionnaire pour notre temps.

Ce chantier est pour l’essentiel devant nous, c’est-à-dire devant tous les communistes qui auront à réfléchir collectivement aux dispositions à prendre pour le mener à bien. Ce texte se contente de proposer quelques grands principes qui pourraient, pensons-nous, contribuer à ces réflexions.

4.2.1 Agir à l’entreprise, en première ligne contre le capital

Un trait distinctif des partis communistes est leur présence organisée sur les lieux de travail, là où le combat de classe affronte le pouvoir du capital en son cœur : l’utilisation de l’argent pour exploiter les êtres humains, piller la nature et soumettre la production et toute la société à sa soif inextinguible de rentabilité. C’est le moyen pratique de combler la coupure entre économique et politique.

Nous avons fait d’une relance de l’implantation du Parti à l’entreprise une orientation majeure de nos derniers congrès. Les difficultés que nous rencontrons pour la mettre en œuvre dans la réalité de ce que sont devenus l’économie et monde du travail nous oblige à prendre en compte toute la dimension stratégique de cette orientation.

L’action en direction des entreprises n’est pas un simple complément d’une activité politique structurée par les échéances électorales. Elle ne doit pas se limiter à l’expression d’un soutien aux luttes syndicales, ni à la diffusion d’un discours politique général, si nécessaire soient-elles. Le but est de participer à la bataille politique intense dont les entreprises sont le siège en alimentant concrètement les mobilisations sociales par des arguments et des initiatives porteurs d’une logique de développement de l’emploi, de la formation, de conquête de pouvoirs par les salariés, contre les logiques capitalistes de rentabilité.

Cette orientation concerne l’ensemble de l’activité du Parti et ne se réduit pas à la création de cellules d’entreprises. Mais nos formes d’organisation en sont un aspect important. Elles peuvent faire appel à toute la souplesse que permettent nos statuts en partant de la réalité de la situation du Parti comme de l’évolution des formes d’activités et des modes de production, en favorisant en particulier la création de réseaux nationaux de communistes d’une même entreprise, d’un même groupe ou d’un même service public. Mais aussi, dans les zones d’activités économiques, plutôt que d’attendre l’éclosion spontanée de communistes, l’implantation de cellules ou de sections de zones à partir de camarades des directions départementales ou de sections voisines devrait permettre de se rapprocher des entreprises et du vécu de leurs salariés. L’affirmation de notre présence politique serait le moyen de tisser avec eux des liens nouveaux dans le but de faire entrer la politique à l’entreprise.

4.3 Agir contre le capital, du local au mondial

La force du PCF est son réseau militant organisé au plus près des lieux de travail et d’habitation, sans équivalent dans les autres partis malgré notre affaiblissement.

Les cellules et les sections font connaître directement à nos concitoyennes et concitoyens notre projet et nos interventions dans l’actualité politique, tout en procurant à l’ensemble du Parti une connaissance fine des réalités sociales et de la façon dont nos concitoyennes et concitoyens les vivent.

Elles sont les lieux essentiels où s’élaborent les idées et les décisions du collectif agissant que nous constituons. C’est sur cette intercréativité, en phase avec le projet d’un dépassement des délégations de pouvoir dans le champ politique comme dans le champ économique et dans le champ culturel, que peut se construire la cohérence et l’efficacité d’un Parti communiste de notre temps.

Elles doivent pouvoir jouer ce rôle en disposant d’une grande autonomie d’initiative, ce qui nécessite une grande souplesse dans les formes d’organisation, et une intense vie démocratique pour favoriser l’élaboration, l’appropriation et la mise en œuvre créative par tous les communistes de nos orientations et de notre projet. Les dispositions esquissées au 39ème congrès pour renforcer l’exercice par les communistes de leur souveraineté, au niveau local, au niveau départemental et au niveau national doivent déboucher sur des avancées pratiques. En particulier, le recensement précis des forces militantes susceptibles d’être mobilisées sur les lieux de travail doit faire partie des toutes premières priorités du travail d’organisation dans les fédérations et au niveau national ;

La dimension politique majeure du niveau régional, lieu de pouvoir décisif dans les groupes capitalistes et dans l’administration, doit être prise en compte.

4.3.1 Féminisme et lutte contre les violences sexistes et sexuelles

La révolution féministe fait partie des bouleversements qui nous changent en changeant le monde dans lequel nous voulons agir.

