Non classé

Le comité national du PCF s’est réuni le 19 octobre 2024, interventions de Frédéric Boccara et Denis Durand

Construire pour l’avenir, en s’adressant d’abord à celles et ceux qui luttent, les mobiliser. contrer le profond brouillage politique menée par Le Pen et Macron, ainsi que Barnier. Résister et construire. Voilà ce qui doit nous guider. Cette campagne sera utile et couronnée de succès si notre l'intervention auprès des salariés est vraiment porteuse de toute la cohérence de notre projet communiste, et de toute son audace. Par exemple, l’emploi bien sûr, mais avec la formation car l’objectif n’est rien de moins que l’émancipation de toutes les capacités humaines. Quant aux explications sur le financement des propositions, la bonne méthode n’est pas d’en faire un paragraphe juxtaposé au reste, car objectifs, moyens et pouvoirs font partie d’une même cohérence.

L’ordre du jour portait sur La situation politique et notre campagne contre l’austérité pour l’emploi dans l’industrie et les services publics et vote d’un plan de travail pour notre campagne Echanges sur la conférence nationale et d’autres sujets notamment sur une déclaration sur la guerre en Ukraine et d’une déclaration sur la guerre au Proche-Orient.

Frédéric Boccara

Je demande un débat de notre Direction nationale, le CN, pour un positionnement sur le vote du PCF concernant la proposition de loi du RN d’abrogation de la réforme des retraites. Ceci, d’autant plus que Fabien vient de nous apprendre qu’il voterait pour, s’il était député.

Je comprends les pressions qui s’exercent en ce sens, par différents électeurs, tout particulièrement dans les milieux populaires. Pour autant, je ne suis pas pour que nous la votions.

L’argument principal pour ne pas voter cette proposition de loi du RN ? C’est une proposition démagogique et qui cherche à faire perdre tous les repères politiques. La preuve en est : elle est non financée. La voter serait une faute politique. Ce serait, en outre, contribuer à installer Le Pen et le RN comme pivot de la vie politique française et à sa banalisation.

Est-ce que voter cette proposition permettrait à certains de partir plus tôt ? Eh bien non. Car en réalité, il est plus que probable que ce vote ne changera rien à leur situation, que la réforme des retraites ne soit pas abrogée, puisque le Sénat où la droite est majoritaire peut inverser un vote de l’Assemblée, s’il a l’appui du gouvernement. Et il l’a. Car c’est le gouvernement qui décide, in fine, si le texte d’une commission mixte paritaire (Sénat-Assemblée nationale) est soumis au vote.

Bien sûr, cette proposition du RN trouble. Particulièrement celles et ceux qui souffrent au travail et n’en peuvent plus. Mais nous pouvons nous expliquer. Et d’ailleurs, à qui voulons-nous parler d’abord, alors que nous sommes électoralement autour de 3% ? Parlons déjà à celles et ceux qui se mobilisent, aux militants de la CGT, qui d’ailleurs avec S. Binet dénonce la « tartuferie » de cette proposition et a le courage de mettre en œuvre sans faiblesse le principe selon lequel on ne peut pas à la fois être membre de la CGT et se réclamer d’une appartenance au RN dans la vie politique. Elle appelle à ne pas la voter et à amender très profondément le PLFSS, avec des propositions de financement. Parlons d’abord à « notre monde », à celles et ceux qui sont avec nous.

Qu’est-ce que le PCF ? Ce n’est pas un parti comme les autres. Il s’est constitué, en 1920, après la faillite de la SFIO au Parlement, en 1914 et après, tout particulièrement pour ne pas être soumis à la tactique parlementaire. C’est un parti de lutte, révolutionnaire, qui ose développer sa propre analyse.

Il est plus clair et porteur d’avenir pour le PCF de :

  • dénoncer la posture démagogique et hypocrite du RN
  • prendre acte du rapport des forces
  • mener la bataille sur le financement, en proposant durant la discussion du PLFSS un amendement sur le financement des retraites avec nos propositions
  • donner des repères politiques

C’est pour cela que nous avons demandé à Fabien une conférence de presse commune du Secrétaire national et de la Commission économique. Elle rendra publiques les analyses et propositions du parti sur le Budget et le PLFSS. Fabien a accepté. Nous y travaillons, pour le bien du parti, quelles que soient nos différences. C’est Jean-Marc qui y interviendra pour la Commission et nous avons bon espoir que des parlementaires communistes y participent.

Il faut surtout que les communistes puissent s’emparer du fond de l’analyse et des propositions de cette conférence, par exemple nos propositions pour un autre financement des retraites. Et ceci en lien avec la campagne « emploi-formation » (réduite de façon erronée à l’emploi tout seul, et en désaccord avec noter décision de septembre) voire comme premier temps de cette campagne. Cette campagne ne peut pas être une campagne « localiste », elle doit aussi porter des propositions politiques nationales, en lien avec les luttes et réalités locales et comme débouché à celles-ci.

Construire pour l’avenir, s’adresser d’abord à celles et ceux qui luttent, les mobiliser. Ne pas participer à l’opération profonde de brouillage politique menée par Le Pen et Macron, ainsi que Barnier, et dont ceci est un épisode supplémentaire. Résister et construire. Voilà ce qui doit nous guider.

Denis Durand

Le but de la campagne pour l’emploi et la formation dans l’industrie et les services publics est, bien sûr, de renforcer notre organisation et nos contacts avec le monde syndical, et il y en a grand besoin. Mais, plus profondément, je crois que nous devrions la concevoir avant tout comme une campagne pour changer le rapport des forces politiques dans le pays.

Cela peut paraître présomptueux vu l’état de ce rapport de forces. Mais malheureusement, l’extrême-droite étant ce qu’elle est dans notre pays, un Parti communiste n’a pas le droit de considérer son emprise sur les esprits, et l’imminence de son accession au pouvoir, comme des fait acquis.

Faire reculer cette emprise dans la classe ouvrière, dans le salariat avec toute la diversité des couches qui le composent, est vital car c’est là que l’abstention et le vote RN font le plus de ravage. Aucune tactique d’alliances ne dispensera de cette tâche. La clé est dans notre contribution au développement des luttes sociales, politiques et écologiques.

Toute l’expérience syndicale montre que pour qu’une lutte revendicative soit gagnante, il faut qu’elle soit porteuse d’une perspective, d’une alternative aux logiques patronales. Lorsqu’un rapport de forces s’établit, l’argument ultime des patrons est d’évoquer les contraintes de la concurrence, la mondialisation, la rentabilité. Les syndicalistes ont besoin d’idées pour répliquer que cet argument est faux, qu’une autre logique économique, sociale, écologique, culturelle, politique… est possible. C’est là que nous intervenons car mener une lutte à la victoire, c’est combattre en permanence deux tentations qui existent chez les travailleurs : soit, au nom d’un supposé « réalisme », se résigner à « négocier le poids des chaînes » ; soit mourir debout et, apprendre, lorsque l’usine est fermée, que des collègues se suicident.

C’est ce désespoir qui nourrit l’influence du Rassemblement national.

Donc, cette campagne sera utile et couronnée de succès si notre intervention auprès des salariés est vraiment porteuse de toute la cohérence de notre projet communiste, et de toute son audace. Par exemple, l’emploi bien sûr, mais avec la formation car l’objectif n’est rien de moins que l’émancipation de toutes les capacités humaines. Quant aux explications sur le financement des propositions, la bonne méthode n’est pas d’en faire un paragraphe juxtaposé au reste, car objectifs, moyens et pouvoirs font partie d’une même cohérence.

C’est de cette façon que nous pouvons vraiment nous dégager de la vision social-démocrate qui consistait à dire : « un jour, nous ferons la révolution socialiste mais ce n’est pas pour demain ; en attendant, gérons loyalement le capital ». Une des causes de la montée de l’extrême-droite est que cette vision, qui a eu tant de succès au siècle dernier, est apparue objectivement périmée car aujourd’hui la société ne peut pas résoudre le moindre problème sans se heurter tout de suite à la logique du capital. Le communisme n’est pas là, et le capitalisme ne sera aboli que si le projet de son dépassement vient dès aujourd’hui nourrir et renforcer les luttes qui travaillent notre société.

Le même raisonnement s’applique en réalité à l’ensemble de l’actualité politique. Par exemple, en 2023, contrairement à ce qu’on a peut-être pu croire sur le moment, nous n’avons pas contribué à renforcer le mouvement pour les retraites en acceptant, au nom de l’unité, de rabattre la bataille sur la seule revendication du retrait de la réforme, alors que les manifestants réclamaient la retraite à 60 ans. Nous aurions été plus efficaces et plus unitaires en mettant davantage en avant cet objectif et les moyens de le financer en orientant l’argent, et la création monétaire, vers la création de richesses par le développement de l’emploi et de la formation. Et nous aurions été moins embarrassés par la manœuvre parlementaire du RN et sa proposition purement démagogique, non financée, d’« abrogation » de la réforme Macron. Voter cette proposition de loi, ce serait mettre en difficulté le mouvement syndical et faillir à notre devoir de lutter pied à pied pour faire reculer l’emprise de l’extrême-droite sur les esprits.

Pour en revenir de façon concrète à la campagne Emploi-formation pour l’industrie et les services publics, je serais favorable à structurer nos interventions dans les entreprises autour de l’enchaînement de trois arguments :

  1. Il est possible – mais cela exige une logique radicalement opposée à celle du capital – de conquérir les moyens financiers, donc économiques et politiques, d’un développement tout à fait nouveau, social et écologique, de l’industrie et des services public répondant aux attentes des salarié.e.s et de toute la société.
  2. Cela suppose non seulement une action de l’État mais il faut aussi que des choses changent dans les entreprises, dans l’utilisation des profits et des crédits bancaires qui y est faite.
  3. Dans chaque groupe de l’industrie ou des services, il existe des propositions et des mobilisations, souvent d’origine syndicale, qui doivent être connues, popularisées, débattues, complétées… avec le mouvement syndical et l’ensemble des citoyennes et citoyens.

4 comments on “Le comité national du PCF s’est réuni le 19 octobre 2024, interventions de Frédéric Boccara et Denis Durand

  1. PIERRE ASSANTE

    Tout à fait d’accord avec ces deux interventions.
    On a discuté dans ce sens, avant l’heure, à partir des analyses précedentes sur la crise systémique, l’emploi, la dette etc… et les propositions de mise en oeuvre conjointe, à la « formation de section »
    Mais on n’était que 6 ……
    Pierrot

  2. Martine Randriamanantena

    C’est d’une logique évidente. Il faut insister sur les « contraintes » ou nécessités économiques de nos objectifs , nous départir des contraintes et du carcan de la social-démocratie. Un objectif clair avec un chemin clair et net pour y parvenir . Nous ne sommes pas un syndicat , quoique la CGT peut être assez révolutionnaire, nous sommes un parti politique et nous voulons le communisme . Est-ce que les salariés , ou travailleurs, savent ce que serait la chute du capitalisme , ce qu’est la prise de pouvoir du travail sur le capital ? Notre vocabulaire a un sens : les riches , les pauvres, les classes moyennes, certes ça existe , mais , comme l’abrogation de la réforme des retraites , ces mots ne donnent pas les clés des moyens d’un changement politique ET économique, sans lequel tout est à recommencer plus tard . C’est du camouflage. Si nous n’utilisons pas nos mots-clés et ne donnons pas nos analyses marxistes, qui les donnera ? Notre propagande écrite ou médiatique sont par trop limitées pour que nous n’insistions pas d’emblée sur une nouvelle organisation économique et politique possible, où la valeur créée par le travail n’est pas gaspillée et volée par quelques uns en France et en même temps ailleurs dans le monde ; cette nouvelle organisation, le communisme, qui l’expliquera mieux que nous en le reliant à la situation actuelle de crise systémique du capitalisme? crise qu’on peut reliée sans grand mal à chaque cas de revendication . Sinon , qui le fera? Nous sommes déjà suffisamment obligés de faire officiellement dans les media des compromis, souvent à notre dépens, du fait de l’existence du NFP . C’est juste une opinion ….

  3. GARRIC Jean-Claude

    Merci pour ces infos et ces éléments de débat tout à fait utiles sur la nième manoeuvre du RN : leur proposition d’abrogation n’est pas financée, ce qui la rend théoriquement irrecevable à l’AN. Ne faudrait-il pas lui opposer NOTRE proposition d’abrogation (car nous en avons le mandat, n’est-ce pas ?) avec NOTRE proposition de financement, ce qui permettrait de démasquer l’hypocrisie du RN et donner tout son sens à notre refus de voter celle du RN comme d’entériner les « justifications » de la droite (Macronistes compris).
    Reste ensuite à trouver un créneau pour faire mettre au vote NOTRE proposition d’abrogation (et celle du NFP sans doute) dans l’ODJ de l’AN.

  4. Besse Daniel

    RECAPITULONS : En 1969 , lors des élections présidentielles , le PCF fait 21 pour cent des voix , le candidat socialiste de la SFIO fait 5 pour cent des voix . A 21 pour cent , le PCF à l’époque se considérait  » isolé  » . Pour sortir de son  » isolement » , il lance la stratégie de l’ union de la gauche sur la base d’un programme commun . 1971 , dans un scepticisme général et le sourire moqueur des plateaux de télé , G. Marchais déclare :  » La France et le Monde entrent dans une crise profonde et durable . Cette crise est une crise structurelle du capitalisme  » . Depuis devenue systémique , crise de civilisation . 1972 , le programme commun est signé entre le PCF , le PS , les RDG , mais avec une arrière pensée de la part du PS : prendre 2 à 3 millions de voix au PCF . Mitterrand a réduit en paroles la différence entre le PCF et le PS pour faciliter le vote socialiste .  » Violente ou pacifique , la révolution c’est d’abord une rupture , celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi , avec le capitalisme , ne peut pas être adhérent du parti socialiste « . Cette façon de faire a été bénéfique pour le PS au dépend du PCF . 1981 , Mitterrand est élu président de la République . Les américains craignant l’arrivée de ministres communistes , Mittérrand les rassure en disant qu’on leur accordera 3 ou 4 strapontins . 1982 , Mitterrand écrit à Antenne 2 pour que le père Le Pen passe régulièrement sur la chaîne . Le but étant que celui-ci pompe des voix à la droite pour l’affaiblir et ouvrir un boulevard pour les candidats socialistes .  » On a intérêt à pousser le FN , ça rend la droite inéligible , c’est une chance historique pour le PS « . disait P. Bérégovoy . D’un coté baisser l’influence du PCF et de l’autre faire monter le FN . Sacré programme irresponsable . 1983 , Tournant de la rigueur . Adieu le programme commun . Les communistes quittent le gouvernement pour ne pas cautionner la politique d’austérité . Et Mitterrand de dire :  » S’ils partent , ils sont morts , s’ils restent ils sont morts « . Toujours cette idée de baisser l’influence du PCF . 1992 , le PCF appelle à voter pour un NON de gauche au référendum sur le traité de Maastricht ( le seul à gauche ) . 1997 , Gauche plurielle , Jospin renforce le régime présidentiel en inversant les élections , privatise , dit que l’Etat ne peut pas tout contre les licenciements boursiers . 2005 , le PCF appelle à voter NON lors du référendum sur la constitution libérale européenne .2007 , le PCF lance un appel à la création d’un Front de Gauche . Celui-est trahi par J L Mélenchon suite au pourcentage il tire la couverture à lui et tire à boulets rouges contre le PCF . Toujours cette idée d’affaiblir le PCF . Il est bon de rappeler que c’est le PCF qui a financé la campagne du Front de Gauche . 2012 , F. Hollande , mon ennemie c’est la finance , je ne signerai pas le pacte de stabilité préparé par Sarkozy et Merckel . Aussitôt élu président , aussitôt signé . Baisse des dotations d’Etat envers les collectivités locales , augmentation de la TVA , casse du code du travail ( El Komeri ) , cadeaux aux grandes entreprises sans contre partie . Il se rend à la City à Londres 1ère place financière , il leur dit :  » Vous ne risquez rien , il n’y a plus de communistes en France  » . Mais l’extrême droite , elle , continue de monter . 2014 , le PCF dénonce la réforme des collectivités territoriales qui éloigne les services publics et les lieux de décisions des citoyens-nes et réclame un référendum . 2017 , E. Macron ( ancien ministre de Hollande ) est élu président de la République . Toujours la politique d’austérité au profit de la finance . Le régime devient de plus en plus autoritaire , le vote des citoyens-nes n’est pas respecté . Depuis 1982 , PS et droite ont utilisé l’extrême droite pour se faire élire ou réélire pensant qu’au 2ème tour les citoyens-nes feront barrage à l’extrême droite . Résultat : 2024 , plus de 140 députés d’extrême droite entre à l’ Assemblée Nationale . Malgré toutes nos alertes , le PCF ne tire aucun gain ( mis à part à la Libération ) . Pourquoi ? Je pense que l’effondrement des pays dits socialistes a troublé beaucoup de travailleurs et de PC . Les alliances à gauche se sont faites au bénéfice de la social-démocratie . Nous nous sommes noyés , effacés dans des alliances à hégémonie social-démocrates reconverties au social-libéralisme qui ont géré loyalement le capital pendant 40 ans . Cela a laissé un espace pour l’extrême droite .  » On a essayé la droite , la gauche disent des citoyens-nes « . Le PCF doit rassembler sur une position de classe en gardant son autonomie pour un rassemblement populaire majoritaire . Pour aider les luttes immédiates il doit gagner la bataille des idées en mettant en avant ses propositions : prendre le pouvoir sur l’argent , sortir de la dictature du taux de profit et de l’étatisme . Taxer les riches , mieux répartir les richesses , bien sûr il faut le faire , mais cela ne suffit pas ,il faut changer les rapports sociaux et de production . Faire la différence entre le socialisme utopique de la social-démocratie , le socialisme autoritaire soviétique ( les deux étant étatiques ) avec la voie autogestionnaire que propose les travaux de Paul Boccara . Pour des luttes immédiates avec perspective communiste , abonnez-vous à Economie et Politique .

Répondre à Besse DanielAnnuler la réponse.

En savoir plus sur En Avant Le Manifeste

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture