I) Interventions Jean-Marc Durand,
1er) Débat sur le projet transport.
Mon intervention se limitera à une question et à trois remarques.
Une question : pourquoi l’hydrogène ne figure-t-il pas, même en tant que projet à l’étude, comme carburant possible pour assurer l’alimentation des moteurs des véhicules de transport qu’ils soient VL, PL ou utilitaires ? Des moteurs fonctionnent déjà avec ce « carburant » par exemple ceux des trains (réalisation de Alstom), ceux de bateaux fluviaux mais aussi ceux de certaines voitures. Au 24 H du Mans une Toyota a roulé pendant 24 h de suite avec un moteur alimenté à l’hydrogène ; elle est même arrivée seconde au classement général. Les patrons de cette marque affirment qu’en 2027, 2028 au plus tard ils disposeront d’un procédé fiable et opérationnel pour permettre de faire rouler toutes les voitures qui alors, ne rejetterons que de l’eau. Et de plus cela se fait avec des moteurs traditionnels (type thermique) auxquels il suffit d’apporter quelques adaptations. Ce qui entre-autre permettrait de ne pas perdre tout le savoir-faire accumulé et très au point aujourd’hui en matière de « moteurs classiques » et de ne pas gaspiller du capital (destruction de chaines de production, de fonderies…).
Trois remarques :
- Sur la gratuité des transports, rien n’est d’une part, jamais gratuit. La question c’est donc qui paye et comment est assuré ce financement car ce sont des sommes colossales qui sont en jeu (transport urbain et interurbain, TER, voire les trains Intercités). Par ailleurs il faut veiller à ce que soit palpable un lien, à ce qu’existe une véritable conscience des citoyens par rapport au service rendu ce que tend à estomper une gratuité de fait (sans ticket ou abonnement).
- Transports : en matière de transport routier, il est beaucoup question de la voiture individuelle alors que le fret routier n’est pas abordé.
- S’agissant de la limitation de l’utilisation de l’avion, si l’argument concernant les jets privés est entendable, autre chose est la conception du monde et des relations mondiales, entre populations mondiales, que sous-tend cette proposition. Quelle alternative propose-t-on ? Quelle vision a-t-on d’un monde de progrès ?
2ème ) Débat sur la conférence nationale
Tout d’abord, ne pas perdre de vue pourquoi nous tenons cette Conférence nationale. Je n’apprendrai rien à personne en disant que c’est notre mauvais résultat aux élections européennes qui nous a conduit à décider de ce temps d’analyse, de débat et de rectification. Un résultat qui a eu des traductions concrètes sur le moral et la mobilisation des communistes, sur notre situation financière et sur les élections législatives qui ont suivi certes, que nous ne pouvions pas prévoir. Mais à n’en pas douter notre traitement au niveau des circonscriptions n’aurait pa été le même si nous avions fait un autre résultat aux Européennes.
S’ajoute à cette donnée le fait que la situation politique, économique, sociale a depuis juillet largement évolué avec un budget d’austérité enforcée et le déclenchement d’une nouvelle phase de la casse de l’industrie dans notre pays et des emplois correspondants. Des jours très difficiles se préparent pour notre peuple qui appellent une intervention et une action déterminée de notre parti. Un choix loin des discussions et des tractations de couloirs comme des déclarations intempestives style JL Mélenchon à propos de la présidentielle ou des propos d’un Hollande par rapport au NFP et à L. Castets.
La question, c’est qu’elle réponse politique face à une probable entrée en récession de notre pays en 2025. Ce qui nous conduit à devoir approfondir notre stratégie en nous interrogeant sur notre rôle de parti communiste aujourd’hui afin d’ouvrir la voie à une transformation révolutionnaire de la société.
Cela passe par une analyse lucide de l’aggravation de la crise capitaliste qui pousse à ce qu’on peut appeler une nouvelle alliance État -Capital au profit de ce dernier voulant toujours plus s’accaparer la manne publique.
Et que nous soyons non seulement en soutien aux luttes mais à l’initiative de luttes et à l’offensive sur nos explications : utilisation de l’argent : crédit à taux 0 avec le pôle public bancaire, mais aussi quels changements par rapport au budget 2025 afin de soutenir d’abord des dépenses en réponse aux besoins écologiques et sociaux ce qui générera en retour des recettes supplémentaires qui viendront alimenter les budgets publics et sociaux aujourd’hui à l’asphyxie.
Mais aussi que nous portions haut le besoin de pouvoirs d’intervention des salariés, de développement des services et des emplois publics en tant que moyen stratégique de dépassement du système capitaliste.
Tout cela, notre conférence doit décider de l’engager au plus vite avec un avant-gout le 5 décembre. En ajoutant le besoin d’articuler notre bataille nationale à la recherche de constructions de progrès au niveau européen dont le fond pour les services publics. Notre campagne emploi-formation ainsi totalement à pic.
Enfin, notre conférence aura certainement à traiter d’une possible censure du gouvernement. Car après le PLFSS il y aura le PLF. Il s’agira de se demander quel intérêt et quel enjeu autour d’une censure du gouvernement Barnier. Pour déboucher sur quoi alors que l’horizon semble borné par le communautarisme populiste autoritaire de JL Mélenchon et une option de centre gauche social-libéral des Hollande, Cazeneuve ou Glucksman.
Difficile dans ces conditions d’ignorer ce qui s’est construit certes de façon ultra-rapide après la dissolution. Je veux parler du NFP mais qui doit, pour ne pas être dépassé, trouver un nouveau souffle dont le PCF doit être l’initiateur notamment en venant sur les contenus, en portant des exigences de radicalité, sorte de lignes rouges. Ce n’est en tout cas pas Mélenchon qui doit faire infléchir notre politique de rassemblement à gauche dont le NFP. Lui c’est une chose, son électorat en est une autre. Le parti communiste pour être reconnu et peser sur le cours des choses doit faire vivre sa double nature : porter dans le débat et agir pour un projet de transformation révolutionnaire afin d’améliorer la vie des gens et d’engager un vrai dépassement de la crise capitaliste en même temps que travailler sur cette base à créer les conditions d’un rassemblement de gauche qui devienne majoritaire et qui réussisse.
II) Evelyne Ternant
- Intervention dans le débat sur la conférence nationale
Le problème de fond sur lequel nous trébuchons est l’articulation ente le projet politique et les actions de terrain : l’enjeu est d’alimenter à tous moments les mobilisations avec des propositions, des termes qui éclairent sur les choix de société que nous portons. Ce n’est pas donner dans l’intellectualisme et dans des spéculations inutiles que d’interroger notre usage des mots et des concepts dans notre communication.
On peut prendre quelques exemples qui font débat au sein de la direction nationale :
-sur le travail : sommes-nous le « parti du travail », dans une société d’exploitation intense, qui fait souffrir les travailleurs ? Nous sommes un parti qui défend l’intérêt des travailleurs, et agit pour l’émancipation humaine, dans le travail, et hors du travail.
L’intérêt des travailleurs est d’avoir un travail organisé socialement dans le cadre d’un emploi, déclaré, légal, comportant de obligations du côté des entreprises et des droits pour les travailleurs : ce cadre de droit, obtenu par les luttes est sans cesse remis en cause par le capital. Notre bataille est celle de l’emploi, et pas celle du « travail » qui peut faire penser à la « valeur travail », que les réactionnaires revendiquent pour faire porter la responsabilité du chômage au comportement moral des travailleurs rétifs à subir conditions de travail dégradées.
-sur les services publics : le rôle « protecteur » des services publics est une conception minimaliste, qui est celle par exemple de la commission européenne et des libéraux en général, qui proposent un filet de sécurité minimum pour les plus fragiles, associé à la privatisation et la concurrence pour les services de qualité. Dans une visée émancipatrice, nous voulons développer les services publics pour que d’une part des pans entiers de l’activité humaine échappent à la marchandisation généralisée du capitalisme et sa loi du profit, et d’autre part que diffuse dans la société le sens de la solidarité, au lieu du chacun pour soi.
-sur la notion « d’état stratège » : traduit-elle correctement notre conception de la transition de dépassement du capitalisme ? Nous savons qu’on ne changera pas la société par décrets du sommet ; les expériences historiques nous ont conduit à rompre avec l’illusion étatiste, nous pensons aujourd’hui le processus de transformation à partir du combat contre le capital dans les lieux où il exerce son pouvoir : les entreprises et les banques. L’état a un rôle important de soutien aux salariés dans cette confrontation. Ce n’est pas ce que véhicule le terme « d’état stratège ».
-le rapport investissement /emploi que vient de développer Frédéric Boccara. Effectivement, faire passer l’investissement public comme priorité et oublier l’emploi est une importation dans le secteur public des critères capitalistes à l’œuvre dans le secteur privé.
-enfin, un dernier exemple, la revendication d’échelle mobile des salaires, comme une avancée sociale. J’exprime des réserves sur ce sujet pour plusieurs raisons :
-d’abord, elle ne combat pas l’inflation, mais s’y adapte. Nos propositions doivent combattre l’inflation à la racine ; son ralentissement actuel n’est que temporaire, compte tenu des tensions sur l’énergie, le coût du capital et l’économie de guerre.
-Elle ne résout pas la question salariale, qui demande bien plus que l’indexation. Or l’échelle mobile peut enfermer les négociations salariales, surtout quand le rapport de force est défavorable. Demander l’échelle mobile quand l’inflation est à 1,5% n’est pas une proposition offensive sur les salaires.
Le questionnement idéologique de nos propositions n’est ni une perte de temps, ni un luxe inutile, mais un détour nécessaire, car il y a des raccourcis qui mènent à des impasses.
Porter le projet communiste, c’est chercher pour chaque bataille comment associer les mesures d’urgence et de transformation, comment résister aux agressions du capital et en même temps construire l’alternative, comment nos propositions concrètes éclairent sur la perspective d’une autre société et sur le chemin pour y parvenir.
2) Intervention au débat de politique générale
Nous avons besoin d’une clarification stratégique, c’est une exigence qui remonte d’ailleurs dans de nombreuses contributions à la conférence nationale.
Deux lignes politiques s’expriment aujourd’hui et traversent aussi la direction nationale :
-la première, exprimée clairement par Yannick Monnet, propose de sortir du NFP, et ne se reconnaît pas dans la coalition qui a été mise en place aux dernières élections législatives .
-la seconde entend rester en cohérence avec le rassemblement initié en juin dernier, sans pour autant nier les contradictions qui traversent le NFP, qui n’est d’ailleurs pas remis en cause dans la plupart des contributions.
Il faut aborder cette question du rassemblement dans une perspective dynamique, à l’opposé d’une vision figée, avec trois objectifs pour dépasser les difficultés actuelles :
1-sur les contenus : il y a un débat à mener publiquement pour faire bouger les lignes, par exemple sur l’insuffisance des leviers de la transformation, tels que les pouvoirs des salariés, les nationalisations stratégiques, l’orientation du crédit bancaire sur des critères sociaux et écologiques. L’actuel programme manque de radicalité.
2-sur l’élargissement du NFP : l’objectif est d’impulser un mouvement populaire de transformation. Le point d’appui important est le soutien des syndicats, dont la CGT et de beaucoup d’associations. Il faut faire vivre ces liens pour ancrer la perspective politique dans les exigences sociales et écologiques.
3-C’est en agissant dans les deux directions précédentes que l’on fera reculer les jeux politiciens liés à l’élection présidentielle, de la part de Mélenchon et LFI, bien sûr, mais tout autant du côté du PS qui ne pense qu’à installer une candidature sociale-libérale.
Comment penser qu’une coalition parlementaire avec des macronistes pourrait apporter une quelconque avancée sociale ?
Notre réponse à la situation actuelle est bel et bien de développer une bataille de contenus, avec la cohérence qui pointe les changements de pouvoirs et les moyens financiers nécessaires : des amendements au projet de résolution ont été proposés pour renforcer le texte dans ce sens.
Mais il faut en même temps être clair sur notre stratégie de rassemblement. D’où la nécessité de sortir de l’ambiguïté du paragraphe de la résolution sur la stratégie -dans le sens contraire à ce qu’a proposé Yannick – et respecter le point de vue dominant dans le parti, qui n’est pas de renouer avec une nouvelle expérience du « hollandisme ».
Si le gouvernement Barnier tombe, il n’y a aucune raison de ne plus soutenir aujourd’hui ce que nous défendions en juin dernier : la proposition d’un gouvernement NFP. Il serait bien entendu contraint à chercher des majorités au cas par cas, mais il clarifierait aussi la situation politique, en cas de refus de mesures progressistes par la coalition des 3 droites, et ferait tomber les masques des prétendus défenseurs de intérêts populaires.
III) Denis Durand
Le besoin d’affirmer beaucoup plus le projet communiste ressort fortement des débats préparatoires à la conférence nationale. C’est d’autant plus frappant que ce point n’était pas du tout mis en avant dans les questions soumises à la discussion des communistes. Il faut en tenir compte. La conférence nationale doit marquer un changement profond dans la prise en compte de ce projet dans la mise en œuvre des orientations du 39ème congrès.
C’est très lié aux urgences de la situation politique.
Car notre projet ne se réduit en aucun cas au schéma étatiste avec lequel on le confond encore dans l’opinion commune et qu’on peut résumer en la formule naïve : « un peu de nationalisations feraient une politique de gauche, beaucoup de nationalisations feraient le socialisme, et lorsque tout sera nationalisé on aura atteint le communisme ».
Le projet communiste, c’est d’abord une logique d’ensemble, un but et un chemin, qui nous donne les moyens de maîtriser, dans notre action politique, les redoutables contradictions de notre civilisation en crise, en proposant une cohérence révolutionnaire aux luttes sociales, écologiques, féministes, antiracistes, internationalistes, culturelles… qui en ont un besoin criant pour l’emporter face au pouvoir du capital.
Par exemple, le patriarcat existait avant le capitalisme et avant le libéralisme, de même que le marché existait avant le capitalisme. Mais le projet communiste consiste, en dépassant le capitalisme, à dépasser aussi le marché, le travail comme activité contrainte, et toutes les formes de domination qui nourrissent la crise de civilisation.
Par exemple, réparer et développer les services publics, c’est commencer à leur faire la place centrale qu’ils ont à occuper dans la transition vers une société libérée de l’exploitation capitaliste, de la répression étatique et de multiples entraves au libre développement de chacune et chacun. Mais c’est donc avoir la lucidité d’affirmer qu’il faut dépenser beaucoup d’argent tout de suite, alors même que la pression de la rentabilité capitaliste affaiblit la capacité du pays à dégager les richesses dont on a besoin pour le faire, et que cela plonge les finances publiques dans une crise grave. Le problème, c’est que le communisme est bien loin d’être « déjà là » : les marchés financiers s’opposent à toute politique qui viserait à développer l’emploi et la formation dans les services publics et dans les entreprises pour répondre aux besoins urgents en matière de santé, d’éducation, de recherche, de transport, d’énergie, de sécurité. La seule solution est de mener la bataille politique pour court-circuiter les marchés financiers en prenant le pouvoir, avec les institutions financières publiques existantes et celles qu’il faudra créer, sur l’utilisation de l’argent des banques centrales. Prendre le pouvoir sur l’utilisation de l’argent, c’est, au XXIe siècle, la forme concrète de la prise de pouvoir par les « producteurs associés » pour « régler rationnellement et contrôler leurs échanges de matière avec la nature, de manière à les réaliser avec la moindre dépense de force et dans les conditions les plus dignes et les plus conformes à leur nature humaine ».
Cette référence résonne fortement avec la créativité du mouvement syndical dans les luttes en cours pour l’emploi en matière d’alternatives sociales et écologiques aux gestions capitalistes, que j’ai encore pu mesurer récemment dans une réunion de travail que nous avons eue avec des syndicalistes de l’industrie et des services pour préparer le prochain numéro d’Économie&Politique.
Nous avons tout à gagner à ce que cette cohérence nourrisse profondément, en permanence, notre pratique et notre communication, contrairement à ce qui a été fait dans la campagne européenne.
Cela demande du travail, pour tout le monde, depuis les militantes et militants qui expriment une énorme demande de formation théorique, jusqu’à nos porte-parole dans les média. Mais nous n’avons pas à tout inventer. Prendre enfin au sérieux ce que nous avons décidé ensemble au 38ème et au 39ème congrès serait un premier pas que la conférence nationale peut franchir.
Interventions au CN du PCF du 30 novembre 2024
IV) Frédéric Boccara
Intervention dans le Débat sur la situation politique et le projet de résolution
Pour aller vite, j’interviens sur la situation politique uniquement à partir du projet de résolution. Dans ce texte, le paragraphe le plus politique est celui qui appelle le Président de la République à nommer un premier ministre. Il nécessite une clarification. Celle-ci guidera mon vote, en faveur ou non de la résolution. Par ailleurs, elle nécessite aussi un certain nombre d’amendements de fond sur d’autres points.
1-
Il est écrit « Faute de majorité absolue pour les députés du NFP à l’Assemblée Nationale, il [le Président] doit nommer un gouvernement capable de construire des majorités sur la base des propositions que notre coalition a défendues pendant les élections, et capable d’assurer la stabilité du pays, de protéger les emplois et le pouvoir d’achat de nos concitoyens ».
Tel quel, cela sera interprété comme le ralliement à un premier ministre Cazeneuve ou Hollande et, finalement, que nous voudrions en finir avec le NFP. Je ne dis pas que c’est la ligne politique défendue par ceux qui ont rédigé le texte, mais telle en sera l’interprétation, compte-tenu en outre des récents positionnements des sociaux-libéraux.
Pour clarifier les choses, je propose donc d’écrire « Compte-tenu du poids du Nouveau Front Populaire à l’Assemblée Nationale, le Président doit nommer un gouvernement NFP. Ce gouvernement sera à même de prendre un certain nombre de décisions importantes. Il lui appartiendra de construire des majorités sur la base des propositions que notre coalition a défendues pendant les élections »
2-
Et je propose de poursuivre alors en insistant sur la réponse aux exigences et à la crise, plutôt que sur cette histoire de « stabilité » et plutôt que sur une vision réductrice des revendications sociales qui n’aide pas à faire la clarté face au RN. Cela donnerait « sur la base des propositions (…) capables de conjurer la crise économique, de répondre aux exigences populaires et de relever les défis sociaux, écologiques, économiques, politiques et internationaux qui sont devant nous. Une telle expérience permettrait de clarifier les oppositions politiques existantes, le sens de la situation et de gagner certaines avancées réelles pour notre peuple ».
3-
Un commentaire : le NFP a certes des limites évidentes. En particulier, des limites électorales car il ne rassemble que 30% des électeurs ; des limites programmatiques, car si nous avons gagné un certain nombre de bonnes choses dans le programme celui-ci reste encore contradictoire (par exemple sur le financement de la sécurité sociale) et manque de clarté, trop focalisé sur les impôts et sur la demande coupée de l’offre (et nous en avons payé les conséquences électorales) ; ou encore son volet « circonscriptions » qui nous rend absents d’une grande partie du territoire, mêmes là où nous disposons de forces importantes et dirigeons des municipalités, tant en région parisienne qu’en province.
Mais le NFP est en même temps un énorme espoir pour toute une partie de notre peuple, dont la jeunesse. Il inclut la CGT. Et, au contraire de ce qu’était la NUPES, il apparaît comme pluraliste et non à la seule main de JL Mélenchon. Enfin, n’oublions jamais qu’il comprend des forces sociales comme la CGT ou la CNL.
C’est d’une nouvelle étape, ou nouvelle phase, du NFP dont nous avons besoin. Pas de le jeter par-dessus bord, mais de l’élargir, le renforcer, le transformer qualitativement et le consolider par le débat avec nos concitoyens, par la clarification.
Au-delà de l’Union qu’il permet de porter, afficher et conforter, crédibilisant ainsi une alternative aux droites contre la désespérance, le NFP permet une alliance qui maintient le Parti socialiste hors du social-libéralisme et qui maintient LFI sur une sorte de réalisme ainsi que d’ancrer les écologistes dans la gauche…. A condition que l’on puisse se parler et avancer sur les contenus ! D’où l’importance de notre campagne « emploi-formation », avec ses deux volets, services publics et entreprises (industrie et services) et d’où l’importance de la formation des communistes.
4-
D’autres modifications sont nécessaires dans le texte :
- Sur la crise : elle ne date pas d’aujourd’hui
- Sur les confrontations dans le monde, il faut pointer l’impérialisme
- La formule gauchisante « afin de faire payer la crise aux travailleurs » doit être modifiée en « afin de sauver ses profits à tout prix. Cela plonge le pays dans une crise renforcée »
- Sur la dette publique, ce n’est pas le seul point, il faut parler des pouvoirs du capital et de ses leviers idéologiques, dont la campagne sur la dette qui est agitée comme un spectre alors que le grand capital s’en nourrit
- On ne peut pas seulement interdire les licenciements, il faut exiger un droit de contre-propositions par les salariés et les populations, avec des moyens financiers à l’appui
- Il faut un paragraphe pour dénoncer comment la COP 29 s’est déroulée et a traité les pays du Sud, faire le lien avec l’impérialisme du Dollar US et l’exigence d’une transformation profonde des institutions internationales (FMI, etc.)
- Il faut dénoncer le prétexte d’une « politique de l’offre ». Mettre: « Nous refusons l’appui aux profits par-dessus tout, au nom d’une « politique de l’offre », alors qu’ils démolissent l’offre productive en France, et qu’il faut transformer les productions pour une tout autre offre qui doit s’appuyer avant tout sur les capacités des femmes et des hommes de notre pays, c’est à dire l’emploi, la formation, avec un investissement efficace ».
- Notre campagne n’est pas pour l’emploi seul, elle est pour l’emploi et la formation, c’est déterminant, et cela renvoie à notre projet de développement des capacités humaines, efficace économiquement et émancipateur socialement.
- On ne peut pas appeler les seuls « travailleurs du privé et du public ». Il y a : « les jeunes des cités populaires comme de la ruralité, celles et ceux des universités et des lycées, les chômeurs et les retraité.e.s ».
- La liste de cinq (devenues 6) « propositions », est une liste d’objectifs sociaux… sans citer les moyens financiers ! Nos propositions doivent inclure des moyens financiers et des pouvoirs.
Pour les autres amendements, je renvoie aux propositions que vous envoie Denis Durand.
Intervention dans le Débat sur le plan transports
C’est très important d’avoir un projet concernant les transports : ils sont une dimension essentielle de la vie et d’un projet de société, ils sont un secteur-clé d’émission des gaz à effet de serre (GES) pour la France (même si cela est en grande partie dû à la désindustrialisation de notre pays). Donc merci pour ce travail, qui est une étape intéressante. Mais une étape seulement.
Quelques améliorations ont été apportées après la discussion que nous avons déjà eue en CEN, mais surtout sur les formulations. Ainsi la diminution des seuls déplacements contraints est soulignée allant de pair avec l’objectif d’« un aménagement du territoire repensé » (avec quels outils ? quels financements ? De quelle façon ?). De façon générale contient encore plusieurs problèmes.
- Fret
Dans la réalité des transports en France, le transport de marchandises, le fret, est déterminant. II représente (y compris les poids lourds sous pavillon étranger) environ la moitié des émissions de GES du transport terrestre, peut-être plus. Donc au moins autant que les véhicules particuliers…
Or rien n’est dit sur le fret, ni même dans l’introduction. C’est un gros problème. Je ne développe pas, j’ai traité une partie du sujet dans le numéro spécial d’Economie é Politique sur le projet de plan climat (projet non encore adopté par le PCF). Il faut en outre le traiter en termes de multi-modalité et de coordination, donc avec un rôle important des services publics.
- Une question politique majeure l’emploi et la formation
Un peu partout au fil du texte, on parle « d’investissement ». Or, l’enjeu c’est un mixte de dépenses d’emploi, de formation et d’investissement (infrastructures et matériels), ainsi que dans les logiciels et la recherche, comme je l’ai déjà dit lorsque ce projet a été présenté en CEN. C’est la question politique majeure, derrière laquelle il y a un enjeu universel et un enjeu de classe. Si on ne le voit pas, on se met à la remorque des idées dominantes :
- Enjeu universel. Si on ne fait que de l’investissement (infrastructure et matériels), les transports ne marcheront pas : cela dysfonctionnera, y compris parce qu’on tentera de pallier ces manques en allongeant le temps de travail des salariés, en détériorant leurs conditions de travail. Et ils ne se laisseront pas faire. Or il faut embaucher des conducteurs pour conduire les nouveaux trains, métros, bus ; il faut les former, or on a une pénurie (due aussi aux conditions de travail et aux attaques contre les statuts) ; il faut beaucoup d’emplois pour organiser le fret ferroviaire en regroupant les wagons dits « isolés » ; il faut beaucoup de recherche et de développement aussi bien sur logiciels pour organiser les transports autrement que sur les motorisations que sur les infrastructures et la conception des transports. En outre, les gâchis en excès d’investissement matériels génèrent des pollutions et consommations de matière considérables.
- Enjeu de classe : si on ne fait que des investissements, c’est parce que toute notre société favorise avant tout les dépenses en capital pour satisfaire ses besoins de profits. Or, il faut renverser la logique : « l’emploi et la formation d’abord », pour répondre aux besoins des gens, l’investissement devant accompagner et non pas commander. Voir les enjeux de classe permet de relever les défis !
D’où la bataille politique : pour répondre aux exigences de transport et d’écologie, il faut concrètement commencer à transformer les logiques et incitations de toutes les institutions et pouvoirs qui guident l’utilisation de l’argent, y compris la gestion des entreprises, jusqu’à les révolutionner.
- Le financement
Ce qui est dit sur le financement pose plusieurs problèmes, comme cela a été relevé par d’autres camarades, notamment Bora Yilmaz.
D’une part, on ne peut pas prendre le financement du Grand Paris express comme un « exemple à suivre », car celui-ci repose avant tout sur la spéculation immobilière… c’est une dépendance aux marchés financiers. Sans récuser des taxes sur la spéculation et les contributions des grandes entreprises, il faut la montée d’un financement par le crédit ― des avances par un pôle public bancaire, par exemple ― avec des conditions : un taux d’autant plus abaissé (jusqu’à 0%, voire négatif) selon que sont programmés et réalisés des diminutions de GES et des créations d’emploi de qualité. Compte-tenu de l’ampleur des besoins financiers et de la nécessité de suivre dans le temps l’évolution des dépenses, il est indispensable et central de mobiliser la création monétaire. Or celle-ci n’est pas traitée à sa juste importance, réelle et politique.
- « Gratuité »
Transporter a un coût, ce n’est pas gratuit. Je pense qu’il faut bien réfléchir, car avec la « gratuité » on contribue à invisibiliser le coût des transports et le travail de ses salariés. Je pense que l’on préconiser le remboursement intégral, s’inspirant tant de la Sécurité sociale que de la pratique de certaines collectivités, comme le département du Val de Marne quand il était à direction communiste. Et pour certains publics à faible ressources (chômeurs, collégiens, étudiants, smicards, etc.), on peut organiser un système où ils n’ont pas à faire l’avance avant d’être remboursés.
- Le chiffrage des investissements
Il est probablement inférieur aux besoins, puisque le Fret n’est pas traité, y compris ses implications en dépenses pour l’aménagement du territoire. Or il représente au moins autant, voire plus, que les nécessités d’investissements matériels du transport de voyageurs, sans parler des outils de coordination ou des logiciels. Il faut en outre, bien distinguer les investissements des collectivités publiques et les investissements nécessaires par les entreprises de transport.
En outre, ce chiffre ne comprend pas les avances en pré-recrutements qui sont au cœur de notre projet et que nous devons afficher ici aussi.
Et globalement, je m’étonne que la commission économique n’aie pas été associée à l’élaboration de ce projet…
C’est dans cette partie qu’il faut inclure un développement conséquent sur l’appel à la création monétaire, via un pôle public de crédit, ayant un volet transports et une gouvernance démocratique spécifique, en lien avec ce que nous disons, de façon générale par ailleurs, sur la planification.
- Transport maritime
Je ne développe pas. J’indique juste que, outre les enjeux d’aménagement du territoire qui sont derrière et les enjeux européens, l’essentiel du transport maritime (fret + voyageurs) est exclu des bilans nationaux d’émissions de GES et de polluants atmosphériques puisque seule la partie dans les eaux territoriales y est rapportée. Le reste des émissions est ajouté au total monde (si c’était les émissions d’un pays, ce serait un des dix premiers pays émetteurs..). Cela crée une importante déformation optique.
- Production des voitures électriques
D’abord il faut insister sur la nécessité de développer considérablement les recherches, avec les moyens afférents, et sur tous les types de motorisation, y compris l’hydrogène considérablement sous-estimé dans l’ensemble du projet !
La décarbonation du transport par véhicule particulier est déterminante, mais je la trouve insuffisamment traitée. En outre, la filière électrique génère beaucoup moins de valeur ajoutée, notamment les batteries pour lesquelles les brevets (souvent chinois) entraînent de forts prélèvements qui amoindrissent donc la valeur ajoutée.
Ensuite, nous avons besoin de savoir si les émissions supplémentaires de GES dues à la production de nouveaux véhicules (puisqu’on veut accélérer la mise les anciens à la casse) sont prises en compte ? Car il est généralement admis que la production d’une voiture génère des émissions de GES équivalent à environ 3 ans de circulation moyenne avec ce même véhicule… donc un pic d’émission possible ??
- Pistes cyclables
J’aimerai savoir comment cet objectif de 100.000 km de pistes cyclables à construire s’articule avec le zéro artificialisation des sols. D’autant que dans un certain nombre de cas, ce sont les voies ferrées que l’on recouvre de goudron pour en faire des pistes cyclables… et dans ce cas nous luttons contre, comme cela a été le cas dans le Lot à Cahors.
- Sur le secteur aérien
Je ne partage pas l’objectif, écrit dans le document, de restreindre « le volume global » du transport aérien (on veut dire « quantité », je pense).
D’abord il y a la question des Jets privés. Ensuite, on sous-estime grandement la Recherche et l’effort qu’il y a à mettre dessus. De même, bien que cela soit un peu abordé, il faut insister sur le fait qu’une autre organisation du transport aérien permet de diminuer ses émissions, en minimisant le nombre de vols, plutôt que le nombre de passagers-km.
Plus fondamentalement, la préconisation de limiter les voyages en avion est contraire à notre vision du monde, des relations humaines ainsi que de la politique : on va avoir un Etat de type soviétique qui décide qui voyage et quand ? L’autre action que propose le document est encore pire : c’est de créer de nouvelles taxes. Mais les taxes ne dissuadent pas de voyager, elles permettent juste à celles et ceux qui ont plus de moyens financiers de le faire !
Il faut plutôt tirer de ce constat des enjeux incontournables pour une société de liberté et d’ouverture au monde, pour une humanité commune. C’est qu’il faut diminuer d’autres sources d’émissions de GES, y compris dans les transports (en particulier dans le fret et par une autre organisation du territoire faisant reculer plus fortement les déplacements contraints et se donner des outils de suivis et de cette diminution des déplacements contraints, permettant de réagir pour l’amplifier si nécessaire). C’est d’autre part qu’il y besoin d’une très grande mobilisation sur les recherches et les technologies !
- Hydrogène
A ce propos, le document n’aborde presque pas la question de l’hydrogène. Or c’est un sujet considérable pour les transports. D’autant qu’il existe déjà des autocars et des trains à hydrogène, commercialisés. Et qu’il y a derrière d’énormes questions qui sont en fait des sujets de bataille et pour pousser les recherches. Sur le fond, l’hydrogène permet une source d’énergie diffuse et portionnable, qui rejette de l’eau. Mais il faut avancer sur sa production, qui ne doit pas être émettrice de GES et qui peut se faire autrement que par électrolyse, sur sa diffusion sous forme gazeuse ou liquide, donc avec d’énormes réseaux de tuyaux couvrant le territoire, qui est donc consommatrice de capital, de matières, d’espace et de GES, son utilisation sous cette même forme qui conduit à des réservoir coûteux et très grands, alors que se développe son utilisation sous forme solide… avec d’importants brevets français !
- Europe
Enfin, la dimension européenne doit être abordée. Je vois au moins trois points (mais il faudrait un travail plus poussé) :
- L’industrialisation : mettre des critères sociaux, écologiques et géographiques d’équilibre de la répartition de l’industrie à toutes les aides publiques des pays de l’UE, ainsi qu’à la politique industrielle de l’UE et à la politique monétaire de la BCE. Les transports sont un levier pour révolutionner tous les critères des aides européennes et du crédit.
- Les infrastructures européennes de transport
- La coopération-coordination : depuis la bataille contre la dérégulation du transport aérien ; jusqu’à la question des ports, qui comme Rotterdam sont d’intérêt européen, de fait, et dont les revenus pourraient participer au financement d’infrastructure de transport « propres » pour en faire sortir les marchandises (fret ferroviaire et fluvial, cabotage maritime), en passant par les coopérations ― non coûteuses en prises de participations financière ― entre services publics et grands groupes industriels dans la conception et la construction de moyens de transports, donc la bataille pour des exceptions (dans un premier temps) aux principes de concurrence libre et non faussée.
Par ailleurs globalement on ne voit pas le monde, les enjeux mondiaux et, finalement concernant les émissions de GES la faible part de la France (1,5% du monde en termes d’empreinte), mais inversement la forte part de ses multinationales (8 à 10% des GES du monde). Cela devrait d’une part rehausser l’importance du travail sur le transport maritime, d’autre part amener à rehausser les autres enjeux que ceux des GES en matière de transport.
- Conclusion
Pour conclure : il n’y a presque rien sur le fret, ce n’est pas un reproche, mais du coup le projet est déséquilibré, inachevé, manque de cohérence, outre les points qui posent problème.
On ne peut pas le voter en l’état : je m’abstiendrai.
Intervention dans le débat sur la préparation de la Conférence nationale
1-
Le débat ne démarre pas facilement. Mais les communistes veulent qu’il y ait un débat. Car i y a vraiment une interrogation existentielle pour le PCF et un échec important des élections européennes avec lequel il ne faut pas biaiser. Ils veulent qu’on ose faire le bilan et que des changements soient apportés, sans remettre en cause les contenus des 387 et 39è congrès. Bien autre contraire.
2-
A l’écoute du rapport présenté par la commission « transparence des débats », j’aurais besoin d’un éclaircissement : il est dit que les communistes sont critiques sur le contenu de la campagne de l’élection européenne. Mais quelles sont ces critiques émises par les communistes ? Pourquoi le rapport n’entre pas dans ces critiques ? Je ne suis pas convaincu qu’en procédant ainsi qu’on arrivera à affronter les défis qui sont devant nous. Il reste donc un travail à produire là-dessus par la commission d’ici la Conférence nationale.
3-
Monte de partout l’idée que les communistes veulent que soit porté notre projet communiste de société, dans nos interventions publiques comme dans notre communication et notre activité, bien au-delà de quelques mots symboles.
Ils ont totalement raison. Il faut entendre cela.
Mais je voudrais montrer que en pratique, lorsque on prend un sujet précis notre projet tend à disparaître.
Premier exemple, les transports.
Nous venons de discuter du « projet communiste » sur les transports. Eh bien le texte insiste sur l’investissement, ainsi que sur la propriété publique, mais la création d’emploi, les énormes nécessités de formation sont absents ! Or, c’est le fond des choses et de l’apport communiste, car précisément lorsqu’on investit c’est contre l’emploi, pour surexploiter, ce qui génère des dysfonctionnements, de la non-maintenance etc. Or nous voulons inverser le rapport de domination : ce sont les êtres humains qui doivent prédominer sur les équipements et le capital ! Non, l’inverse.
Sur ce même sujet, on a vu que pour les enjeux de financement, le texte évacue largement la question du rôle des banques et des pouvoirs à prendre pour orienter le financement. Le financement, ce n’est pas ― pour nous, communistes ― trouver un « budget », un somme d’argent. C’est un levier, avec des conditions porteuses de sens (d’efficacité écologique et sociale) à l’opposé de la recherche de la rentabilité financière et des prédations. Ce n’est pas seulement « du 0% ». Non § C’est du « 0% … si certains critères sont prévus et atteints », sinon, ce sera un taux pénalisant.
Enfin, dans le « projet transport », la Sécurité d’emploi ou de formation, au cœur de notre projet, a complètement disparu !
Deuxième exemple, les européennes
A l’élection européenne notre proposition majeure, à savoir le Fonds européen pour les services publics, alimenté par la BCE à 0%, pour les dépenses des Etats si elles développent l’emploi a été quasiment absent dans les interventions nationales et dans la communication nationale. Il a été presque clandestin. Porté seulement dans les réunions de terrain par un certain nombre de camarades. C’est totalement fou ! Et la popularisation de cette proposition nous manque cruellement à présent. Pourquoi recule –t-on à faire de la pédagogie sur nos proposition ? A les injecter dans le débat politique ? Pourtant cela peut marcher, comme on l’a vu, par exemple, dans un débat en Ardèche !
Troisième exemple, les législatives
Nos propositions économiques de financement du programme du NFP, dont un certain notre d’éléments sont dans le programme commun du NFP, reposent (1) sur des avances par le pôle public bancaire, la croissance et les impôts venant par la suite (2) sur une transformation productive profonde. C’est-à-dire que nous avons des éléments pour contrer ce qui a fait tant de mal à la gauche : (1) être vue comme cherchant avant tout à prélever plus d’impôts (2) ne s’intéresser qu’à la demande (revenus et consommation) sans changer « l’offre », c’est-à-dire la production, ce qui fait qu’on déboucherait sur des importations renforcées et des déficits financiers (et écologiques) accrus.
Or, lors de la conférence de presse publique du NFP, comme je l’ai dit ici même en juillet dernier, où étaient présents tous les journalistes économiques, avec nu grand intérêt poru les contenus. On a ― la direction nationale du parti, au dernier moment ― interdit à la commission économique d’intervenir ! Alors que depuis le début il était prévu que nous devions intervenir, précisément « pour porter noter originalité » et notre apport à la gauche et à son renouvellement. Il a été choisi de faire une intervention creuse, sur les seuls aspects « politiciens », évinçant le projet et l’apport communiste original, d’une part, fragilisant les négociateurs communistes du programme et de son chiffrage, d’autre part.
Il y a là une très forte différence de conception de la politique : les contenus disparaissent au bénéfice des seules alliances électorales… !
Voilà un problème majeur qui est devant nous et que nous devons affronter et résoudre si nous voulons avancer. Et je suis sûr que les communistes ont plein d’exemple, mais aussi pleins d’idées pour le résoudre… à commencer par ce qu’ils ont adopté lors des 38è et 39è congrès ! Mais la conférence nationale va-t-elle permettre d’avancer en ce sens ? C’est je crois un de ses enjeux majeurs.) Frédéric Boccara
Intervention dans le Débat sur la situation politique et le projet de résolution
Pour aller vite, j’interviens sur la situation politique uniquement à partir du projet de résolution. Dans ce texte, le paragraphe le plus politique est celui qui appelle le Président de la République à nommer un premier ministre. Il nécessite une clarification. Celle-ci guidera mon vote, en faveur ou non de la résolution. Par ailleurs, elle nécessite aussi un certain nombre d’amendements de fond sur d’autres points.
1-
Il est écrit « Faute de majorité absolue pour les députés du NFP à l’Assemblée Nationale, il [le Président] doit nommer un gouvernement capable de construire des majorités sur la base des propositions que notre coalition a défendues pendant les élections, et capable d’assurer la stabilité du pays, de protéger les emplois et le pouvoir d’achat de nos concitoyens ».
Tel quel, cela sera interprété comme le ralliement à un premier ministre Cazeneuve ou Hollande et, finalement, que nous voudrions en finir avec le NFP. Je ne dis pas que c’est la ligne politique défendue par ceux qui ont rédigé le texte, mais telle en sera l’interprétation, compte-tenu en outre des récents positionnements des sociaux-libéraux.
Pour clarifier les choses, je propose donc d’écrire « Compte-tenu du poids du Nouveau Front Populaire à l’Assemblée Nationale, le Président doit nommer un gouvernement NFP. Ce gouvernement sera à même de prendre un certain nombre de décisions importantes. Il lui appartiendra de construire des majorités sur la base des propositions que notre coalition a défendues pendant les élections »
2-
Et je propose de poursuivre alors en insistant sur la réponse aux exigences et à la crise, plutôt que sur cette histoire de « stabilité » et plutôt que sur une vision réductrice des revendications sociales qui n’aide pas à faire la clarté face au RN. Cela donnerait « sur la base des propositions (…) capables de conjurer la crise économique, de répondre aux exigences populaires et de relever les défis sociaux, écologiques, économiques, politiques et internationaux qui sont devant nous. Une telle expérience permettrait de clarifier les oppositions politiques existantes, le sens de la situation et de gagner certaines avancées réelles pour notre peuple ».
3-
Un commentaire : le NFP a certes des limites évidentes. En particulier, des limites électorales car il ne rassemble que 30% des électeurs ; des limites programmatiques, car si nous avons gagné un certain nombre de bonnes choses dans le programme celui-ci reste encore contradictoire (par exemple sur le financement de la sécurité sociale) et manque de clarté, trop focalisé sur les impôts et sur la demande coupée de l’offre (et nous en avons payé les conséquences électorales) ; ou encore son volet « circonscriptions » qui nous rend absents d’une grande partie du territoire, mêmes là où nous disposons de forces importantes et dirigeons des municipalités, tant en région parisienne qu’en province.
Mais le NFP est en même temps un énorme espoir pour toute une partie de notre peuple, dont la jeunesse. Il inclut la CGT. Et, au contraire de ce qu’était la NUPES, il apparaît comme pluraliste et non à la seule main de JL Mélenchon. Enfin, n’oublions jamais qu’il comprend des forces sociales comme la CGT ou la CNL.
C’est d’une nouvelle étape, ou nouvelle phase, du NFP dont nous avons besoin. Pas de le jeter par-dessus bord, mais de l’élargir, le renforcer, le transformer qualitativement et le consolider par le débat avec nos concitoyens, par la clarification.
Au-delà de l’Union qu’il permet de porter, afficher et conforter, crédibilisant ainsi une alternative aux droites contre la désespérance, le NFP permet une alliance qui maintient le Parti socialiste hors du social-libéralisme et qui maintient LFI sur une sorte de réalisme ainsi que d’ancrer les écologistes dans la gauche…. A condition que l’on puisse se parler et avancer sur les contenus ! D’où l’importance de notre campagne « emploi-formation », avec ses deux volets, services publics et entreprises (industrie et services) et d’où l’importance de la formation des communistes.
4-
D’autres modifications sont nécessaires dans le texte :
- Sur la crise : elle ne date pas d’aujourd’hui
- Sur les confrontations dans le monde, il faut pointer l’impérialisme
- La formule gauchisante « afin de faire payer la crise aux travailleurs » doit être modifiée en « afin de sauver ses profits à tout prix. Cela plonge le pays dans une crise renforcée »
- Sur la dette publique, ce n’est pas le seul point, il faut parler des pouvoirs du capital et de ses leviers idéologiques, dont la campagne sur la dette qui est agitée comme un spectre alors que le grand capital s’en nourrit
- On ne peut pas seulement interdire les licenciements, il faut exiger un droit de contre-propositions par les salariés et les populations, avec des moyens financiers à l’appui
- Il faut un paragraphe pour dénoncer comment la COP 29 s’est déroulée et a traité les pays du Sud, faire le lien avec l’impérialisme du Dollar US et l’exigence d’une transformation profonde des institutions internationales (FMI, etc.)
- Il faut dénoncer le prétexte d’une « politique de l’offre ». Mettre: « Nous refusons l’appui aux profits par-dessus tout, au nom d’une « politique de l’offre », alors qu’ils démolissent l’offre productive en France, et qu’il faut transformer les productions pour une tout autre offre qui doit s’appuyer avant tout sur les capacités des femmes et des hommes de notre pays, c’est à dire l’emploi, la formation, avec un investissement efficace ».
- Notre campagne n’est pas pour l’emploi seul, elle est pour l’emploi et la formation, c’est déterminant, et cela renvoie à notre projet de développement des capacités humaines, efficace économiquement et émancipateur socialement.
- On ne peut pas appeler les seuls « travailleurs du privé et du public ». Il y a : « les jeunes des cités populaires comme de la ruralité, celles et ceux des universités et des lycées, les chômeurs et les retraité.e.s ».
- La liste de cinq (devenues 6) « propositions », est une liste d’objectifs sociaux… sans citer les moyens financiers ! Nos propositions doivent inclure des moyens financiers et des pouvoirs.
Pour les autres amendements, je renvoie aux propositions que vous envoie Denis Durand.
Intervention dans le Débat sur le plan transports
C’est très important d’avoir un projet concernant les transports : ils sont une dimension essentielle de la vie et d’un projet de société, ils sont un secteur-clé d’émission des gaz à effet de serre (GES) pour la France (même si cela est en grande partie dû à la désindustrialisation de notre pays). Donc merci pour ce travail, qui est une étape intéressante. Mais une étape seulement.
Quelques améliorations ont été apportées après la discussion que nous avons déjà eue en CEN, mais surtout sur les formulations. Ainsi la diminution des seuls déplacements contraints est soulignée allant de pair avec l’objectif d’« un aménagement du territoire repensé » (avec quels outils ? quels financements ? De quelle façon ?). De façon générale contient encore plusieurs problèmes.
- Fret
Dans la réalité des transports en France, le transport de marchandises, le fret, est déterminant. II représente (y compris les poids lourds sous pavillon étranger) environ la moitié des émissions de GES du transport terrestre, peut-être plus. Donc au moins autant que les véhicules particuliers…
Or rien n’est dit sur le fret, ni même dans l’introduction. C’est un gros problème. Je ne développe pas, j’ai traité une partie du sujet dans le numéro spécial d’Economie é Politique sur le projet de plan climat (projet non encore adopté par le PCF). Il faut en outre le traiter en termes de multi-modalité et de coordination, donc avec un rôle important des services publics.
- Une question politique majeure l’emploi et la formation
Un peu partout au fil du texte, on parle « d’investissement ». Or, l’enjeu c’est un mixte de dépenses d’emploi, de formation et d’investissement (infrastructures et matériels), ainsi que dans les logiciels et la recherche, comme je l’ai déjà dit lorsque ce projet a été présenté en CEN. C’est la question politique majeure, derrière laquelle il y a un enjeu universel et un enjeu de classe. Si on ne le voit pas, on se met à la remorque des idées dominantes :
- Enjeu universel. Si on ne fait que de l’investissement (infrastructure et matériels), les transports ne marcheront pas : cela dysfonctionnera, y compris parce qu’on tentera de pallier ces manques en allongeant le temps de travail des salariés, en détériorant leurs conditions de travail. Et ils ne se laisseront pas faire. Or il faut embaucher des conducteurs pour conduire les nouveaux trains, métros, bus ; il faut les former, or on a une pénurie (due aussi aux conditions de travail et aux attaques contre les statuts) ; il faut beaucoup d’emplois pour organiser le fret ferroviaire en regroupant les wagons dits « isolés » ; il faut beaucoup de recherche et de développement aussi bien sur logiciels pour organiser les transports autrement que sur les motorisations que sur les infrastructures et la conception des transports. En outre, les gâchis en excès d’investissement matériels génèrent des pollutions et consommations de matière considérables.
- Enjeu de classe : si on ne fait que des investissements, c’est parce que toute notre société favorise avant tout les dépenses en capital pour satisfaire ses besoins de profits. Or, il faut renverser la logique : « l’emploi et la formation d’abord », pour répondre aux besoins des gens, l’investissement devant accompagner et non pas commander. Voir les enjeux de classe permet de relever les défis !
D’où la bataille politique : pour répondre aux exigences de transport et d’écologie, il faut concrètement commencer à transformer les logiques et incitations de toutes les institutions et pouvoirs qui guident l’utilisation de l’argent, y compris la gestion des entreprises, jusqu’à les révolutionner.
- Le financement
Ce qui est dit sur le financement pose plusieurs problèmes, comme cela a été relevé par d’autres camarades, notamment Bora Yilmaz.
D’une part, on ne peut pas prendre le financement du Grand Paris express comme un « exemple à suivre », car celui-ci repose avant tout sur la spéculation immobilière… c’est une dépendance aux marchés financiers. Sans récuser des taxes sur la spéculation et les contributions des grandes entreprises, il faut la montée d’un financement par le crédit ― des avances par un pôle public bancaire, par exemple ― avec des conditions : un taux d’autant plus abaissé (jusqu’à 0%, voire négatif) selon que sont programmés et réalisés des diminutions de GES et des créations d’emploi de qualité. Compte-tenu de l’ampleur des besoins financiers et de la nécessité de suivre dans le temps l’évolution des dépenses, il est indispensable et central de mobiliser la création monétaire. Or celle-ci n’est pas traitée à sa juste importance, réelle et politique.
- « Gratuité »
Transporter a un coût, ce n’est pas gratuit. Je pense qu’il faut bien réfléchir, car avec la « gratuité » on contribue à invisibiliser le coût des transports et le travail de ses salariés. Je pense que l’on préconiser le remboursement intégral, s’inspirant tant de la Sécurité sociale que de la pratique de certaines collectivités, comme le département du Val de Marne quand il était à direction communiste. Et pour certains publics à faible ressources (chômeurs, collégiens, étudiants, smicards, etc.), on peut organiser un système où ils n’ont pas à faire l’avance avant d’être remboursés.
- Le chiffrage des investissements
Il est probablement inférieur aux besoins, puisque le Fret n’est pas traité, y compris ses implications en dépenses pour l’aménagement du territoire. Or il représente au moins autant, voire plus, que les nécessités d’investissements matériels du transport de voyageurs, sans parler des outils de coordination ou des logiciels. Il faut en outre, bien distinguer les investissements des collectivités publiques et les investissements nécessaires par les entreprises de transport.
En outre, ce chiffre ne comprend pas les avances en pré-recrutements qui sont au cœur de notre projet et que nous devons afficher ici aussi.
Et globalement, je m’étonne que la commission économique n’aie pas été associée à l’élaboration de ce projet…
C’est dans cette partie qu’il faut inclure un développement conséquent sur l’appel à la création monétaire, via un pôle public de crédit, ayant un volet transports et une gouvernance démocratique spécifique, en lien avec ce que nous disons, de façon générale par ailleurs, sur la planification.
- Transport maritime
Je ne développe pas. J’indique juste que, outre les enjeux d’aménagement du territoire qui sont derrière et les enjeux européens, l’essentiel du transport maritime (fret + voyageurs) est exclu des bilans nationaux d’émissions de GES et de polluants atmosphériques puisque seule la partie dans les eaux territoriales y est rapportée. Le reste des émissions est ajouté au total monde (si c’était les émissions d’un pays, ce serait un des dix premiers pays émetteurs..). Cela crée une importante déformation optique.
- Production des voitures électriques
D’abord il faut insister sur la nécessité de développer considérablement les recherches, avec les moyens afférents, et sur tous les types de motorisation, y compris l’hydrogène considérablement sous-estimé dans l’ensemble du projet !
La décarbonation du transport par véhicule particulier est déterminante, mais je la trouve insuffisamment traitée. En outre, la filière électrique génère beaucoup moins de valeur ajoutée, notamment les batteries pour lesquelles les brevets (souvent chinois) entraînent de forts prélèvements qui amoindrissent donc la valeur ajoutée.
Ensuite, nous avons besoin de savoir si les émissions supplémentaires de GES dues à la production de nouveaux véhicules (puisqu’on veut accélérer la mise les anciens à la casse) sont prises en compte ? Car il est généralement admis que la production d’une voiture génère des émissions de GES équivalent à environ 3 ans de circulation moyenne avec ce même véhicule… donc un pic d’émission possible ??
- Pistes cyclables
J’aimerai savoir comment cet objectif de 100.000 km de pistes cyclables à construire s’articule avec le zéro artificialisation des sols. D’autant que dans un certain nombre de cas, ce sont les voies ferrées que l’on recouvre de goudron pour en faire des pistes cyclables… et dans ce cas nous luttons contre, comme cela a été le cas dans le Lot à Cahors.
- Sur le secteur aérien
Je ne partage pas l’objectif, écrit dans le document, de restreindre « le volume global » du transport aérien (on veut dire « quantité », je pense).
D’abord il y a la question des Jets privés. Ensuite, on sous-estime grandement la Recherche et l’effort qu’il y a à mettre dessus. De même, bien que cela soit un peu abordé, il faut insister sur le fait qu’une autre organisation du transport aérien permet de diminuer ses émissions, en minimisant le nombre de vols, plutôt que le nombre de passagers-km.
Plus fondamentalement, la préconisation de limiter les voyages en avion est contraire à notre vision du monde, des relations humaines ainsi que de la politique : on va avoir un Etat de type soviétique qui décide qui voyage et quand ? L’autre action que propose le document est encore pire : c’est de créer de nouvelles taxes. Mais les taxes ne dissuadent pas de voyager, elles permettent juste à celles et ceux qui ont plus de moyens financiers de le faire !
Il faut plutôt tirer de ce constat des enjeux incontournables pour une société de liberté et d’ouverture au monde, pour une humanité commune. C’est qu’il faut diminuer d’autres sources d’émissions de GES, y compris dans les transports (en particulier dans le fret et par une autre organisation du territoire faisant reculer plus fortement les déplacements contraints et se donner des outils de suivis et de cette diminution des déplacements contraints, permettant de réagir pour l’amplifier si nécessaire). C’est d’autre part qu’il y besoin d’une très grande mobilisation sur les recherches et les technologies !
- Hydrogène
A ce propos, le document n’aborde presque pas la question de l’hydrogène. Or c’est un sujet considérable pour les transports. D’autant qu’il existe déjà des autocars et des trains à hydrogène, commercialisés. Et qu’il y a derrière d’énormes questions qui sont en fait des sujets de bataille et pour pousser les recherches. Sur le fond, l’hydrogène permet une source d’énergie diffuse et portionnable, qui rejette de l’eau. Mais il faut avancer sur sa production, qui ne doit pas être émettrice de GES et qui peut se faire autrement que par électrolyse, sur sa diffusion sous forme gazeuse ou liquide, donc avec d’énormes réseaux de tuyaux couvrant le territoire, qui est donc consommatrice de capital, de matières, d’espace et de GES, son utilisation sous cette même forme qui conduit à des réservoir coûteux et très grands, alors que se développe son utilisation sous forme solide… avec d’importants brevets français !
- Europe
Enfin, la dimension européenne doit être abordée. Je vois au moins trois points (mais il faudrait un travail plus poussé) :
- L’industrialisation : mettre des critères sociaux, écologiques et géographiques d’équilibre de la répartition de l’industrie à toutes les aides publiques des pays de l’UE, ainsi qu’à la politique industrielle de l’UE et à la politique monétaire de la BCE. Les transports sont un levier pour révolutionner tous les critères des aides européennes et du crédit.
- Les infrastructures européennes de transport
- La coopération-coordination : depuis la bataille contre la dérégulation du transport aérien ; jusqu’à la question des ports, qui comme Rotterdam sont d’intérêt européen, de fait, et dont les revenus pourraient participer au financement d’infrastructure de transport « propres » pour en faire sortir les marchandises (fret ferroviaire et fluvial, cabotage maritime), en passant par les coopérations ― non coûteuses en prises de participations financière ― entre services publics et grands groupes industriels dans la conception et la construction de moyens de transports, donc la bataille pour des exceptions (dans un premier temps) aux principes de concurrence libre et non faussée.
Par ailleurs globalement on ne voit pas le monde, les enjeux mondiaux et, finalement concernant les émissions de GES la faible part de la France (1,5% du monde en termes d’empreinte), mais inversement la forte part de ses multinationales (8 à 10% des GES du monde). Cela devrait d’une part rehausser l’importance du travail sur le transport maritime, d’autre part amener à rehausser les autres enjeux que ceux des GES en matière de transport.
- Conclusion
Pour conclure : il n’y a presque rien sur le fret, ce n’est pas un reproche, mais du coup le projet est déséquilibré, inachevé, manque de cohérence, outre les points qui posent problème.
On ne peut pas le voter en l’état : je m’abstiendrai.
Intervention dans le débat sur la préparation de la Conférence nationale
1-
Le débat ne démarre pas facilement. Mais les communistes veulent qu’il y ait un débat. Car i y a vraiment une interrogation existentielle pour le PCF et un échec important des élections européennes avec lequel il ne faut pas biaiser. Ils veulent qu’on ose faire le bilan et que des changements soient apportés, sans remettre en cause les contenus des 387 et 39è congrès. Bien autre contraire.
2-
A l’écoute du rapport présenté par la commission « transparence des débats », j’aurais besoin d’un éclaircissement : il est dit que les communistes sont critiques sur le contenu de la campagne de l’élection européenne. Mais quelles sont ces critiques émises par les communistes ? Pourquoi le rapport n’entre pas dans ces critiques ? Je ne suis pas convaincu qu’en procédant ainsi qu’on arrivera à affronter les défis qui sont devant nous. Il reste donc un travail à produire là-dessus par la commission d’ici la Conférence nationale.
3-
Monte de partout l’idée que les communistes veulent que soit porté notre projet communiste de société, dans nos interventions publiques comme dans notre communication et notre activité, bien au-delà de quelques mots symboles.
Ils ont totalement raison. Il faut entendre cela.
Mais je voudrais montrer que en pratique, lorsque on prend un sujet précis notre projet tend à disparaître.
Premier exemple, les transports.
Nous venons de discuter du « projet communiste » sur les transports. Eh bien le texte insiste sur l’investissement, ainsi que sur la propriété publique, mais la création d’emploi, les énormes nécessités de formation sont absents ! Or, c’est le fond des choses et de l’apport communiste, car précisément lorsqu’on investit c’est contre l’emploi, pour surexploiter, ce qui génère des dysfonctionnements, de la non-maintenance etc. Or nous voulons inverser le rapport de domination : ce sont les êtres humains qui doivent prédominer sur les équipements et le capital ! Non, l’inverse.
Sur ce même sujet, on a vu que pour les enjeux de financement, le texte évacue largement la question du rôle des banques et des pouvoirs à prendre pour orienter le financement. Le financement, ce n’est pas ― pour nous, communistes ― trouver un « budget », un somme d’argent. C’est un levier, avec des conditions porteuses de sens (d’efficacité écologique et sociale) à l’opposé de la recherche de la rentabilité financière et des prédations. Ce n’est pas seulement « du 0% ». Non § C’est du « 0% … si certains critères sont prévus et atteints », sinon, ce sera un taux pénalisant.
Enfin, dans le « projet transport », la Sécurité d’emploi ou de formation, au cœur de notre projet, a complètement disparu !
Deuxième exemple, les européennes
A l’élection européenne notre proposition majeure, à savoir le Fonds européen pour les services publics, alimenté par la BCE à 0%, pour les dépenses des Etats si elles développent l’emploi a été quasiment absent dans les interventions nationales et dans la communication nationale. Il a été presque clandestin. Porté seulement dans les réunions de terrain par un certain nombre de camarades. C’est totalement fou ! Et la popularisation de cette proposition nous manque cruellement à présent. Pourquoi recule –t-on à faire de la pédagogie sur nos proposition ? A les injecter dans le débat politique ? Pourtant cela peut marcher, comme on l’a vu, par exemple, dans un débat en Ardèche !
Troisième exemple, les législatives
Nos propositions économiques de financement du programme du NFP, dont un certain notre d’éléments sont dans le programme commun du NFP, reposent (1) sur des avances par le pôle public bancaire, la croissance et les impôts venant par la suite (2) sur une transformation productive profonde. C’est-à-dire que nous avons des éléments pour contrer ce qui a fait tant de mal à la gauche : (1) être vue comme cherchant avant tout à prélever plus d’impôts (2) ne s’intéresser qu’à la demande (revenus et consommation) sans changer « l’offre », c’est-à-dire la production, ce qui fait qu’on déboucherait sur des importations renforcées et des déficits financiers (et écologiques) accrus.
Or, lors de la conférence de presse publique du NFP, comme je l’ai dit ici même en juillet dernier, où étaient présents tous les journalistes économiques, avec nu grand intérêt poru les contenus. On a ― la direction nationale du parti, au dernier moment ― interdit à la commission économique d’intervenir ! Alors que depuis le début il était prévu que nous devions intervenir, précisément « pour porter noter originalité » et notre apport à la gauche et à son renouvellement. Il a été choisi de faire une intervention creuse, sur les seuls aspects « politiciens », évinçant le projet et l’apport communiste original, d’une part, fragilisant les négociateurs communistes du programme et de son chiffrage, d’autre part.
Il y a là une très forte différence de conception de la politique : les contenus disparaissent au bénéfice des seules alliances électorales… !
Voilà un problème majeur qui est devant nous et que nous devons affronter et résoudre si nous voulons avancer. Et je suis sûr que les communistes ont plein d’exemple, mais aussi pleins d’idées pour le résoudre… à commencer par ce qu’ils ont adopté lors des 38è et 39è congrès ! Mais la conférence nationale va-t-elle permettre d’avancer en ce sens ? C’est je crois un de ses enjeux majeurs.


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