Evelyne Ternant
Nous sommes réunis aujourd’hui à la suite de déboires électoraux, qui rendent nécessaire un retour critique sur notre activité et certains choix politiques.
L’implication des communistes dans le processus de préparation montre que nous avions besoin de ce moment d’introspection, mais il se déroule à un moment d’intensification des crises économique et politique françaises qui percute de plein fouet notre réflexion : nos relations au pouvoir macroniste ne doivent pas semer des illusions sur des compromis possibles qui troublent les communistes, comme la question de l’abrogation de la réforme des retraites, car il faut tenir compte de la nature du régime politique autoritaire instauré par Macron, qui est le coup de force permanent, et nous devons positionner notre parti à un niveau de résistance à hauteur de la violence du déni démocratique qu’il inflige au pays en maintenant coûte que coûte son clan au pouvoir.
Ce qui remonte de notre débat est le besoin de porter avec plus de détermination le projet communiste, qu’il faut faire vivre au quotidien des luttes et l’actualité, au lieu d’être un texte laissé en jachère entre deux congrès, et recouvert par une couche épaisse de propositions d’urgence : ce sont ces articulations entre urgences et projet qu’il faut travailler :
-résistance aux suppressions d’emplois et projet de sécurité d’emploi ou de formation avec nouveaux pouvoirs pour les salariés et des citoyens
– refus de la casse des services publics et maitrise publique et sociale du financement bancaire.
-combat pour la paix et propositions internationalistes pour faire reculer les rapports impérialistes de domination.
Le deuxième sujet qui traverse les contributions est celui de la stratégie de rassemblement : le NFP n’est ni la propriété de Mélenchon, ni celle de Faure, pas plus que d’aucun dirigeant de gauche. Il s’est constitué sous la pression populaire face à l’imminence d’une victoire du RN, et s’imposera à nouveau comme la seule alternative face à l’extrême droite et au macronisme. Mieux vaudrait travailler au dépassement des insuffisances de son contenu transformateur et à la révision de l’accord électoral inéquitable pour le PCF. Le Medef s’est mobilisé et se mobilise encore contre son programme, « fatal pour l’économie française, plongeant « le pays dans une crise profonde et durable », « dangereux » car « l’argent sortirait des entreprises pour payer l’ISF et ne serait plus disponible pour investir et décarboner ». Le journal des « Echos » se délecte des craquements potentiels du NFP. L’adversaire de classe ne s’y trompe pas ! La résolution ne peut pas faire l’impasse sur le NFP et la nouvelle étape qu’il faut lui faire franchir.
Nous devons tenir fermement et sans les opposer le cap du projet révolutionnaire et celui du rassemblement.
Fréderic Boccara
Nous sommes opposés de façon déterminée à la continuation de la politique menée par Emmanuel Macron et à l’austérité quelle que soit la forme qu’elle prendrait. Nous n’avons aucune illusion concernant Bayrou, qui d’ailleurs comme les autres agite la dette comme argument pour aggraver l’austérité. Nous voulons un changement profond, c’est ce dont notre peuple, la France et l’Europe ont besoin, et cela contribuera à un autre monde, de paix, de coopération, d’émancipation humaine et de préservation du vivant. Nous nous y emploierons avec toute la gauche, avec le mouvement social, associatif et syndical.
Nous devons le dire et ne pas biaiser. (1er point d’amendement incontournable sur le texte)
Ne pas biaiser avec le mot « changement » en étant tétanisés par le mot « stabilité » agité par Macron … qui est en réalité un chantage à la conservation.
Ne pas biaiser non plus avec la politique de Macron et de tous les premiers ministres qu’il a nommés jusqu’ici : il faut des changements profonds, qui contiennent certes un certain nombre de mesures concrètes … mais qui ne s’y réduisent pas. N’ajoutons pas de la confusion, ne contribuons pas à dépolitiser. Car qui peut croire à un redressement du service public de la santé, de l’école ou du fret ferroviaire, pour ne citer que ceux-ci, sans d’une part un tournant contre l’austérité : par de nouvelles dépenses publiques financées par des avances à 0% en mobilisant le pôle public bancaire puis la BCE, au lieu de chercher les réduire les dépenses publiques, et sans d’autre part engager un tournant avec la politique d’appui au capital et aux profits, [au nom de l’offre ― la production ― qu’en réalité ils ne cessent d’affaiblir] : par des embauches et mises en formation massives dans l’industrie comme dans les services publics (soignants, enseignants, cheminots).
