Interventions de: Jean Marc Durand Denis Durand, Evelyne Ternant, Frédéric Boccara
- Jean-Marc Durand.
Le 40ème congrès est lancé. Certes ses conditions de préparation ne sont pas optimales avec un premier trimestre accaparé par les élections municipales. Cela dit c’est décidé, il aura lieu aux dates prévus.
Tenir un congrès c’est bien normalement pour la démocratie interne mais ce qui est encore mieux, c’est de savoir à quoi sert un congrès ? C’est la question majeure qui doit préoccuper tout le parti.
Ce si c’’est pour disserter sur le sexe des anges, voire même produire des textes forts sur des questions importantes, mais sans traduction ensuite dans la vie politique du parti, cela ne sert pas à grand-chose. C’est même beaucoup d’énergie, de temps et d’argent gaspillés !
C’est pourtant une impression qui ressort malheureusement aujourd’hui !
Qu’ont en effet permis de transposer dans les actes politiques quotidien du parti les 7 années passées depuis le 38ème congrès ?
Quelles orientations, quels choix fondamentaux portés par les textes des 38ème et 39ème congrès ont véritablement été traduits dans notre pratique collective ?
Pourtant nombre d’analyses, de propositions, d’orientations adoptées à 80% par ces deux congrès, demeurent d’une indéniable actualité même si elles doivent intégrer la situation nouvelle que crée l’aggravation de la crise du capitalisme. Mais le fond de ce qu’elles signifiaient de besoin de transformation demeure, que ce soit :
- Sur l’emploi
- Sur l’argent
- Sur les pouvoirs et la démocratie
- Sur l’Europe
- Sur l’anthroponomie
Toutes question dont notre reconnaissance dans le pays dépend. Nous avons un regagné un capital sympathie mais il ne se traduit pas par un repérage un ancrage idéologique parmi notre peuple. Cela tient pour une large part à notre frilosité, à la prévention que nous semblons avoir à nous battre sur et pour nos idées et à lier ce combat à la lutte concrète de terrain.
Les 38ème et 39ème congrès posaient deux enjeux principaux :
- Nous « désocialdémocratiser »
- Nous désétatiser
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il nous reste du chemin à parcourir pour y parvenir et qu’on ne peut pas dire que ces dernières années ont véritablement marqué un tournant en la matière.
Cependant, la grave crise en cours, le danger de guerre, la montée de l’extrême-droite partout, posent comme jamais l’exigence pour le PCF d’être le parti révolutionnaire de notre temps, à l’initiative sur la bataille des idées comme dans les luttes, et pour un rassemblement à gauche renouvelé dans sa forme et son contenu. Les idées de transformation radicale dont nous sommes porteurs constituent un des clés essentielles pour déverrouiller la société.
C’est ce dont le 40ème congrès doit être porteur avec force et qui pour être opérationnel doit s’accompagner d’une transformation profonde de nos modes de fonctionnement et de nos pratiques démocratiques. De notre capacité à nous révolutionner en interne dépendent nos possibilités de révolutionner la société.
2) Denis Durand
Ordre du jour du congrès
Au 38ème congrès, nous avons réalisé l’unité du Parti en rassemblant 80 % des communistes autour d’un projet communiste, à la fois but et chemin pour construire une civilisation radicalement différente de la civilisation contemporaine. C’est ainsi que nous avons gagné la bataille contre l’effacement du Parti.
Il reste à gagner la bataille contre l’effacement des idées communistes.
Au conseil national qui précédait le 39ème congrès, j’avais dit que la réussite de ce congrès aurait comme pierre de touche la capacité du Parti à saisir l’occasion des élections européennes pour mener une campagne porteuse du projet communiste, dans toute l’originalité de ce qu’il apporte à une régénération de la gauche face à la montée des périls.
Nous avons bien présenté une liste – « PCF is back ». Mais le choix a été fait, malgré les avertissements lancés au sein même du conseil national, de ne pas faire campagne sur notre projet de société mais sur des thèmes souverainistes et étatistes, supposés séduire l’électorat populaire : le projet communiste était effacé.
