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Conseil National du PCF du 12 juillet 2024. Résolution et interventions de Jean Marc Durand. Denis Durand. Frédéric Boccara.

Dès à présent, le PCF appelle ses organisations, fédérations, sections et cellules, à prendre des initiatives de luttes et de débat, partout dans le pays, en direction des forces du mouvement social, du monde du travail et de la création, de la jeunesse, des citoyen·nes.

Publié le 13 juillet 2024

Résolution du Conseil national du PCF – 12.07.2024

Au lendemain des élections législatives, nous vivons un moment historique.

Notre pays affronte une crise sans précédent, résultant de la politique du président de la République et des forces qui l’ont porté, de la crise du capitalisme mondialisé et de ses spécificités dans notre pays. Cette crise française est lourde de dangers, comme de potentialités.

Le pire a été évité pour la France.

Le scénario d’une majorité absolue du Rassemblement National à l’Assemblée a été déjoué. C’est le résultat de la forte mobilisation de nos concitoyens et concitoyennes et du choix des forces républicaines de lui faire barrage dans l’entre-deux tours, à commencer par celles du Nouveau front populaire en se désistant au profit du candidat le mieux placé en cas de risque d’élection d’un candidat du RN.

Avec plus de 10 millions de voix rassemblées dès le premier tour du scrutin et près d’un quart des député·es à l’issue du second tour, le Rassemblement National demeure néanmoins un très grave danger pour notre République et la démocratie. Fidèle à son histoire, le PCF est pleinement engagé dans l’indispensable mobilisation contre les idées d’extrême droite, son projet raciste, identitaire et xénophobe, l’imposture sociale et le climatoscepticisme du Rassemblement National.

Les Français et les Françaises, dans la diversité de leur vote, ont porté le Nouveau front populaire en tête du scrutin. Même sans majorité parlementaire, c’est une première victoire !

Face au choix d’une dissolution brutale par le président de la République, c’est le résultat d’une mobilisation populaire inédite.

Les Français·es ont manifesté par leur vote leur attente de salaires dignes, d’emplois de qualité, de services publics reconstruits, de protection dans tous les aspects de la vie quotidienne et de lutte contre le réchauffement climatique. Ils et elles se sont aussi massivement mobilisé·es pour contrer l’accession au pouvoir de l’extrême droite qui mettrait en œuvre une austérité aggravée et la préférence nationale, légitimant les paroles et les actes racistes les plus odieux.

Le PCF insiste sur le rôle important des forces syndicales et associatives du pays qui ont pleinement participé de la mobilisation populaire.

Il salue la déclaration intersyndicale du 11 juillet, partage pleinement la nécessité que les exigences sociales qu’elle comporte soient entendues, et affirme le rôle décisif de la démocratie sociale pour y parvenir. Il rappelle en ce sens la proposition du Nouveau front populaire d’une grande conférence sociale sur les salaires, l’emploi et la qualification.

Avec près de 200 député·es, le Nouveau front populaire s’impose comme la première coalition à l’Assemblée nationale.

Les député·es communistes sont d’ores et déjà en capacité de former un groupe parlementaire avec plusieurs député·es d’outre-mer, avec la culture de travail parlementaire lié à cette spécificité.

Il appartient désormais au président de la République, tirant les conséquences des résultats des élections législatives, de nommer un·e Premier·ère ministre issu·e du Nouveau Front populaire permettant ainsi la constitution d’un gouvernement du Nouveau front populaire.

Le PCF appelle en cohérence ses partenaires à accélérer nos efforts politiques pour :

  • composer un gouvernement avec comme Première ministre Huguette Bello, Présidente du Conseil régional de La Réunion.
  • engager dès à présent le dialogue avec les forces vives du pays, forces syndicales et associatives, dont l’apport sera déterminant pour la conquête d’avancées sociales et démocratiques ; à proposer dès la semaine prochaine une rencontre à l’intersyndicale.

Le PCF agira en pleine autonomie et sera une force motrice de propositions et d’initiatives dans les semaines et les mois qui viennent pour l’élargissement et l’approfondissement de la dynamique du Nouveau front populaire.

Nous voulons le rassemblement majoritaire de notre peuple pour ouvrir de nouveaux jours heureux pour la France.

Dès cet été, nous pouvons abroger la contre-réforme des retraites, augmenter les salaires et les pensions, commencer à réparer et développer les services publics tels que l’école et l’hôpital. Dès cet été, nous pouvons transformer les vies de millions de nos concitoyen·nes.

Réussir impliquera une intervention populaire forte et durable et de clarifier les débats qui traversent toutes les forces de gauche et écologistes, de chercher à en faire bouger les lignes, de travailler à des convergences de contenu et d’action. C’est le sens de nos propositions de financement d’une politique de changement par une autre utilisation de l’argent et de pouvoirs nouveaux d’interventions des salarié·es dans les entreprises et les institutions.

Elargir notre rassemblement impliquera de permettre aux secteurs du monde du travail qui vivent ou sont employés dans les anciens bassins industriels ou les territoires dits périphériques ou ruraux de se reconnaître dans l’alternative que nous portons.

La bataille prioritaire de la période qui s’ouvre consiste à unir et remobiliser les forces du travail et les catégories populaires sur la base de leurs attentes. Nous voulons dissiper le sentiment d’impuissance comme le découragement, et faire ainsi reculer la démagogie identitaire de l’extrême droite.

Aussi, le PCF lance aujourd’hui un appel à des Etats généraux permettant de débattre localement et nationalement avec les forces vives du pays, forces politiques du Nouveau front populaire, forces syndicales et associatives, et l’ensemble de nos concitoyen·nes. Ces Etats généraux décentralisés pourraient permettre de mener en grand le débat dans le pays sur le travail, la République sociale, féministe et démocratique, les grands défis environnementaux et climatiques et une voix souveraine de la France pour changer l’Europe et le monde. Un tel débat devra également permettre de travailler la cohérence entre les objectifs sociaux, les moyens financiers et les pouvoirs pour les atteindre.

Dès à présent, le PCF appelle ses organisations, fédérations, sections et cellules, à prendre des initiatives de luttes et de débat, partout dans le pays, en direction des forces du mouvement social, du monde du travail et de la création, de la jeunesse, des citoyen·nes. Nous répondrons présent·es aux rassemblements organisés par les syndicats le 18 juillet prochain.

Paris, le 12.07.2024

Parti communiste français.

Interventions de Jean Marc Durand

Nous sommes dans une crise politique certes inédite mais pas totalement surprenante. Ça couve depuis un moment : gilets jaunes, émeutes de 2023, déni de démocratie avec l’utilisation à répétition du 49.3 et un pouvoir de plus en plus autoritaire.

Cette crise traduit une crise globale -économique, sociale, écologique, démocratique- avec au cœur le capital et ses exigences de rentabilité alors que la courbe fléchit.

Le déclic de l’épisode actuel de crise, c’est le résultat de l’élection européenne, élection à propos de l’importance de laquelle des camarades avaient alerté sans forcément avoir été entendus.

Donc, ne pas oublier cet élément déclencheur qui montre à quel point il est urgent de se préoccuper de ce qui se passe en France en même temps que d’intervenir au niveau européen avec la question centrale de l’argent, de son utilisation et par conséquent du rôle déterminant de la BCE, de sa politique monétaire et de son contrôle.

Une élection européenne qui a été pour nous un échec avec une répercussion importante sur notre influence et aussi par ricochet sur la construction du Nouveau Front Populaire, son évolution, ses contenus, son fonctionnement.

Dans cette situation, nous allons devoir inévitablement prendre le temps nécessaire pour analyser la phase que nous venons de traverser et cela avec tous les communistes en s’engageant à respecter vraiment leurs choix. Ce temps pourrait au final s’incarner dans la tenue d’une conférence nationale.

Pour l’heure, l’actualité c’est comment dépasser la situation issue de la décision de dissolution de Macron dont la politique a été totalement désavoué (ajouter pour en avoir la matérialisation, les voix du RN et du NFP, car beaucoup de votes du RN sont un vote sanction à la politique actuelle). Un Macron qui n’a pas hésité à générer une crise institutionnelle, un Macron qui n’a pas hésité non plus à mettre en selle le RN. Car son choix de dissolution n’est pas qu’une tocade ! Il renvoie à une certaine impuissance mais surtout à une situation de blocage de la société entre les exigences du capital par exemple, de réduction la dépense publique, et un peuple qui accepte de plus en plus mal de se serrer la ceinture avec l’éventualité d’une explosion sociale. Dans ce contexte pour le Medef et le capital, le RN peut représenter le moyen de faire passer une austérité renforcée.

Face à cela, l’inattendu a été la réaction populaire et la construction en un temps record du Nouveau Front Populaire qui a clairement traduit un ressaisissement du peuple. Un NFP qui du fait du front républicain se retrouve le 1er groupe à l’assemblée nationale et qui du même coup est en situation d’incarner finalement au mieux les aspirations populaires au changement et donc de gouverner.

Cela dit, rien ne va être facile, on s’en rend d’ailleurs immédiatement compte car le NFP n’a pas la majorité à l’assemblée nationale et gouverner dans de telles conditions ne sera pas chose aisée sauf à immédiatement s’en remettre, en appeler à l’intervention populaire avec le rôle très important des organisations syndicales. Sinon attention au retour de bâton. Une réaction à ce stade à certaines interventions : dire : « allons-y mais çà ne peut durer que très peu de temps » m’interroge beaucoup notamment au regard de ce qu’une éventualité préparerait…

En tant que parti communiste, nous devons tout faire pour encourager l’intervention populaire et les luttes ; d’où le besoin de soutenir l’appel à l’action du 18 juillet. Mais nous avons aussi l’obligation de travailler dans le même mouvement notre renforcement à partir du débat d’idées et de contenus et de démultiplier le débat public par exemple dans des forums du Nouveau Front Populaire en inscrivant au cœur des discussions les questions économiques : financement -crédit, banques, fiscalité-, services publics comme moyens de réorienter fondamentalement la politique du pays, les droits sociaux -intervention et pouvoirs-, la protection sociale.

Intervention N° 2 : Quels débats des communistes dans la situation actuelle ?

La situation du parti est aujourd’hui très délicate pour ne pas dire plus et beaucoup de camarades s’interrogent sur son avenir. Dire cela ce n’est pas jouer au dramaturge mais faire le constat d’un état bien réel.

Un problème de fond nous est posé. A quoi les gens peuvent identifier le parti aujourd’hui à part des passages médias qui nous rendent sympathiques mai qui je le dirai comme ça, ne mettent pas de beurre dans les épinards.

Dès lors la question qui se pose de façon centrale est donc bien celle des contenus, du projet, des idées identificatrices. Et là le bât blesse, cela depuis un moment déjà qui remonte avant le 38ème congrès et que ce congrès avait pour ambition de corriger fondamentalement. Malheureusement, les décisions de ce congrès n’ont été que très peu suivies d’effet dans la vie et l’activité du parti et la situation d’avant a ainsi pour l’essentiel perduré après. Pourtant nous avons des matériaux sur lesquels nous appuyer et irriguer la société. Par exemple : la SEF, le coût du capital, la Sécu, les services publics, la paix, les pouvoirs, l’argent (BCE, pôle bancaire et financier, fiscalité mais des entreprises et non prioritairement du patrimoine qui n’est qu’une solution de replâtrage).

Comment faire ? A mon avis cela passe par engager des campagnes, des batailles, sur ces thèmes. Cela passe par le souci permanent d’irriguer et de susciter les luttes avec ce qui fait partie de l’ADN du PCF l’articulation entre bataille d’idées et luttes de terrain.

Et c’est à partir de cela que nous allons, pas à pas reconquérir un électorat, retisser des liens notamment à l’entreprise et avec les organisations syndicales.

Et c’est ainsi que nous retrouverons une influence électorale, que nous ferons la différence avec les autres, non pas pour le plaisir de nous singulariser mais pour le mouvement révolutionnaire et construire un changement réel. Par exemple, notamment avec LFI, car aujourd’hui pourquoi voter PCF plutôt que LFI ? C’est d’ailleurs le malheur auquel nous ont conduit des années de confusion entretenue par notre choix en faveur de J-L Mélenchon.

Et c’est en retrouvant une influence électorale que nous regagnerons des élus.es. Ce qui nous permettra de sortir d’une démarche par trop électoraliste, reposant en permanence et de plus en plus sur des jeux d’alliances qui ne font au fur et à mesure que nous marginaliser idéologiquement et en tant que force organisée.

C’est tout cela qui doit être la matrice d’un bilan sans concession de la dernière période au centre duquel les questions de fonctionnement et de démocratie internes doivent être traitées et réglées. A mon sens le bon format pour finaliser ce travail serait celui d’une conférence nationale. Et j’y reviens avec les questions de direction, leur fonctionnement et leur rôle traitées en parallèle avec la transformation de notre activité ; par exemple : se donner des objectifs précis d’initiative, de campagne et d’action, les inscrire dans la durée et en assurer le suivi que ce soit des campagnes menées en direction du peuple ou des débats relatifs à notre propre organisation.

Intervention de Denis Durand.

Nous savons bien ici pourquoi Macron n’hésite pas à précipiter le pays dans une crise politique qui menace la République : son seul programme est d’aligner coûte que coûte la France sur les exigences du capital. Or, celui-ci est au pied du mur. Le CAC40 a beau claironner des dividendes mirifiques, il a de plus en plus de mal à dégager le taux de profit exigé par les marchés financiers. Dans une économie saignée à blanc par l’obsession de la rentabilité, il n’y parvient qu’à coups d’aides publiques astronomiques, et par les milliers de milliards d’euros que les banques centrales déversent sur les marchés financiers. Ils n’ont pas le choix. Pour continuer cette course à l’abîme, il leur faut absolument précariser les emplois, culpabiliser les chômeurs, détruire les retraites et la Sécurité sociale, sacrifier la formation et la recherche, affamer les services publics. Les 25 milliards de restrictions budgétaires annoncées par Bruno Le Maire au moment même où Macron écrit sa lettre aux Français sont un message tout à fait clair.

Et c’est pourquoi Macron ne cesse, depuis son entrée en fonctions, de se heurter à un refus de notre peuple. C’est des profondeurs du pays qu’est venu le mouvement qui a imposé, jusqu’ici, une unité de la gauche dans le Nouveau Front populaire, puis l’échec du RN au deuxième tour.

Le comportement de Macron répond aux attentes de toute une part du patronat qui juge désormais que la seule façon de briser cette résistance pourrait être de livrer le pouvoir d’État à l’extrême-droite, comme cela s’est fait en Italie, avec l’espoir que son action soit circonscrite au cadre fixé par la BCE et les autres institutions européennes.

Face à cette menace, la légitimité du NFP pour gouverner, c’est que c’est la seule force en présence qui propose ce que veulent nos concitoyennes et concitoyens, c’est-à-dire autre chose que la politique de Macron.

L’urgence est donc, dans un rapport de forces très défavorable, de tout faire pour faire grandir les mobilisations populaires en faveur des revendications sociales et écologiques exprimées par l’intersyndicale, qui figurent plus ou moins dans le programme du Nouveau Front populaire. Cela suppose de mener bataille sur les moyens économiques et financiers de les réaliser. Mais rien n’est acquis, l’intervention populaire est vitale. Les gens attendent des actes tout de suite, pas dans six mois.

Tout le monde salue le combat digne et courageux de la CGT mais il ne faut pas la laisser seule. C’est là que notre parti a une responsabilité, et des moyens d’agir. Pas seulement sur le terrain parlementaire mais dans les luttes et dans la bataille d’idées. Il faut donc ajouter, dans la résolution qui nous est soumise, un soutien aux rassemblements syndicaux du 18 juillet.

Malgré notre affaiblissement, nous avons les moyens de jouer un rôle très important. Notre travail sur les moyens économiques et politiques d’une nouvelle logique économique, capable de faire réussir une politique de gauche, a du poids. On l’a constaté dans la dernière campagne pour les élections législatives. Par exemple dans les discussions entre partis du Nouveau Front populaire sur le scénario économique qui permettrait la réalisation du programme de la gauche, que nous avons pu influencer de façon significative. Mais aussi dans des circonscriptions où ce sont des candidats socialistes, Verts, voire Insoumis qui ont fait appel à nos camarades pour donner les arguments qu’attendent les électeurs sur les moyens d’augmenter les salaires par exemple.

C’est normal que nous ayons un avantage sur ce terrain puisque cette cohérence entre objectifs, moyens et pouvoirs est au cœur de notre projet communiste

Frapper le capital au cœur en orientant le crédit vers l’emploi, la formation, la recherche, le soutien au TPE-PME, une nouvelle industrialisation écologique : cela doit figurer dans la résolution.

Fabien a évoqué des défaites idéologiques subies face à l’extrême-droite. Mais on ne peut pas gagner des batailles idéologiques si on commence par décider de ne pas les mener, comme cela a été fait pour les élections européennes. N’attendons pas qu’il soit trop tard pour tirer les leçons de la défaite, lourde de conséquences, par laquelle elles se sont soldées.

On peut mettre en œuvre très concrètement cette orientation en mettant fortement en valeur, dès nos prochaines initiatives, la bataille contre le coût du capital, pour la sécurisation de l’emploi et de la formation, pour les services publics, pour une nouvelle mondialisation… C’est la voie à suivre pour sauver le Parti et pour sauver le pays du fascisme.

Cela suppose une réorientation profonde de notre action et de notre fonctionnement puisqu’il s’agit de faire ce que nous ne faisons pas vraiment depuis un an, à savoir mettre en œuvre les orientations décidées par les communistes dans nos congrès.

Interventions de Frédéric Boccara

Première intervention

Avant le début des débats, je demande que soit désignée une commission pour prendre en compte les amendements proposés sur la résolution politique, afin qu’ils soient traités collectivement, comme c’est l’usage dans le parti, et non par une seule personne, comme c’est malheureusement devenu le cas depuis un ou deux ans.

Deuxième intervention

Concernant la proposition d’Huguette Bello.

Je ne la connais pas, mais Fabien a eu pleinement raison de proposer son nom. En revanche, je ne suis pas pour que le parti, en tant que tel, reprenne cette proposition et la vote, car cela risque de nous enfermer, y compris par rapport à des exigences que nous devons avoir. Cela, en outre, majore beaucoup trop la question du 1er ministre au détriment d’exprimer des exigences de fond et d’éclairer le mouvement populaire dessus. Je m’abstiendrai donc, s’il y a un vote.

Troisième intervention

  1. Ce qui s’est exprimé par le vote aux législatives
  • Le rejet de Macron et de sa politique, avec deux questions majeures : le type d’exercice méprisant du pouvoir et la réforme des retraites, mais au-delà, l’austérité, sur laquelle nous devons insister car elle fait système et fédère

– La montée de l’extrême-droite et du fascisme, car c’est bien de cela qu’il s’agit, même si 10 millions de voix pour l’extrême-droite, cela ne veut pas dire 10 millions de fascistes, mais c’est toujours ainsi que le fascisme se développe et s’installe

– Un sursaut considérable de notre peuple pour rejeter l’extrême-droite

– avec un Nouveau Front populaire imposé par la pression populaire, et qui recèle une dynamique bien différente de celle de la NUPES, avec en particulier l’implication du mouvement syndicale, la non-hégémonie de LFI et la relativisation de la personne de Jean-Luc Mélenchon, même si de façon contradictoire le PS et les éléments social-démocrates non gauchistes, voire socio-libéraux, pèsent plus lourd…

– Par ailleurs on a un début de remontée du clivage gauche-droite, ce qui est une bonne chose, sans négliger ce qui se passe du côté de personnalités comme D. de Villepin.

– Enfin, la remontée du débat économique ― notamment sur la faisabilité du programme du NFP et sur les impôts ― est une chose que nous devrions saisir, car elle exprime une volonté de cohérence, de la part des gens, de sortir des promesses en l’air. Et nous devrons voir à quel point nous sommes bien placés pour relever ce défi.

  1. Il faudra analyser la « séquence » électorale (législatives et européennes) et nos décisions.

Il faudra analyser cela au regard de nos 38è et 39ècongrès, dont somme toute le contenu est largement passé à la trappe. Il faudra aussi analyser le fonctionnement de nos directions, notamment de la Direction nationale.

Une conférence nationale est nécessaire. Dans un format large, de type « assemblée des animateurs de section », à 700-800 délégués, précédée d’un large débat dans le parti, par un maximum de communistes.

  1. La situation actuelle.

Une dynamique est possible mais elle sera difficile. Il faut être déterminé pour changer et en même temps ne pas faire monter d’illusions.

L’enjeu, c’est donner la priorité au mouvement populaire, favoriser l’intervention.

  • Mettre la pression sur Macron
  • Qu’il insiste sur ce qui compte, non seulement les exigences sociales mais les moyens et pouvoirs démocratiques nécessaires à leur mise en œuvre

Il ne faudrait pas retarder une fois de plus les transformations politiques nécessaires sur les moyens financiers, au risque d’échouer gravement et de laisser le mouvement populaire sans boussole.

J’ai apprécié que nos interventions publiques insistent sur le besoin de développer le NFP et sa dynamique. Ne nous lançons pas dans des zigs-zags et la préparation de retournements d’alliances : restons sur le NFP, et si on va au-delà en termes de périmètre politique, c’est pour appliquer le programme du NFP.

Il nous faut coller au « mouvement » et notamment à la volonté de changement. Pour cela, je pense qu’il faut clarifier les exigences, non pas dans le sens de choisir au sein du programme mais dans le sens des « premières mesures »

Si notre priorité est le mouvement social, ce que je crois, nous ne devons pas seulement lister des exigences sociales (salaires et pensions, loi retraites, services publics, loi migration) mais surtout ― c’est notre rôle de communistes ― insister sur le besoin d’une cohérence entre ces exigences et des moyens financiers et institutionnels (pouvoirs nouveaux).

Plus précisément, (1) la grande question du changement de comportement des entreprises et de leur gestion, pour lesquels le levier financier est décisif (banques et aides publiques à réorienter), en lien avec des pouvoirs démocratiques, (2) du pouvoir sur les entreprises, avec des nouveaux pouvoirs à l’intérieur et des institutions nouvelles de planification sociale et écologique, démocratiques, à partir des territoires, jusqu’au niveau national (3) les services publics et leur financement, pour l’emploi et la formation, (4) l’international et l’Europe, dont la question de la BCE.

Ces éléments sont dans le programme du Nouveau Front populaire ! Donc raison de plus pour les mettre en avant, en montrant la logique implicite du programme du NFP.

Il faut y ajouter la conférence sociale sur les salaires, l’emploi, la formation et le travail. C’est fondamental. Elle est dans le programme du Nouveau Front populaire, mais en plus elle peut permettre de nourrir une dynamique et de mettre fortement en selle le mouvement syndical et associatif, ce qui est ultra-décisif !

  1. Il faut donc développer le débat économique

Le début de montée du débat économique est une chose que nous devons soigner. Ce n’est pas neutre. Elle exprime, pour une part, le refus populaire d’accepter des promesses bidon et donc de savoir comment tout cela serait financé et viable.

N’oublions pas non plus que l’expérience de gauche de 1981-82 s’est fracassée sur la montée des déficits extérieurs, la « compétitivité » internationale et les gestions des entreprises pourtant nationalisées. Et les gens le savent. D’ailleurs c’est aux européennes de juillet 1984 que Le Pen réalise une percée historique, en grimpant d’un coup à presque 11% et notre parti tombe à 11%, alors que nous n’osons pas dénoncer les difficultés économiques du gouvernement de gauche, en pointer les enjeux de fond, faire monter la pression et, tout en manifestant la veille avec les sidérurgistes lorrains, nous proclamons au contraire que le bilan du gouvernement de gauche est « supérieur au Front populaire et à la Libération réunies », ceci malgré les alertes de la CGT qui par la voix d’Henri Krasucki « sonne le tocsin » depuis janvier, en restant sur la réalisation d’objectifs sociaux, sans pointer précisément leur financement, ni la domination de la gestion des entreprises nationalisées par la rentabilité financière.

Le débat a porté tout particulièrement sur la question des impôts : une fiscalité excessive a été dénoncée et a été un des éléments importants de la campagne de nos adversaires, qui a freiné le Nouveau Front populaire.

Précisément peut-on tout financer par la fiscalité ? Nous pensons que c’est d’une part négliger le rôle décisif des banques, pour faire des avances. C’est d’autre part négliger le rôle de la croissance du PIB (donc de la production, y compris l’activité des services publics) pour « avaler » en quelque sorte la dette et les avances : par une croissance importante disposer d’une masse de revenus beaucoup plus importante pour prélever les ressources mais aussi amoindrir le poids de la dette dans le ratio Dette/PIB. Précisément, le groupe de travail sur le chiffrage, auquel Denis, Nicolas Sensu et moi avons participé, n’a pas voulu malgré notre insistance chiffrer le PIB supplémentaire qu’amènerait la mise en œuvre du programme, ni les créations d’emploi1. Or, nous (commission économique) le chiffrons à environ 600 Md€ de PIB en plus en 5 ans, donc au moins 200 Md€ les deux ou trois premières années… ce qui allège bien des choses. Même à type de fiscalité inchangée… C’est une des conséquences majeures du refus de l’austérité qui est porté par le NFP2 !

Plus généralement, plutôt que de se centrer sur les impôts, la logique que nous proposons ― et qui est présente aussi bien dans la logique du programme ― est : une forte impulsion de « demande » (injection de revenus par des avances massives) ; des transformations « structurelles » (des pouvoirs et des financements, avec un volet de négociations européennes et internationales) pour s’assurer que cette demande est bien orientée (vers les capacités humaines, baisse du coût du capital, services publics, production écologique et sociale) ; elle génère son revenu par une production (une « offre ») écologique et sociale, efficace économiquement et s’enclenche un processus qui commence à s’auto-entretenir et à résorber, ensuite, le poids de la dette.

La mobilisation populaire est absolument nécessaire pour cela. Et ceci à chaque étape. Comment aide-t-on à cette intervention populaire ? Et à lui donner les éléments clés dans les mains. Ce doit être cela notre boussole.

Or, je dois donner au CN une information sur la conférence de presse du NFP sur sa logique économique et son chiffrage. Nous avions gagné plusieurs choses importantes sur la logique dans les négociations, où Denis et moi représentions le parti, avec N. Sansu. Y compris sur le sujet du SMIC et des PME, mais aussi le rôle des banques ou des nouveaux pouvoirs des travailleurs, ou encore la baisse du coût du capital et les entreprises. La direction du parti (qui ? et pourquoi ?) a interdit aux négociateurs communistes d’intervenir à cette conférence de presse, alors que pour les trois autres (LFI, Verts, PS) ce sont les négociateurs qui ont participé ! Ils ont chacun apporté leur vision de la logique économique. Mais l’intervention du parti, par I. Brossat, ne l’a pas fait, ce qui invisibilisé les enjeux principaux, n’apportant pas grand-chose. Alors qu’il était possible et nécessaire de donner notre éclairage communiste de façon unitaire et constructive. Outre le fonctionnement qui interpelle, ainsi que la façon dont sont traités les camarades, c’est une forme nouvelle d’effacement du parti qui se poursuit : l’effacement de ses idées ! C’est grave. Et cela n’augure pas bien de la façon dont nous continuons à nous comporter au sommet dans les alliances.

  1. Aider à l’intervention populaire

Notre priorité et notre boussole, ce doit être d’aider à l’intervention populaire. En conséquence :

  • Je propose de changer l’esprit de la déclaration en donnant à l’intervention une toute autre importance et en commençant par elle
  • Nous devons faire monter les exigences sociales, et à leur appui nos propositions. Je demande
    • que soit organisé un travail collectif de la direction nationale et d’un certain nombre de secteurs, dont la commission économique, pour identifier les premières mesures nécessaires et formuler la cohérence qui les rend viables
    • une conférence de presse pour présenter ceci
    • que nous organisions un dialogue public avec les organisations syndicales, à une échéance à déterminer, pour donner à voir et mettre en scène ces exigences sociales et les exigences de financement et de pouvoirs nouveaux permettant leur viabilité
  • Je propose que soit lancée une campagne de débat dans le pays et de formation des communistes sur les exigences pour une réussite du programme social du Nouveau Front Populaire, pour une clarification. Est-ce le support d’une campagne positive du parti sur L’emploi et la formation (ou sur la SEF), sur le coût du capital, sur la mondialisation ou sur la dette ? Cela reste à voir. Je n’ai pas d’opinion arrêtée.
  • Je demande que notre déclaration appuie les manifestations du 18 juillet, à l’appel de la CGT

Concernant la participation communiste à un gouvernement. Si la question est posée, il faut d’une part que cela soit avec le périmètre ― au moins ― de l’ensemble du NFP. Et il nous faut poser des exigences fortes sur le social (salaires, retraites, abrogation de la loi immigration), sur le pôle public bancaire, pour les services publics, contre les licenciements et la loi sur l’assurance chômage, pour engager des négociations européennes sur l’austérité et internationales sur les traités de libre-échange.

Quatrième intervention : débat sur le parti et les suites

Il faut je crois repartir du 38è congrès. Les communistes ont exprimé de façon majoritaire l’exigence d’une réorientation du parti contre son effacement. Et en fait, nous avons progressé en visibilité du parti en tant que sigle et étiquette politique, avec notamment notre présence à la présidentielle. Mais l’effacement des idées du parti a encore progressé. Tout particulièrement sur les questions que nous jugeons centrales, comme l’expriment nos congrès, comme celles de la Sécurité d’emploi ou de formation, celle d’une autre utilisation de l’argent, celle de la contestation de la logique du capital avec la conjugaison d’autres pouvoirs dans les entreprises et d’un autre rôle des banques.

Les 38è et 39è congrès ont pourtant exprimé des contenus. Contenus auxquels on semble avoir tourné le dos, quand on écoute notre discours public médiatique (le discours aux militants c’est autre chose).

La campagne des élections européennes en a été une illustration tragique ! Alors que lors des réunions du CN, comme lors de notre « conférence européenne », l’expression majoritaire a été de récuser le souverainisme en se prononçant en faveur d’une nouvelle souveraineté, notre tête de liste n’a eu de cesse de formuler l’option du parti comme étant « souverainiste » ! Or c’est assez grave d’utiliser ce mot dans cette période. De même, il s’est déclaré « protectionniste ». Enfin, je ne citerai qu’un autre point, mais qui me semble déterminant.

Alors qu’on nous a affirmé en CN, ici même, avec de grands effets de manche, de Ch. Picquet par exemple, que notre proposition de Fonds européen pour les services publics est une proposition absolument « majeure et centrale », elle n’a pas du tout été portée publiquement dans la campagne par notre tête de liste. Aucun dispositif n’a d’ailleurs été mis en place permettant de l’appuyer et l’outiller en ce sens. Pourtant l’austérité et les services publics étaient centraux, y compris dans le vote d’extrême droite. En ce sens, pourquoi n’avoir pas cherché à montrer que Macron, la droite et l’extrême-droite ont en commun de préconiser l’austérité ? Ce n’est pas faute d’avoir fourni de l’argumentaire et du décodage en ce sens. De même nous pouvions travailler la gauche et le débat à gauche sur cette question de l’austérité. Il s’agissait de nous placer d’abord en contestation de Macron et de sa politique, parce que c’est lui qui avait les manettes du pouvoir, et ensuite de dénoncer les escrocs de la question sociale, voire d’autres. Sans parler de l’orientation fort défaillante sur la paix et l’Ukraine.

Nous avons pourtant été nombreux à « mouiller la chemise » loyalement. Un appel national a été même lancé, à l’occasion d’une réunion publique à Antraigues sur Volane en Ardèche, pour les services publics. Il a été signé par plus de 4.000 personnes, y compris des syndicalistes et élus significatifs, et des intellectuels. Il a publié en toute fin de campagne par l’Huma, qui a eu raison. Mais, s’il témoigne du potentiel existant, c’était bien trop tard.

Revenons à notre parti. La question du travail collectif et du fonctionnement des directions me semble cruciale. Tout particulièrement celui de la direction nationale.

Alors se pose bien sûr une question d’identification du PCF. Mais quand dans une élection nationale on ne porte pas les questions de fond du Parti, celles qu’adopte le parti, y compris à ses congrès, cela pose question. Cela renvoie à l’électoralisme, qui fait que pour cause d’élection et avec une vision à courte vue, on fait ― comme par le passé ― passer les alliances et les illusoires possibilités d’élus devant les contenus, devant la bataille politique de fond et l’intervention populaire. Mais une élection, cela ne devrait-il pas être pour nous d’abord un grand moment de pédagogie populaire ? Un moment de pédagogie populaire visant l’intervention.

Le 38è et le 39è portent une ossature d’idées pour un nouveau parti communiste français, un PCF du 21è siècle. Il faut en tout cas une novation communiste dont beaucoup d’éléments de fond existent, n’en faisons pas table rase, d’autant plus que, comme on dit, cela n’a jamais encore été essayé. Il faut se l’approprier et ne pas traiter la question uniquement par l’angle des « pratiques » militantes, même si c’est un sujet réel.

Alors, il va y avoir une consultation des communistes. Il n’est pas réaliste, à mon sens vu les calendriers de date du prochain congrès et des échéances municipales, d’organiser un congrès extraordinaire, même si cela pourrait se justifier. Je souhaite en tout cas qu’elle débouche sur une conférence nationale « grand angle » et nombreuse, de type « assemblée nationale des animateurs de section, à 700-800 participants. Mais ce ne peut être qu’un aboutissement, il faut auparavant un processus de débat large dans le parti, favorisant l’implication de chaque communiste.

Tout un ensemble de questions doivent être examinées.

  • Mais quels sujets de fond et de contenu ?
  • De même, quelle campagne de renforcement du PCF ? Elle demande des « gestes d’orga ». Mais ce ne peut être une simple campagne « d’orga » voire administrative. Elle doit être portée par une campagne de fond. Sur quoi doit porter cette campagne de fond ? La SEF < (sécurité d’emploi ou de formation) ? Cette question est centrale dans les orientations que nous avons adoptées et elle relève les défis du 21è siècle, sans rien lâcher sur la contestation du capital, et donc sur l’exigence révolutionnaire. Mais, disons, il y a façon et façon d’engager une telle campagne. La campagne pourrait plutôt être « l’emploi et la formation pour répondre aux difficultés du pays ». Et sur cette base on avance la SEF, la question du coût du capital, etc. Et l’on peut déboucher sur des actions possibles, ou l’organisation d’actions. D’où l’intérêt de prendre sa carte au PCF. Cela demande un effort précis et rigoureux de formation des communistes en vue d’une telle campagne.
  • Le fonctionnement et l’organisation de nos directions doit lui aussi être discuté.

Bref, pour moi, face à une nouvelle société qui se cherche et vieux capitalisme travaillé par le neuf, il faut répondre « novation du PCF » !

1 Nos partenaires ont considéré que la seule prévision attendue était une prévision de dépenses et recettes de l’Etat, s’enfermant à l’avance pour le débat qui allait venir et ne voyant pas, de surcroît, l’enjeu majeur des entreprises et des banques. Cependant, sur l’enjeu des entreprises et des banques, même s’ils n’en ont pas tiré toutes les conséquences, nous avons obtenue des avancées intéressantes dans le document qui présente la logique économique du programme du Nouveau Front Populaire.

2 Et de la bataille d’idées qui n’a pas été menée aux élections européennes

4 comments on “Conseil National du PCF du 12 juillet 2024. Résolution et interventions de Jean Marc Durand. Denis Durand. Frédéric Boccara.

  1. PIERRE ASSANTE

    MERCI !

  2. Besse Daniel

    Avec la baisse du taux de profit , la sociale-démocratie aussi n’a plus d’espace , d’ou sa mutation vers le social-libéralisme qui gère loyalement le capital .

  3. Besse Daniel

    Dans son intervention F. Boccara dit :  » On progresse en visibilité du Parti en tant que  » sigle  » et étiquette politique ( je pense à notre logo ) . Il n’est pas connu , il est tout petit sur nos affiches . Celui de la FI est connu il fait environ 40 par 30 . On le voit partout . La FI peut coller son logo à coté de nos affiches , c’est elle qui récupère nos revendications . Beaucoup de travailleurs-euse ne savent pas qu’on a changé de logo .

  4. Besse Daniel

    Pour se démarquer du socialisme utopique et du socialisme autoritaire , les travaux de Paul Boccara font référence à la voie autogestionnaire et on en parle pas . Beaucoup pensent que nous sommes sur le  » modèle  » soviétique . Quand on parle de communisme on nous renvoie à ce qui s’est fait en son nom . La veille d’élections importantes ils y a des films des documentaires dans les médias qui nous le rappellent . Je pense qu’il faut se démarquer , les autres partis de gauche n’ont que des « solutions » étatiques qui ont échouées .

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