Non classé

Comité national du 1er février 2025 interventions de Jean-Marc Durand, Denis Durand, Frédéric Boccarra

Dans la situation actuelle , le Parti communiste a un rôle essentiel à tenir. La campagne pour l’emploi, la formation dans les services publics et l’industrie lancée par notre conférence nationale doit être pour nous, l’occasion d’une offensive sans précédent.

Jean Marc Durand

Tout d’abord, je veux dire mon accord avec le rapport d’Igor.

En ce qui me concerne, mon propos tournera autour de deux questions :

  • Les enjeux actuels
  • Notre action et le rassemblement

Au plan international, derrière une apparente détente (cessez-le-feu à Gaza, promesse de fin du conflit en Ukraine) montent en fait de nouvelles tensions bien plus inquiétantes, notamment à partir des propos guerriers de Trump : Panama, Groenland, Canada.

Des propos qui ont pour vertu de recentrer les choses sur l’affrontement majeur de la période.

Au centre des déclarations du président étasunien est en effet l’enjeu de la domination des États-Unis que Trump veut à tout prix rétablir et affirmer. Un rétablissement pour le capital US qui passe par assurer la suprématie du dollar face aux BRICS (la Chine étant en ligne de mire). Et là, danger !

Danger particulièrement pour l’Europe que Trump veut vraiment vassaliser. Pour cela, il utilise deux moyens :

  • Attirer les capitaux européens, dont français, ce à quoi consentent d’ailleurs volontiers leurs détenteurs acquis à l’idée qu’il faut sauver le modèle occidental de domination et donc le « soldat américain ». Pour cela, ils n’hésitent pas à laisser tomber des pans entiers de l’activité industrielle sur le territoire européen et en France (automobile, chimie, sidérurgie…).
  • Jouer la déstabilisation politique de l’Europe, notamment en visant l’Allemagne, ce qui n’est pas un hasard à plusieurs titres, avec, par exemple, un Musk qui soutient l’AFD, poussant ainsi la droite et l’extrême-droite de ce pays dans les bras l’une de l’autre.

En France, la casse industrielle s’accélère (Vencorex, Valéo, GMD…), l’austérité s’affiche comme le remède alors que la récession guette ( 0,1% de croissance au 4ème trimestre 2024).

Dans ce contexte, le Parti communiste a un rôle essentiel à tenir. La campagne pour l’emploi, la formation dans les services publics et l’industrie lancée par notre conférence nationale doit être pour nous, l’occasion d’une offensive sans précédent sur :

  • Notre projet et nos propositions : SEF, moyens de financements, nature d’un développement nouveau des services publics et de l’industrie face à l’accélération de leur démantèlement.
  • Notre action de terrain. Soutien aux luttes syndicales pour la défense des services publics, de l’industrie mais en affirmant notre rôle politique de propositions et d’intervention à tous les niveaux, sans rien lâcher avec pour objectif la victoire… Et il nous faut aussi savoir être force mobilisatrice et agissante. De ce point de vue proposer dès maintenant l’objectif d’une manifestation nationale pour l’emploi serait un acte fort, concret qui pourrait aider aussi à faire décoller, dans les fédérations où il y a des difficultés, la campagne emploi-formation.
  • Notre démarche de rassemblement, doit, elle aussi, partir de notre volonté de proposer un nouveau projet. Dans cet objectif, il nous faut ouvrir le débat public sur les propositions, les contenus avec les autres forces de gauche, avec l’ambition de les amener aussi dans l’action afin de créer l’indispensable lien entre action et mobilisation sociale et prises de décisions politiques. Il n’y aura pas de changement réel par la seule magie électorale. Action dans la rue sur des objectifs précis et clairs et interventions dans les institutions n’ont jamais autant eu besoin d’être coordonnées, jumelées pour espérer gagner et réussir.

Dire il faut se rassembler face au danger R N même si cela a permis un ressaisissement en juillet dernier, est un ressort qui risque de perdre de son efficacité à rebondir si aucune autre perspective n’est donnée qui suscite l’intérêt

Denis Durand
Je perçois un décalage entre la gravité de la situation et ce que je suis tenté d’appeler la frivolité avec laquelle le monde politique y répond.
Les Français ressentent très fortement la gravité de la situation, même s’ils ne sont pas toujours en situation d’en analyser toutes les causes. Ils sentent que les nationalismes, la mécanique des alliances et la course aux armements peuvent déclencher un enchaînement inexorable vers la guerre, comme en 1914. Et ils ont bien compris que l’économie de guerre, telle que nos dirigeants la conçoivent, c’est plus d’austérité.
Car la peste est chez nous. On vit un assaut contre l’intelligence : le gouvernement casse les universités et subventionne le Puy du Fou. On ne peut plus dire librement la vérité sur les crimes du colonialisme en Algérie, à Gaza ou en Cisjordanie.
J’enfonce des portes ouvertes, nous vivons nous-mêmes tout cela. Mais l’action du Parti est-elle à la hauteur du danger ?
On peut se demander quoi faire. À mon avis, la seule force capable d’éviter la catastrophe réside dans les luttes sociales. Elles existent. L’ampleur des manifestations du 8 mars a été remarquée. C’est cette même force, dans le peuple, qui a empêché Macron d’installer Bardella à Matignon en juillet dernier.
La CGT est courageuse mais elle est bien seule et la peur ambiante pèse sur la combativité des salariés.
Notre devoir, ce qui nous rend légitimes pour présenter des candidats aux élections présidentielle, législatives, municipales, c’est de participer activement à cette résistance en l’aidant à passer à l’offensive pour un projet de société.
Sur le terrain et dans la bataille des idées. Les économistes eux-mêmes ressentent l’angoisse ambiante et se sentent une part de responsabilité pour y répondre.
Pour contribuer à un réveil de la gauche, en ayant en tête le rôle antifasciste joué par les intellectuels dans les années trente, Économie&Politique relaie, avec le soutien du Parti de la Gauche européenne, l’appel de quatre économistes recouvrant tout le spectre de la gauche et du NFP à une rencontre le 29 mars à la Bourse du Travail « contre l’austérité, pour une alternative ». La journée sera organisée sous forme de plusieurs dialogues entre économistes et personnalités représentatives du mouvement social en France et en Europe. Nous n’avons pas les mêmes références théoriques et de politique économique, ni les mêmes engagements politiques, ni la même position sur la guerre en Ukraine mais ce qui nous rassemble c’est la lutte contre l’austérité, aussi pour des raisons économiques. Les politiques d’austérité en Europe sont aujourd’hui aussi absurdes et dangereuses que les politiques de déflation dans les années trente.
Ce qui mérite d’être défendu en Europe, ce n’est pas cette « mission civilisatrice de l’Occident » qui a laissé de si sanglants souvenirs en Algérie, au Vietnam et partout dans le monde. Ce n’est pas une Europe forteresse régie par un État fédéral prenant modèle sur l’oligarchie américaine. C’est la possibilité d’un modèle social conçu comme une contribution à la synthèse des civilisations dans un monde de paix et de coopération avec pour but le développement de toutes les capacités humaines. C’est une contribution au rapport de forces qui sera nécessaire pour imposer pacifiquement une alternative à l’hégémonie monétaire du dollar, pilier de l’impérialisme américain, qui est l’arme principale de la guerre économique menée par Trump contre le monde. Et le seul moyen de défendre l’Europe et ce qu’elle peut apporter à l’humanité, compte tenu de la géopolitique, c’est la sécurité collective, qui suppose des moyens militaires radicalement différents de ce qui se prépare aujourd’hui. On voit comment notre projet communiste doit être compris comme un moyen à utiliser dans cette bataille.
Je pense que le PCF doit entrer en résistance, avec ce bagage solide, et que les habitants de ce pays doivent le savoir. Je suppose que la résolution d’aujourd’hui va être déclinée en un tract. Ne pourrait-on pas faire de la diffusion de ce tract, dans toute la France, l’occasion de « mettre en scène » cette entrée en résistance ?Dire il faut se rassembler face au danger R N même si cela a permis un ressaisissement en juillet dernier, est un ressort qui risque de perdre de son efficacité à rebondir si aucune autre perspective n’est donnée qui suscite l’intérêt du peuple. Et pour l’heure, la gauche rassemblée continue à ne pas dépasser les 30 %.

Votes du CN :

Le rapport sur le budget 2025 a été voté à l’unanimité moins 2 abstentions (83 votants).

Le rapport sur le handicap été voté à l’unanimité.

Denis Durand

Je perçois un décalage entre la gravité de la situation et ce que je suis tenté d’appeler la frivolité avec laquelle le monde politique y répond.

Les Français ressentent très fortement la gravité de la situation, même s’ils ne sont pas toujours en situation d’en analyser toutes les causes. Ils sentent que les nationalismes, la mécanique des alliances et la course aux armements peuvent déclencher un enchaînement inexorable vers la guerre, comme en 1914. Et ils ont bien compris que l’économie de guerre, telle que nos dirigeants la conçoivent, c’est plus d’austérité.

Car la peste est chez nous. On vit un assaut contre l’intelligence : le gouvernement casse les universités et subventionne le Puy du Fou. On ne peut plus dire librement la vérité sur les crimes du colonialisme en Algérie, à Gaza ou en Cisjordanie.

J’enfonce des portes ouvertes, nous vivons nous-mêmes tout cela. Mais l’action du Parti est-elle à la hauteur du danger ?

On peut se demander quoi faire. À mon avis, la seule force capable d’éviter la catastrophe réside dans les luttes sociales. Elles existent. L’ampleur des manifestations du 8 mars a été remarquée. C’est cette même force, dans le peuple, qui a empêché Macron d’installer Bardella à Matignon en juillet dernier.

La CGT est courageuse mais elle est bien seule et la peur ambiante pèse sur la combativité des salariés.

Notre devoir, ce qui nous rend légitimes pour présenter des candidats aux élections présidentielle, législatives, municipales, c’est de participer activement à cette résistance en l’aidant à passer à l’offensive pour un projet de société.

Sur le terrain et dans la bataille des idées. Les économistes eux-mêmes ressentent l’angoisse ambiante et se sentent une part de responsabilité pour y répondre.

Pour contribuer à un réveil de la gauche, en ayant en tête le rôle antifasciste joué par les intellectuels dans les années trente, Économie&Politique relaie, avec le soutien du Parti de la Gauche européenne, l’appel de quatre économistes recouvrant tout le spectre de la gauche et du NFP à une rencontre le 29 mars à la Bourse du Travail « contre l’austérité, pour une alternative ». La journée sera organisée sous forme de plusieurs dialogues entre économistes et personnalités représentatives du mouvement social en France et en Europe. Nous n’avons pas les mêmes références théoriques et de politique économique, ni les mêmes engagements politiques, ni la même position sur la guerre en Ukraine mais ce qui nous rassemble c’est la lutte contre l’austérité, aussi pour des raisons économiques. Les politiques d’austérité en Europe sont aujourd’hui aussi absurdes et dangereuses que les politiques de déflation dans les années trente.

Ce qui mérite d’être défendu en Europe, ce n’est pas cette « mission civilisatrice de l’Occident » qui a laissé de si sanglants souvenirs en Algérie, au Vietnam et partout dans le monde. Ce n’est pas une Europe forteresse régie par un État fédéral prenant modèle sur l’oligarchie américaine. C’est la possibilité d’un modèle social conçu comme une contribution à la synthèse des civilisations dans un monde de paix et de coopération avec pour but le développement de toutes les capacités humaines. C’est une contribution au rapport de forces qui sera nécessaire pour imposer pacifiquement une alternative à l’hégémonie monétaire du dollar, pilier de l’impérialisme américain, qui est l’arme principale de la guerre économique menée par Trump contre le monde. Et le seul moyen de défendre l’Europe et ce qu’elle peut apporter à l’humanité, compte tenu de la géopolitique, c’est la sécurité collective, qui suppose des moyens militaires radicalement différents de ce qui se prépare aujourd’hui. On voit comment notre projet communiste doit être compris comme un moyen à utiliser dans cette bataille.

Je pense que le PCF doit entrer en résistance, avec ce bagage solide, et que les habitants de ce pays doivent le savoir. Je suppose que la résolution d’aujourd’hui va être déclinée en un tract. Ne pourrait-on pas faire de la diffusion de ce tract, dans toute la France, l’occasion de « mettre en scène » cette entrée en résistance ?

Frédéric Boccara

Avant d’intervenir dans l’ordre du jour, je veux dire quelques mots sur ce que sont devenues ces réunions du CN et sur leur fonctionnement.

Nos réunions ont été réduites à une seule journée. Seulement 6 heures de réunion, alors que les camarades viennent de toute la France, parfois de bien loin ! C’est un gâchis. D’autant que les camarades sont bien obligés d’arriver la veille. Nous pourrions notamment avoir au moins une séance de plus. Car le temps de nos échanges est bien insuffisant pour ne pas être réduits à être une chambre d’enregistrement.

Plus généralement, de nombreux membres du CN ont manifesté, durant la préparation de la conférence nationale, la nécessité d’un travail sur le fonctionnement du CN pour qu’il soit, en pratique, effectivement la direction nationale du parti. Rien n’est organisé jusqu’ici en ce sens.

Nous aurons, je pense, à en reparler. D’ores et déjà, j’alerte sérieusement aujourd’hui.

―-

Intervention dans le débat sur la situation internationale :

  1. Donner du sens

Il nous faut d’abord avoir le souci de donner du sens à ce qui est en train de se produire.

On observe une montée des tensions de nature guerrière, avec en outre un peu de dramatisation par E. Macron. Mais derrière tout cela, il faut bien voir et faire ressortir les tensions économiques de nature impérialiste, liées au capitalisme et à sa crise.

Le capitalisme US est en crise. Il se sent menacé, dans sa rentabilité qu’il faut à tout prix assurer. Il se sent menacé aussi dans son appui sur sa base nationale sociale et politique aux Etats-Unis, car les délocalisations des multinationales mettent en grande difficulté le peuple et le monde du travail aux Etats-Unis. Mais c’est aussi l’impérialisme US qui se sent menacé jusque dans son cœur qui est le dollar et ses pouvoirs exorbitants, avec la montée des BRICS et leur volonté de mettre en cause le dollar pour une monnaie alternative.

Il y a donc un mouvement assez clair de Trump pour laisser aux pays de l’UE une grande partie de l’effort de guerre et même la responsabilité de la guerre et se concentrer sur la guerre économique. C’est cela qu’il faut faire ressortir, avec deux aspects. La guerre commerciale, bien sûr, mais surtout la guerre financière sur les capitaux. Il assèche les capitaux du monde pour qu’ils viennent soutenir le dollar et conforter l’économie US. Heureusement que la déclaration actuelle, ainsi que le rapport de Fabien, reprend cette formule que j’ai proposée et qui n’était pas présente dans la version discutée au CEN car, initialement, nous étions mal partis. Mais il faut en voir toute l’importance. La guerre commerciale est un levier pour cette attraction des capitaux (investissez aux US pour y produire, si vous ne voulez pas être taxés sur vos exportations) ainsi qu’un chantage, envers notamment les pays de l’UE, pour qu’ils entrent dans une négociation sur le soutien du dollar.

Le plus important pour Trump et pour le grand capital à base US, son écosystème, c’est la Chine et le dollar.