Le résultat est connu. Je ne peux pas prouver qu’il aurait été meilleur si nous avions saisi l’occasion de faire connaître nos orientations de congrès. Il est certain, en revanche, que nous n’avons même pas essayé.
Cet épisode et beaucoup d’autres sont révélateurs de la tâche qui reste à accomplir : réduire le décalage entre nos orientations et notre pratique qui ressemble de plus en plus à celles d’un parti bourgeois, focalisé sur les tactiques électorales, parfois habillées d’un discours qui confond radicalité et autoritarisme étatique.
Comme l’a dit Fabien, le 40ème congrès sera donc un congrès de clarification : soit nous alignerons notre discours sur notre pratique, en nous débarrassant une fois pour toutes de ce qu’a apporté le travail des 38ème et 39ème congrès sur le projet communiste – mon opinion est que dans ce cas nous serons très loin de ce qu’exigent les périls qui pèsent sur le pays, sur le monde et sur le Parti lui-même ; soit nous modifions profondément notre façon de décider et d’agir, en prenant toute la radicalité de notre projet, non comme un dogme figé mais comme une boussole, dans un monde que la crise de civilisation rend chaotique, pour résister aujourd’hui au capital et pour donner à cette résistance la force que lui procurera la présence d’un projet alternatif, vers la construction d’une civilisation libérée de l’exploitation capitaliste et des dominations qui vont de pair avec elle. En somme, sortir de l’impasse par le haut.
Mon expérience personnelle m’a convaincu que les communistes, le corps militant, sont disponibles pour le faire, que c’est cette cause révolutionnaire qui fonde leur engagement, et qui fonde l’unité du Parti. Mais encore faut-il modifier notre façon d’agir et de diriger le Parti pour inscrire notre projet dans toutes nos batailles pour l’emploi, la formation, les services publics, la transformation écologique de la production et de la consommation, la conquête de pouvoirs autogestionnaires sur l’utilisation de l’argent, et dans toutes nos batailles féministes, antiracistes, antifascistes, internationalistes.
3) Evelyne Ternant
L’enjeu est de veiller à ce que le poids des échéances électorales de 2027 ne recouvre pas le congrès, caravons besoin d’un vrai congrès, qui donne un cap clair pour remotiver et mettre en action de notre force militante, ce qui implique un retour critique et sans faux-fuyant sur nos difficultés actuelles. Il s’agit non pas de remettre en débat les orientations des 38 e et 39 e congrès, mais de procéder à une évaluation de leur mise en application.
En prenant le risque de résumer la ligne directrice des deux derniers congrès, j’avancerais deux points :
-remettre au centre de nos batailles la confrontation au capital, ses pouvoirs, sa logique, sur la base d’une analyse marxiste actualisée du capitalisme et de sa crise systémique ;
– agir en faveur d’un large rassemblement populaire, faisant converger, au-delà du salariat, dont l’unité est à construire, toutes les victimes du pilotage par la rentabilité du capital, car il malmène la société tout entière, à partir de la diversité de leurs luttes, dont nos avons dit qu’elles ne sont pas à hiérarchiser : protection sociale, retraite, environnement, services publics, féminisme, discriminations, …
Cela impliquait :
1- de ne pas faire de la répartition des richesses et de la fiscalité redistributive le centre d’une politique économique alternative, même s’il est facile de dénoncer l’indécence des fortunes des ultra-riches. Ce créneau-là, c’est celui de la social-démocratie (surtout quand elle est dans l’opposition !)
2-de mettre en avant notre spécificité communiste, avec :
* d’une part, l’explication sans relâche des critères du capital, qui conduisent aux suppressions d’emplois, aux atteintes à l’environnement, aux délocalisations et aux spéculations boursières qui désindustrialisent, aux gâchis en tous genres ;
*d’autre part, la pédagogie des leviers pour les faire reculer, pour faire reculer du même coup le fatalisme de l’horizon indépassable du capitalisme, tels que, sans être exhaustif :
-la conditionnalité vertueuse pour l’emploi et l’environnement, non seulement des aides publiques, ce qui est le cas en particulier depuis le rapport de Fabien Gay, mais aussi du crédit bancaire et des impôts ;
-de nouvelles institutions donnant des pouvoirs aux salariés et aux citoyens pour l’imposer ;
-un nouvel âge de la sécurité sociale avec la Sécurité d’Emploi ou de Formation, pour contrer la marchandisation de la force de travail.
La communication officielle du parti, écrite et orale, a-t-elle porté avec constance et conviction ce projet de transformation des rapports de production capitalistes ? Est-ce que nous avons produit les actes politiques utiles pour tirer le rassemblement des forces progressistes vers le haut, sur ces contenus transformateurs, en commençant par mettre en discussion dans le pays, avec les citoyens, ce premier pas que constituait le programme du NFP, pour en dépasser les limites ?
Et si la réponse à ces questions est : « pas suffisamment », comment corriger le tir ?
Quelles sont les prises de positions ayant fracturé le parti, jusque dans ses instances dirigeantes, qui méritent d’être mises en débat ? Comment fonctionner différemment, pour que l’élaboration politique soit moins verticale et centralisée, plus collective, et que, en cas de débat, ce dernier soit mis entre les mains des communistes et tranché démocratiquement ?
Telles sont pour moi les questions à traiter pour sortir de l’inquiétude et du doute qui saisissent beaucoup de communistes, face à une insuffisance de perspective transformatrice doublée d’un certain flou sur la stratégie de rassemblement.
Parmi les sujets sur lesquels il devrait à mon avis y avoir débat et retour critique sur notre :
-une certaine perméabilité à la montée des idées souverainistes dans la société, qui a marqué la campagne des européennes, et perdure…Ce que nous défendons c’est la souveraineté populaire, qui n’est respectée nulle part, ni au niveau national, (non-respect du résultat des élections législatives), ni au niveau européen (non-respect du vite sur le TCE, etc..).
-une conception étatiste du changement, par le haut, véhiculée avec la notion « d’état fort », « d’état stratège », alors que les enseignements de l’histoire nous ont conduits à concevoir le dépassement du capitalisme par un large mouvement populaire autogestionnaire. Le débat sur le socialisme devrait nous permettre de clarifier ce point.
-la question du travail : le fait de vouloir identifier le PCF au « parti du travail » avec le slogan « parti pris du travail » porte le risque -vérifié dans les discussions avec des syndicalistes – d’être confondus avec les partis de droite et leur idéologie réactionnaire du « travailler plus ». Mais surtout, dans un moment de crise du travail sans précédent, aliéné par les rapports capitalistes, cette identification ne donne pas à voir l’objectif d’émancipation qui fonde notre engagement communiste, lequel passe non seulement par un travail « désaliéné », mais aussi par un substantiel accroissement d’un « hors travail » lui aussi émancipé. Enfin, cette identification restrictive qui s’adresse aux seuls travailleuses et travailleurs est excluante pour le reste de la société : la jeunesse, les précaires et chômeurs exclus durablement de l’emploi, le monde de la création, les retraités, etc..
-notre rapport aux luttes : soutien et suivisme des organisations syndicales, ou politisation par une mise en perspective de propositions transformatrices, en particulier le projet de SEF ?
-le fonctionnement, dont celui de la direction nationale qui doit remédier à deux défauts majeurs : un pouvoir de décision trop centralisé, vertical et opaque, du fait de l’absence d’un secrétariat élu par le CEN ; des instances de direction, CEN et le CN, qui enregistrent plus souvent qu’elles ne décident, ce qui explique largement la défection qu’elles subissent.
Notre parti ne pourra pas survivre à une existence limitée aux interventions médiatiques et aux élections. Stopper la spirale du déclin nécessite qu’il y ait à tous les échelons du parti appropriation et diffusion d’idées et d’actions novatrices guidées par le projet communiste. Tel est pour moi l’enjeu du congrès.