Dans notre fonctionnement, au-delà de ce qui reste à faire pour réaliser formellement la parité de nos instances, sa prise en compte rend possible de passer à une étape supérieure dans la prise en charge par les femmes de toutes les responsabilités politiques à tous les échelons, de la cellule à la direction nationale. Pour cela, il faut relier notre analyse de la situation spécifique des femmes dans notre société, qui peut les éloigner de l’engagement militant (cumul du travail salarié et travail domestique, revenus moindres, etc.), à des actions concrètes dans notre fonctionnement (d’une réflexion sur les horaires de réunions ou des modes de garde interne par exemple, à la politique de formation des cadres), mais aussi par la mise en avant de la révolution féministe au cœur de notre projet sans en faire un sujet « sociétal » secondaire : place centrale donnée aux services publics, à l’égalité salariale, à la sécurité d’emploi ou de formation, un parti acteur et force de proposition du mouvement pour les droits des femmes, des luttes contre les violences sexistes et sexuelles… comme constitutif de notre projet d’émancipation de l’ensemble de l’humanité.

De même, au-delà des efforts réalisés pour bannir de notre fonctionnement les violences sexistes et sexuelles ou les manifestations d’homophobie, une étape nouvelle est à franchir pour prendre en compte l’abolition de toutes les discriminations comme un objectif constitutif du projet communiste et, par voie de conséquence, de notre action politique quotidienne.

4.3.2 Jeunesse

Bien que les fondements de l’exploitation des plus jeunes soient les mêmes que pour toutes les générations, ils sont accentués par des mécanismes qui accentuent les clivages et renforcent les inégalités : contrats d’intérim, services civiques, stages mal – ou non rémunérés, apprentissages, etc.

Dans ce contexte, le Mouvement Jeunes Communistes de France et sa branche étudiante, l’Union des Étudiants Communistes ont pour objectif d’organiser les jeunes en partant de leurs réalités quotidiennes et de leurs aspirations au changement afin de faire le lien avec les enjeux du combat de classe et de les ancrer dans les lieux de vie, d’étude et de travail. L’indépendance de l’organisation de jeunesse constitue à ce titre un choix stratégique pour les communistes

Le PCF travaille donc avec le MJCF dans une complémentarité nourrie par des échanges permanents et fraternels, à l’ensemble des échelons des deux organisations.

4.4 Le PCF et les institutions

L’affaiblissement de notre base électorale et de notre organisation a fait de la présence des élus communistes une condition de l’existence institutionnelle du Parti, de ses moyens financiers, de sa visibilité pour la population.

Parallèlement, la reconnaissance de l’autonomie d’action des élus dans l’exercice de leur mandat est un acquis irréversible. Il reste à mieux faire de cette action une contribution au mouvement d’ensemble pour la transformation de la société et pour rassembler les forces qui peuvent y contribuer.

Des élu.e.s qui ainsi placé.e.s dans une nouvelle relation avec leur parti, pourront disposer du soutien des directions à chaque niveau et les nourrir de leurs expériences.

Une perspective qui suppose un nouveau type de direction nationale.

4.5 Des instances pour animer l’action collective

Un parti agissant, uni autour d’un projet donnant sa force et sa cohérence à l’engagement de ses membres, a besoin d’une direction plus resserrée au sein de laquelle les divers niveaux d’initiatives et de prises de décisions soient clairement identifiés et transparents.

Pour jouer véritablement son rôle de direction et d’orientation politique, le conseil national a besoin de se réunir sur un temps plus long afin de prendre le temps de la prise de décisions, d’en assurer le suivi tout en garantissant leur conformité aux orientations de congrès. Il devra également consacrer à chacune de ses séances un temps de débat à partir d’un travail présenté par les commissions thématiques afin que le fruit de celui-ci devienne la propriété de tout le parti et un axe de son intervention. Des temps de travaux de réflexion de groupe avec une restitution collective pendant le CN peuvent permettre la mise en œuvre de nos décisions. Chaque membre de la direction nationale a un rôle à jouer et notre fonctionnement doit lui en donner les moyens.

Le comité exécutif national doit systématiquement s’assurer que les décisions prises en CN, en conférence nationale, en congrès soient respectées et restent fidèles à leur visée initiale. Il doit jouer pleinement son rôle d’exécution effective d’orientations fixées collectivement. Ne faudrait-il pas instaurer un rapport d’activité au congrès avec des points d’étape réguliers présentés devant le CN ?

Toutefois, avec ses quarante membres, ses réunions espacées, le CEN, tel qu’il est conçu actuellement, ne peut pas assumer ses fonctions de direction opérationnelle.