Notre faible résultat aux élections européennes, et en chaîne celui des législatives ayant entraîné une réduction de la représentation parlementaire du PCF, est préoccupant. C’est cela qui, avec la montée électorale inédite de l’extrême-droite, a conduit le Conseil national à décider d’une conférence nationale afin d’analyser la situation et d’en tirer tous les enseignements pour notre fonctionnement et nos choix à venir. Ce résultat a amené les communistes à souligner l’enjeu d’identification du parti et de son projet, à discuter de contenu de la campagne des européennes, en décalage avec notre projet internationaliste, ainsi qu’avec nos orientations de congrès et les décisions de notre conférence européenne. Cela doit nous interroger sur l’importance de mesures phares, porteuses de sens, dans nos interventions nationales, par exemple notre bataille centrale pour les services publics et leur financement à 0% par le pôle public bancaire, et au-delà par un Fonds Européen financé par la BCE, nous en avons l’opportunité en Europe même le président de la Bundesbank appelle à assouplir les règles de « frein à la dette » ! Un ressaisissement de notre direction nationale, de notre communication, une réorientation en phase avec notre 39ème congrès sont nécessaires.
(je propose un amendement « ressaisissement » en ce sens)
Notre projet, c’est qu’il faut une priorité aux dépenses humaines, pas à celles pour le capital. Donc un début de renversement de la logique profonde, capitaliste, qui domine notre société. Notre projet c’est faire reculer la domination du capital, pas seulement son coût, aussi ses pouvoirs et sa logique, la faire reculer par différents moyens, changer les critères gestion qu’il impose (nationalisations industrielles et bancaires, autres critères de gestion, nouveau crédit, pouvoirs des travailleurs, ,institutions nouvelles de planification, …). En ce sens, nous devons faire le lien entre notre projet ― le développement émancipateur de toutes des capacités humaines au travail et tout autant au-delà du travail ; l’internationalisme, depuis la solidarité internationale jusqu’à des institutions précises de coopération contre l’impérialisme, en tout premier lieu celui du dollar des Etats-Unis ; la démocratie ― Il faut une réorientation de notre communication et de nos interventions publiques qui doit porter cela, pas seulement devant les communistes et en congrès (3è point d’amendement).
La priorité aux dépenses humaines, c’est aussi l’absolue nécessité pour les entreprises, en vue d’une très nouvelle industrialisation, à la fois sociale et écologique : l’enjeu c’est de développer les capacités des femmes et des hommes, partout !
… face à la dette et aux immenses besoins de dépenses, il ne s’agit pas de faire des calculs d’apothicaires pour matraquer d’impôts telle ou telle catégorie. Mais, renouant avec la logique qui avait permis après-guerre de sortir des difficultés, il faut mobiliser les banques Et, cette fois-ci changer vraiment leur rôle et leurs critères, ce qui n’a pas été fait en 1981-82 : financent-elles les délocalisations, les plans sociaux et la spéculation, ou un investissement créateur d’emploi, de meilleurs salaires, et le une production écologique ? Il faut changer l’utilisation de l’argent des banques, des entreprises, et les aides publiques. Il faut être précis et offensif là-dessus. Non seulement en parole, dans les médias ou en débat public, mais aussi pour faire monter ces revendications dans les luttes et les mobilisations. C’est un des enjeux majeurs de notre campagne pour l’emploi et la formation, pour les services publics et une nouvelle industrialisation.
(le texte doit être beaucoup plus précis là-dessus, le travail de la direction du parti aussi)
Alors Le NFP ?
La progression de la gauche en nombre de député·e·s aux dernières législatives ne doit pas masquer sa faiblesse, ses limites, mais aussi ses forces. Le programme du NFP porte des objectifs sociaux et écologiques qui font écho aux attentes populaires et expliquent le soutien qu’il a reçu de la part du mouvement social et associatif, notamment la CGT et la FSU ou la CNL, malgré ses insuffisance et ses contradictions. La construction d’une alternative à gauche à hauteur des espoirs suscités par le NFP, est nécessaire. Pour cela il faut aller au-delà de la seule question de la répartition des richesses existantes pour porter la nécessité de transformer les rapports de production en donnant la priorité aux capacités humaines et à la préservation du vivant et pour cela de conquérir des pouvoirs nouveaux, décisionnels, sur l’utilisation de l’argent des banques, des entreprises et sur les aides publiques, avec de nouvelles institutions publiques et sociales (planification, pôles publics, nationalisations, pouvoirs des travailleurs, ..) se donner les moyens financiers et démocratiques de combattre les logiques du capitalisme.
Pour ces raisons, parce qu’il rassemble l’ensemble des forces de gauche en les ancrant sur un programme qui peut permettre d’enclencher des changements profonds, parce qu’il rassemble plusieurs organisations syndicales, mais aussi parce que l’accord électoral de répartition des circonscriptions est inéquitable à notre égard et inefficient au regard des réalités politiques de terrain, nous pensons qu’il faut aller vers une « nouvelle étape du NFP ». Il nous revient en tant que PCF, fort de notre projet et de nos propositions, de porter partout l’exigence d’une nouvelle étape du rassemblement à partir d’un débat public, ouvert et contradictoire avec les citoyen·ne·s et entre forces de gauche sur les contenus d’une transformation radicale qui réussisse, un rassemblement qui favorise l’intervention populaire la plus large possible.
Si notre parti a gagné en visibilité nationale, nos idées, notre projet et nos propositions restent largement méconnues, peu portées dans nos interventions médiatiques et nos résultats demeurent insatisfaisants.