4) Frédéric Boccara
1ère intervention (Vénézuela)
1- Je me félicite qu’une déclaration correcte ait été publiée très rapidement sur le Vénézuela, n’hésitant pas à exiger la libération de N. Marudo. Néanmoins, je suis un peu fatigué de voir qu’on est toujours obligé de revenir sur les mêmes points, comme s’il n’était pas tenu compte de nos débats aux CN. Un élaboration plus collective en amont, en lien avec une toute autre conception du CEN et de nos directions, permettrait d’initier nos débats du CN avec un texte plus juste dès le départ et de concentrer nos débats sur nos initiatives et sur la mobilisation/formation du parti.
En particulier, la préparation d’un meeting international pour la paix devrait être une priorité (avec la venue de partis européens comme Die Linke, Refondazzione Communista, le PCE, le PTB belge, les Irlandais du Sinn Fein, et des représentants du Venezuala, de Cuba, du Brésil, d’Afrique, etc.). Nous en avions déjà proposé au CN de novembre.
Concernant le fond des choses et le texte proposé.
2- Il faut bien articuler dénonciation de l’atteinte à la souveraineté nationale et affirmation du droit international, ce que fait le texte proposé. En revanche, dire qu’il s’agit d’un « coup d’Etat » est aller vite en besogne. Je propose de plutôt mettre qu’il s’agit d’un « acte de guerre ».
3- Au-delà du respect des principes du droit international, il nous faut d’autre part porter l’exigence de changer l’ordre international actuel, politique et économique, ce qui implique non pas de parler en général mais de mettre sur la table la réforme profonde des institutions internationales et le besoin de nouvelles. Je fais un certain nombre de propositions d’amendements en ce sens.
4- Il faut très tôt donner des clés de compréhension, en partant de la crise actuelle du capitalisme et de l’impérialisme étatsuniens : nouvelle « étape de la crise et recherche d’une nouvelle réponse unilatérale et monopoliste, car les réponses passées sont en crise.
5- Les motifs économiques sont pas les seuls, il y a aussi des motifs proprement politiques d’étouffer tout gouvernement progressiste et toute velléité d’indépendance envers les Etats-Unis. Il faut le dire.
6- Cela va jusqu’à l’intimidation des « alliés » des Etats-Unis, Mexique, Canada et Union européenne. C’est un enjeu majeur pour Trump. Nous ne pouvons pas laisser la question de l’Europe de côté, c’est un élément majeur de l’extension de la « doctrine Monroe », avec en outre la récupération fédéraliste européenne qui peut s’en suivre en réaction.
7- Les enjeux économiques ne se réduisent pas au pétrole. Il y a surtout la question de l’ensemble des multinationales (pas seulement les extractives), les GAFAM et le monopole des technologies.
8- Quant au dollar, j’apprécie que cette première version de déclaration en dise un mot, mais le cœur de sa domination c’est le drainage des capitaux et les financements, même si les échanges en font partie.
9- Avec la menace de Trump sur le Groënland, qui fait partie d’un Etat de l’OTAN, il devient clair, j’espère, que la sortie de l’(OTAN et la construction d’une autre alliance sont à l’ordre du jour. Nous devons l’exiger.
9- Enfin, il faut conclure sur l’alternative de fond. On ne peut pas être en simple réaction. On ne peut prendre les questions de la paix et de la coopération, qui sont fondamentales, de façon traditionnelle. Il nous faut amener deux autres éléments majeurs au cœur de notre orientation (celle adoptée aux 38è et 39è congrès, du moins…, pas forcément celle portée par les intervention des porte-paroles dans les médias) : les biens communs et le besoin d’institutions spécifiques pour coopérer, dont bien commun particulier : la monnaie. Voilà les enjeux du 21è siècle : un nouvel ordre international, avec une ONU profondément réformée (sans le droit de veto des 5 pays, dont les puissances néo-coloniales) et la mobilisation de moyens financiers nouveaux pour les biens communs (dont climat, les ressources énergétiques, les technologies), et pour l’emploi et les services publics. Cela exige de transformer profondément le FMI et l’OMC et de les mettre sous l’égide d’une ONU transformée profondément. Nous devons porter notre projet.