C’est pourquoi il conviendrait de gagner en transparence, en légitimité et en responsabilité politique avec la création d’une instance restreinte, un secrétariat, à parité, désigné par le CEN ou le CN pour garantir la collégialité de la prise de décision au sommet et préserver notre Parti du présidentialisme qui caractérise l’ensemble du système politique français.

De manière générale, il conviendrait de réduire les effectifs du CEN et du CN et de fonder leur composition sur la diversité des secteurs d’expertise et l’implication militante en veillant à ce que les diverses sensibilités soient intégrées.

4.6 Communication

La communication nationale du parti doit être au service de la bataille d’idées à partir des contenus de transformation dont il est porteur en même temps qu’une aide précieuse à l’action de terrain.

L’ambition de notre projet communiste, loin de le rendre inaccessible à nos concitoyennes et à nos concitoyens, nous donne au contraire une multitude de façons d’en faire percevoir la cohérence à partir des préoccupations quotidiennes de chacune et de chacun. C’est elle qui nous identifie dans la bataille idéologique. D’où le besoin qu’elle ne soit pas élaborée de façon autonome par rapport aux instances nationales où sont élaborées ces mêmes idées. C’est à un progrès radical dans ce sens que devraient être consacrés les efforts déployés pour faire connaître et identifier l’expression publique du Parti sur les multiples supports de communication dont la révolution informationnelle fait un terrain stratégique de la bataille politique.

Cela met à l’ordre du jour une réflexion sur la création la mise en place d’un média vidéo web, diversifié et politique, attractif dans la forme.

Vecteurs de diffusion de nos idées, les moyens de communication nationaux ne se substituent pas au contact direct avec les adhérent.e.s, avec les citoyennes et les citoyens à l’entreprise comme dans la cité. En cela les publications locales – tracts, journaux de section, de fédération, intervention dans les médias locaux – sont irremplaçables.

CommunisteS qui pour l’essentiel, relaie des informations nationales, doit voir sa ligne éditoriale évoluer afin de devenir vraiment un outil de partage et d’échange d’expériences et d’informations entre communistes.

L’existence de L’Humanité demeure précaire. Pour une part déterminante, elle tient au soutien militant et financier des communistes. Nombreux sont celles et ceux qui s’interrogent au regard du contenu de ce journal. Est aujourd’hui posé l’enjeu d’un journal communiste de notre temps, tout à la fois d’information, d’analyse au service de la diffusion des idées communistes en-même temps qu’espace d’échanges et d’ouverture au débat d’idées. Cela passera par un nouveau type de relations, à inventer, entre les communistes et l’Humanité dans le respect de l’indépendance journalistique.

4.7 Finances, moyens

Dans notre visée communiste, les finances et les moyens organisationnels sont conçus comme des outils au service des luttes, du monde du travail et de l’action politique pour faire partager notre projet de transformation de la société.

Ils ne constituent pas une fin en soi, mais un levier collectif permettant de soutenir les mobilisations, de renforcer l’organisation militante, de diffuser les idées communistes et de défendre les intérêts des travailleurs. En ce sens, ils sont décisifs et exigent un effort de l’ensemble du Parti.

Dans un souci constant de transparence, la solidarité et la mutualisation des ressources y occupent une place centrale.

Dans cette perspective, les finances sont mises au service de l’éducation populaire et de la formation des militant.e.s, de l’ancrage local et du soutien aux luttes sociales, avec l’objectif constant de renforcer notre capacité d’intervention auprès du monde du travail et dans l’ensemble de la société. L’action des communistes dans les entreprises dans les lieux de vie et leur expression en direction des salariés doit être une priorité dans l’attribution des moyen financiers et de communication.


Conclusion

En adoptant ces orientations, nous ne passons pas à autre chose jusqu’au prochain congrès, nous accomplissons un acte politique qui nous engage. C’est l’ambition révolutionnaire de ces orientations qui fonde notre unité, qui nous procure une boussole pour agir dans un monde chaotique. C’est elle qui va nous donner la force, dans les luttes quotidiennes et dans les péripéties de la vie politique, de viser en toutes circonstances un cap: la construction d’une civilisation libérée de l’exploitation et de toutes les formes d’oppression et de domination. La force d’agir en pratique pour ouvrir le chemin socialiste vers un monde radicalement différent de l’ordre existant. En un mot, la force d’être un Parti communiste du XXIe siècle.

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