L’enjeu, c’est que ce sur quoi nous nous mettons d’accord ici soit vraiment porté et soit la politique du parti. Il ne s’agit pas de concéder des phrases, des mots-clé, pour simplement « garder le manche » et continuer la même chose qu’avant. Si les communistes se mettent d’accord sur une orientation, c’est pour qu’elle soit portée et mise en œuvre, pas détournée pour continuer à faire la même chose ! Zig-zaguer et entretenir des ambigüités. Oser mener le débat de fond dans le NFP, mais sur ce qui compte en particulier sur l’économie, pas un débat pour diaboliser tel ou tel partenaire. Engager une campagne pour porter notre projet.
Au demeurant, nos atouts ne se résument pas ― au contraire de ce que dit le texte – à « des militants et des élus et une place reconnue ». Nos atouts c’est aussi ― peut-être surtout ― des idées originales et un projet émancipateur, non seulement exigeant et cohérent quant aux moyens financiers nouveaux à mobiliser (banques, entreprises, aides publiques, Banque centrale), aux changements dans le travail, la production et aux pouvoirs et institutions nouvelles à créer, mais aussi internationaliste, porteur de solidarité et de coopération pour un monde de partage et de co-développement. Un projet reposant sur l’intervention constante et consciente de toutes et tous les intéress.e.s, reposant sur la démocratie.
En ce sens notre campagne nationale pour l’emploi et la formation contre l’austérité, en faveur d’une nouvelle industrialisation et des services publics peut-être décisive et structurante. … Si nous la relions d’une part à notre projet et aux grands enjeux du pays, si nous la relions d’autre part aux questions de la gauche et d’une nouvelle étape nécessaire du NFP, si nous la relions enfin à des revendications nationales, si nous appuyons les fédérations et les militants par un suivi de fond et des initiatives de formation pour aider à l’animation des débats ainsi qu’à faire le lien entre les revendications, les exigences politiques nationales et notre projet. Si nous en faisons un grand moment de pédagogie nationale et d’élévation du niveau de conscience de toute la gauche comme du parti. Pas si nous l’impulsons de façon administrative et la prenons comme une campagne en direction d’une sorte de « clientèle électorale ».
Immédiatement, un chantier s’ouvre à nous : organiser dès le premier trimestre, une conférence sur le financement des retraites, sur la base de nos propositions pour une réforme de progrès social avec une bonne retraite à 60 ans, afin de renforcer le mouvement social et porter le fer ensemble sur cette question majeure.
Jean Marc Durand
Comme on pouvait s’en douter, notre conférence se tient dans une des périodes les plus délicates que notre pays ait eu à traverser avec l’aggravation de la crise politique, sociale écologique et économique.
Une période qui exige donc la présence et l’action d’un PCF pour mettre en débat et promouvoir des idées, un projet à la fois de transformation radicale et de rassemblement efficace des forces de gauche.
Etre bien sur nos deux jambes implique un parti bien sa tête. C’est-à-dire un parti qui comprenne ce qui s’est passé lors des deux derniers scrutins, notamment lors de celui des européennes et qui en tire toutes les conséquences pour corriger le tir afin notamment, de mettre nos textes de congrès comme de conférence en adéquation avec nos actes et nos interventions publiques. Nous devons être le parti qui dit ce qu’il fait mais surtout qui fait ce qu’il dit. Notre crédibilité, la reconquête de notre influence en dépendent. Le fond c’est les idées pour la mise en mouvement.
Force de propositions et d’action pour résister et construire, voilà notre chemin. C’est pourquoi notre opposition irréductible à la politique de Macron doit s’accompagner de la mise en débat et en chantier de ce qui représente notre socle idéologique original, notamment les questions touchant à l’agent et aux pouvoirs : crédit, la BCE avec un fonds, un pôle public, une nouvelle fiscalité mais aussi celles qui constituent l’ossature d’une transformation concrète de la société : les créations d’emplois et la formation, le développement des services publics et d’une nouvelle industrialisation contre la nouvelle phase de démantèlement en cours.
Notre cible c’est le capital, ses dominations son exploitation… Pour viser juste, il nous faut donc un parti en phase, c’est -à-dire avec des directions ressaisies à tous les niveaux sur nos objectifs et nos orientations. Car si le capital a besoin de stabilité, le peuple a besoin de mouvement et de changements profonds et de forces pour l’impulser. En étant un animateur déterminant nous lui permettrons ainsi qu’aux forces de gauches et aux organisations syndicales et associatives de s’engager avec détermination et lucidité dans le combat pour une alternative réelle.
Dans cette perspective, notre campagne pour l’emploi et la formation dans les services publics et l’industrie représente un vecteur important. Elle doit nous permettre de mettre notre projet de SEF dans les mains des salariés. C’est pourquoi la commission qui l’anime, doit être un véritable instrument d’aide et de suivi envers les sections et les fédérations avec le souci de s’inscrire dans la durée et d’obtenir des avancées concrètes.


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