2ème intervention (Congrès)
Nous avons besoin d’un congrès. Et d’un congrès ambitieux. Le délai que nous allons avoir collectivement pour le travailler est trop court, il arrive trop tôt. La décision de la date a été prise. A présent c’est ainsi.
1- Les 38è et 39è congrès ont permis de redonner la visibilité au PCF, à son signe. Mais pas à ses idées. Dont on se demande parfois où elles sont dans certaines interventions publiques. A présent, l’enjeu principal du congrès, Denis Durand l’a dit, c’est de sortir de l’effacement des idées communistes. Et de faire le lien entre les idées de fond et les propositions immédiates, montrer leur portée radicale. Par exemple, il n’est pas exact de dire, comme je l’ai entendu dans le rapport, que nos propositions de financement sont « un mécanisme ». Ce sont des propositions politiques. Elles s’appuient sur un mécanisme, mais ce sont des propositions politiques de fond. Les dépolitiser ainsi, c’est se tirer collectivement une balle dans le pied. On devrait jouer un peu plus collectif : des propositions politiques, des analyses sont adoptées durant les congrès, par les congressistes qui sont l’émanation du collectif militant… et elles sont peu à peu rangées dans un tiroir, elles disparaissent.
Au total, nous avons devant nous un grand enjeu : sortir de la fracture entre la pratique et les textes. Cette fracture existe certes pour toute la gauche, depuis au moins 1982. Mais nous, saurons-nous en sortir ?
Nous avons donc un enjeu considérable d’analyse pour donner du sens à ce que vivent les gens, donc à l’action, pour permettre la mise en action. Un grand enjeu est celui de la compréhension de la crise et des nouveautés qui travaillent la société et se développent durant la crise.
2- Cela implique de ne pas rabaisser la barre des exigences sous raison d’opportunité, avec des arguments du type « les gens ne comprennent pas » ou « la situation politique ne le permet pas ». Or pourtant c’est ce qui nous arrive.
Je prendrais deux exemples durant la pandémie (un peu éloignés dans le temps, pour dépassionner nos débats).
- Dès les premiers jours du confinement, le gouvernement présente des mesures budgétaires spécifiques avec
- 0 million pour l’hôpital
- Des aides publiques aux entreprises, avec aucune condition sur le maintien de l’emploi
Consultés (en tant que commission économique), nous avions indiqué qu’il ne fallait pas l’approuver (abstention ou contre). Il a cependant été approuvé par les députés communistes, sous raison d’opportunité. Il aurait été bien plus efficace de prendre date dès ce moment.
- Un peu plus tard, a été proposée la pétition « Des milliards pour l’hôpital, pas pour le capital ». Elle a été refusée en CEN au motif que « le capital », ce serait trop compliqué pour les gens. Le CEN a lancé lui une pétition pour la gratuité des masques, qui a recueilli quelques milliers de signatures. Tandis que la pétition « Des milliards pour l’hôpital, pas pour le capital », que nous avons lancée avec des syndicalistes de la CGT et d’autres camarades du parti, recueillait plus de 100.000 signatures, étant la pétition la plus signée de change.org durant le premier confinement. Et le slogan a été repris dans tout le pays.
3- Pour ce congrès, on a certes un grand enjeu de travail collectif et d’élaboration. Mais au moins autant un enjeu de mise en œuvre.
Cela implique une réflexion profonde du congrès sur le rôle des directions à tous les niveaux, et sur la composition la plus appropriée à la mise en œuvre créative de nos orientations de fond.
4- Quelques questions de fond.
J’ai entendu ici l’expression « Union du peuple de France ». On a déjà utilisé cette expression, c’était au cœur de notre stratégie dans les années 1970, précisément pour désigner une alliance entre différentes classes sociales. Et non pas pour ramener tout le monde à une seule classe « la classe travailleuse », effaçant les différences. Il ne suffit pas de dire « classe » pour que tout soit joué et pour avoir une analyse de classe. C’est le capital qu’il faut poser pour comprendre que dans une certaine mesure tout le monde souffre du capital, toute la société, au-delà même du monde du travail, même s’il y a celles et ceux qui sont directement exploité.e.s car producteurs, celles et ceux qui sont pris dans un rapport de domination capital (, ou qui participent du rapport d’exploitation sans être directement exploités, jusqu’aux fonctionnaires dont on attend qu’il dégagent une richesse permettant à l’Etat de nourrir le capital (en remboursant les intérêts de la dette, mais aussi le travail de nature devenus « mixtée » (production et conception) des producteurs d’une part (ouvriers, techniciens, …) et des ingénieurs d’autre part, ainsi que l’industrialisation, taylorisation, « ouvriérisation » du travail dans le tertiaire (par exemple à l’hôpital). Mais il faut voir aussi les différences et oppositions, par exemple en termes de liberté d’organisation, en partie illusoire, mais pas seulement, comme l’image très bien le télétravail. Bref, tout cela demande du travail. Et d’articuler rapprochements et oppositions entre catégories, ainsi que l’évolution du travail effectif, et le rôle de la révolution technologique. Je ne suis pas certain que nous soyons tous au même niveau, ni de vécu, ni de connaissance. Attention à une vision passéiste et souverainiste, en décalage avec la réalité elle-même.
En tout cas, il me semble déterminant de poser d’abord le capital, son rôle, sa logique ses pouvoirs. De bien le comprendre pour comprendre et caractériser l’ensemble.
5- Enfin, il nous faut articuler les horizons, car le congrès se déroule à un moment où il y a un énorme défi posé par l’extrême-droite. Comment tenir à la fois présence communiste et alliances, en particulier aux présidentielles ? Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer le rôle qu’a joué le parti communiste allemand dans l’entre-deux guerres, qui se félicitait du recul de ses frères ennemis du parti social-démocrate et relativisait la montée de l’extrême droite, même s’ils se sont auto-critiqués très rapidement ensuite.
Dans le débat politique, nous devons désigner un adversaire (le capital), identifiable (bien au-delà de la personne de tel ou tel milliardaire), des leviers et un chemin, ce chemin combinant luttes sociales, élections, bataille d’idées et gestion (entreprises, municipalités). Il y a là un grand défi d’outillage collectif intellectuel. Mais pour cela, il faut déjà considérer l’élection présidentielle comme un moment de pédagogie politique, pour inciter à la mise en mouvement populaire, et non comme un moment de « communication ». Ce n’est pas ce que nous avons fait aux dernières élections nationales, les européennes, et nous l’avons très peu fait aux dernières présidentielles.
Au total, bien que toute comparaison historique soit toujours inexacte, on pourrait mettre en parallèle ce qui est arrivé au PCF après le congrès de Tours en 1920. Un choix est fait en 1920, comme pour le PCF au 38è congrès. Dans les années qui ont suivi 1920, on observe des hésitations, des retours en arrière, on essaie différents secrétaires généraux et modes de travail. Le PCF alors, de 1920 à 1935, oscille entre des moments de sectarisme et de dilution. C’est surtout à partir d’un mouvement massif de formation de tout le parti que se fait le tournant, c’est ce qui a été appelé la « bolchévisation », qui est en fait un début de marxisation de masse. C’est dire l’importance décisive de la formation, qui n’est pas seulement un « secteur » mais une activité d’ensemble du parti, sur la base d’un choix d’orientation respecté. Sur cette base, après une phase d’identification durant la tactique sectaire « classe contre classe » est lancée l’initiative du Front populaire, puis se déroule la bataille de la résistance et les conquêtes de 1945. Avec un souci permanent du lien aux luttes, de la créativité et de ne pas se faire récupérer par l’Etat, son appareil, et par la bourgeoisie et le patronat. La tâche est d’ampleur. Mais avons-nous le choix ?


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