Il veut donc avoir les mains libre et se concentrer sur la rivalité avec Chine, bien que ce soit plus compliqué qu’il n’y paraît en raison des interdépendances (notamment la présence des multinationales US en Chine même, avec de grosses activités productives ; la détention d’une part importante de la dette publique US par la Banque centrale de Chine). Cette question du dollar est fondamentale, presque existentielle pour le capitalisme US, elle est au cœur de son système de taux de profit et de dévalorisation pour maintenir celui-ci. C’est bien plus important, en réalité que les terres rares ou le pétrole, même si c’est lié. Car d’une part, si le dollar dévisse, alors le danger est très grave pour l’hégémonie US, et pour le capital, d’autre part, s’ils sauvent le dollar, alors ils ont un levier majeur pour prendre le contrôle des terres rares, ou agir sur le pétrole de l’arctique, et bien plus, financer les technologies, leurs déficits jumeaux (dette publique et déficit commercial), et leurs dépenses militaires.

  1. Le chantage au soutien du dollar et au financement des dépenses militaires US

Stéphen Miran, le président nommé par Trump du Conseil d’analyse économique des Etats-Unis s’est exprimé en termes très clairs, voire crus. Il somme les grands pays capitalistes européens de « collaborer » pour (1) organiser la baisse du cours du dollar afin de favoriser les exports US (2) soutenir malgré tout le dollar et l’attraction de la place US en y apportant leurs capitaux par la prise de Bons du trésor US de maturité 100 ans ou perpétuels, afin, dit-il explicitement, de partager le fardeaux des dépenses militaires, c’est-à-dire de financer les dépenses d’armement ― et technologiques ― des US et de leurs Gafam.

  1. Quelle réponse ?

Alors, faut-il entrer dans une surenchère guerrière et dans le surarmement ? Non. Et il faut être clairs là-dessus, même si cela ne sera pas forcément simple, d’autant plus qu’il y a des éléments de dramatisation exagérée.

La réponse se situe à trois niveaux :

  • Transformer nos dépenses militaires en des dépenses de véritable défense et non de projection à l’extérieur, pour permettre véritablement la sécurité collective, sans angélisme ni surenchère
  • Développer les dépenses sociales de façon importante ― capacités humaines et emploi ― en priorité
  • Œuvrer à un nouvel ordre économique (et politique) international.

Remarque importante, donner la priorité aux dépenses humaines et sociales est une question proprement politique. C’est tout autre chose que de répéter en rond « industrie et services publics », tendance que j’observe malheureusement dans nos interventions médiatiques. Ce sur quoi il faut éclairer, c’est que pour une nouvelle industrialisation et pour développer les services publics, la clé est de donner la priorité aux capacités humaines et à l’emploi. D’où les raisons pour lesquelles le système résiste : il veut la priorité au capital ! On fait perçoir alors la bataille à mener et l’enjeu. Il faut certes un emploi bien « équipé », mais ne parler que « d’investissement » est suiviste ― il faut un tout autre type d’investissement ― et passe à côté de l’enjeu de classe qui rejoint l’intérêt général ― priorité aux dépenses humaines et sociales.

  1. La montée de la question financière et la bataille politique à mener

La bataille sur le financement est en train de changer. Pour le discours dominant, la priorité étant données aux armes, il ne fait plus débat qu’il faut des avances pour financer les dépenses militaires supplémentaires ! Madame Von der Leyen veut même créer un « Fonds européen » de 800 milliards d’euros ! Et le nouveau chancelier allemand, Merz, veut créer un Fonds allemand de 500 Md€, financé lui aussi par des avances. Et, habilement, l’Allemagne propose de le consacrer à des dépenses d’infrastructure (renvoyant aux services publics), couvrant un éventail plus large que les dépenses militaires.

Soit dit en passant, la commission économique avait repéré cette inflexion allemande très tôt, et nous serions tout autrement armés si Léon Deffontaines et le staff de campagne avait porté dans la campagne européenne la question d’un Fonds européen pour les services publics, de façon conquérante et unitaire, en cherchant le débat constructif avec la gauche et en Europe, au lieu de caresser les idées souverainistes et d’amadouer certains petits partenaires.

Est-ce à dire qu’à présent nos idées seraient en passe d’être adoptées ? Que nenni ! certes on reconnaît ― et c’est fondamental ― qu’il faut des avances de financement, donc une dette accrue, plutôt que de mettre en avant la réduction préalable de la dette et des dépenses. Mais les différences majeures qui existent sont majeures. Pour nous :

  • Il ne s’agirait pas de financer de financer avant tout les armes et un effort de guerre
  • Nous voulons faire appel à la création monétaire de la BCE à bas taux. Nous ne voulons pas faire appel au marché financier. Car ce serait faire appel aux capitaux existants, et donc renforcer la rivalité de concurrence entre les pays, avec une surenchère à la hausse sur les taux d’intérêt confiscatoires et un assèchement mondial creusant les tensions dans le monde entier.
  • Surtout, il s’agit de donner la priorité aux dépenses d’emploi, de formation et de protection sociale, aussi bien dans les dépenses publics que dans l’appui à l’investissement : s’il développe l’emploi, les salaires et les qualifications
  • La France pourrait tout de suite se lancer dans la création d’un tel Fonds, financé par le pôle public bancaire existant, et mener la bataille de pression sur la BCE, y compris de façon conjointe avec d’autres pays.

La question politique prioritaire de l’emploi et de la formation, comme question politique et comme projet de société, c’est ce que devait initialement porter notre campagne. Il s’agit de la campagne décidée ici en CN. Mais elle est en train de dévier vers une campagne « industrie et services publics », ce qui, sans totalement la vider de contenu, évince une grande part de la charge politique qu’elle devrait ― et devait ― avoir. Ce qui ne nous aide pas politiquement, constitue une erreur et ne tient pas compte des décisions du CN. Et d’ailleurs les communistes et les sections ont beaucoup de mal à se saisir d’une telle « campagne ».

C’est d’une part une question révolutionnaire, car elle oblige à renverser les priorités actuelles de tout notre système économique, politique et culturel, qui donne la priorité aux équipements, aux dépenses matérielles et au capital… jusqu’à nommer « investissement » des dépenses certes d’avenir mais humaines ― confusionnisme politique néfaste.

C’est d’autre part une grande question d’efficacité sociale et écologique au sein même de l’industrie et des services publics.

Enfin, il faut bien voir que prioriser les dépenses d’armement contre le social et l’emploi, comme ils veulent le faire, mène à une très grave impasse : les dépenses militaires sont improductives, donc leur accroissement est inflationniste. Sauf si elles « produisent », c’est-à-dire si elles sont utilisées pour des guerres de gains de marchés et de conquêtes économiques ! C’est donc très dangereux. Et c’est une raison de plus pour donner la priorité aux dépenses humaines et sociales.

Mais il faut pour cela rompre avec l’austérité et augmenter tout de suite les dépenses, par création monétaire. Les recettes suivront si ces dépenses sont bien orientées.

D’où, l’importance de l’initiative prise par la revue Economie & Politique, co-organisée avec le PGE, d’une rencontre « contre l’austérité, pour des alternatives » le 29 mars à la Bourse du Travail de Paris, appelée avec des économistes liés aux quatre grandes composantes de la gauche et du NFP. Nous avons certes des différences théoriques voire politiques mais ils partagent cette optique. Elle sera l’occasion d’un dialogue entre économistes et mouvement social.

  1. Economie de guerre

Mais nos dirigeants sont en train de théoriser la mise en place de l’économie de guerre, avec tout ce qu’elle implique de réorganisation, tout ce qu’elle permet de mise au pas social et politique, y compris le maintien au pouvoir « coûte que coûte » d’E. Macron, tout ce qu’elle implique de justification du financement public et donc de dévalorisation du capital pour soutenir le taux de profit. Mais aussi tout ce qu’elle entraîne de guerre économique renforcée pour s’accaparer les capitaux et les financements, donc toute l’hypertension et les dangers qu’elle nourrit.

Cette situation est utilisée par les dirigeants pour convaincre de la nécessité d’un « saut » fédéraliste de l’Union européenne. Alors qu’il s’agit au contraire de développer les coopérations pour une culture de paix, qui favorise le vivant : les capacités humaines, l’emploi et l’écologie, et d’être un pont avec les peuples du Sud global, au lieu des pratiques néocoloniales et sous-impérialistes.

Concernant l’Ukraine et la Russie, sans faire aucune concession avec Poutine, ce dirigeant qui fait couple avec les oligarques et une restauration capitaliste, nous devons contester que l’on désigne la Russie comme une menace militaire pour la France. Nous devons aussi insister sur l’auto-détermination nécessaire des peuples dans le Donbass.

  1. Nouvel ordre économique mondial

Le grand enjeu c’est le sud dit « global », où vit à présent la majorité de l’humanité. Donc un nouvel ordre du monde, à la fois économique et politique.

Les tensions fondamentales sont d’abord sur les ressources, les biens communs (dont l’eau, les terres rares, …), les souffrances des peuples mais aussi les tensions sur les financements. Par exemple, chaque Cop fait ressortir l’énorme besoin de financement de la transition écologique au sud, qui est à la fois une question sud/nord, mais aussi une question de classe (capital versus les êtres humains et le vivant) dans laquelle les multinationales se déresponsabilisent totalement et attendent de la générosité internationale.

Le défi fondamental que nous devons expliquer c’est des financements communs pour la pauvreté, les inégalités ; le climat ; les services publics ; une industrialisation porteuse d’emploi, de progrès social et écologique ; les biens communs. Ils doivent être

  • Massifs
  • non pas à côté des multinationales (lesquelles sont majoritairement « occidentales »), pensant « compenser » ce qu’elles font, ni à leur place mais réorientant leur activité, la transformant
  • Non monopolisés par le Nord et affectés de façon importante au Sud.

Pour cela un autre ordre du monde est indispensable.

Il faut créer une monnaie commune alternative mondiale alternative au dollar dont l’émission par création monétaire commune (à partir des DTS transformés) financerait le développement des services publics, la lutte contre le changement climatique, une nouvelle industrialisation mettant l’emploi et l’écologie en son cœur.

Il faut dans le même temps une réforme du FMI, de l’OMC et de l’ONU. L’OMC, qui semble-t-il n’a même pas été saisie par des plaintes contre l’imposition des droits de douane par Trump, montre qu’elle arrive au bout du rouleau. Elle doit être transformée en organisation de maîtrise du commerce et des investissements internationaux pour le développement des biens communs et de l’emploi, ainsi que de partage des technologies (c’est elle qui a la responsabilité des droits de marchandisation des technologies, brevets, etc.).

C’est dit dans nos textes de congrès. Cela a été inséré dans le projet de déclaration, suite à notre débat en CEN. Mais ce n’est pas dit par nos intervenants nationaux dans les médias. Ce décalage est un problème politique grandissant pourtant pointé par la conférence nationale !

En conclusion je demande des amendements dans la résolution :

  • Qu’il soit inséré l’idée que les dépenses sociales et écologiques sont prioritaires
  • Que le titre devienne « Agir pour la paix et un nouvel ordre du monde », car c’est cela notre boussole et c’est cela qui donne un rôle à l’intervention populaire, raison d’être du PCF. La question de la « voix indépendante de la France » ne peut pas être le titre, donc notre boussole : quelle voix ? Et en plus, elle nous place en délégation de pouvoir vis-à-vis de Macron.
  • Que l’on insiste sur la rivalité sur les capitaux et le défi posé par les BRICS
  • Que l’on renforce l’importance des défis communs à relever, et pas seulement la paix en soi (inégalités, emploi, climat, services publics, industrialisation nouvelle)
  • Que l’on conteste l’idée que la Russie est une menace militaire pour la France
  • D’introduire le rôle du comportement expansionniste de l’OTAN
  • Que l’on modifie ce qui est dit sur l’industrie de défense en insérant d’une part l’exigence de technologies duales, civil/militaire, et de donner une priorité à l’emploi-formation et à la recherche, tout en maintenant l’idée de réorientation de ces dépenses en contenu et de pôle public.

0 comments on “Comité national du 1er février 2025 interventions de Jean-Marc Durand, Denis Durand, Frédéric Boccarra

Laisser un commentaire

En savoir plus sur En Avant Le Manifeste

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture