Intervention de Denis Durand
Tout doit être fait pour que le Nouveau Front populaire batte Macron et le RN. De ce point de vue, croire que l’unité de candidature à elle seule suffira à faire battre le RN, ce serait prendre un risque que nous ne pouvons pas nous offrir dans les circonstances présentes. Pour que l’extrême-droite soit battue, il faut la faire reculer dans les consciences. Si difficile que paraisse cette tâche, c’est un enjeu dès le 30 juin, quand tout va se jouer.
Mais d’où vient la force du Rassemblement national ? Il vient d’abord de la crise sociale. Mais aussi d’un travail idéologique profond, patient, mené sur des décennies, qui a construit l’influence de l’extrême-droite dans les milieux populaires. Et enfin de la faiblesse de la gauche. Le choc de 2002 qui annonçait celui d’aujourd’hui, c’est le rejet de Jospin, c’est la manifestation, en France, de l’échec, dans la crise du capitalisme monopoliste d’État, de la social-démocratie identifiée à l’État providence. Or, depuis vingt ans, la gauche a été incapable de renouveler son projet de société. Elle reste imbue d’un étatisme qui croit pouvoir corriger par l’impôt les méfaits du capital, sans lui disputer son pouvoir sur l’économie. Pourtant, si nous voulons résister efficacement au RN et construire une alternative qui réponde à la colère, aux angoisses et aux exigences de nos concitoyens, il faut leur donner très vite les signaux qui les convaincront que la gauche ne propose pas de répéter ce qu’ils ont rejeté avec tant de déception en 2002 et en 2017.
Or, nous avons travaillé, et nous avons approuvé à une très large majorité, au 38ème congrès, puis au 39ème, une orientation qui donne une cohérence, celle d’un projet de civilisation, à des mesures immédiates, pouvant ouvrir un débouché aux luttes et faire partie d’un programme législatif. Malheureusement, dans la campagne pour les élections européennes, le choix a été fait de mettre ce projet de côté pour se contenter d’une campagne d’image. Je ne rappelle pas aujourd’hui les débats que nous avons eus dans cette instance mais les résultats de dimanche dernier confirment que nous nous sommes désarmés nous-mêmes, et que nous avons désarmé la gauche, face au RN et face à Macron.
Ne commettons pas à nouveau cette erreur, même sous prétexte d’un rapport de forces encore plus défavorable qu’il y a six mois. Il faut avoir le courage, même et surtout dans ce rapport de forces, de mener bataille pour que la gauche intègre dans les propositions qu’elle va mettre en avant d’ici les législatives une composante révolutionnaire, touchant au pouvoir du capital qui est essentiellement un pouvoir sur l’utilisation de l’argent. La possibilité de résister et de construire pour couper la route du pouvoir au fascisme en dépend.
Intervention de Thalia Denape
Un nouveau Front populaire se concrétise et par celui-ci nous répondons à la demande populaire de candidatures uniques à gauche dans toutes les circonscriptions. Mais la demande de nos concitoyens ne s’arrête pas là : ils nous demandent de construire une véritable alternative à la politique de Macron. Nous ne pouvons pas nous arrêter à un nombre de circonscriptions et à des noms de candidats, puis croiser les doigts en espérant que cela passe.
Soyons lucides, les résultats sont très incertains. Jordan Bardella est annoncé gagnant par de nombreux médias et instituts de sondages. Les résultats de la gauche sont historiquement très bas (ce n’est pas la première fois que nous le disons) et pour une raison centrale : la gauche n’a pas incarné l’alternative à la politique de Macron. Nous n’avons pas été identifiés à un changement radical et crédible que ce soit pendant la campagne des européennes, mais en fait depuis plusieurs décennies. Nous devons acter ce bilan et l’affronter enfin, avant que cela ne soit plus possible. Le moment historique que nous vivons peut en être l’occasion.
Le seul moyen pour que cette union soit victorieuse, c’est d’apporter des contenus radicaux et ambitieux (car nous devons pouvons pas être seulement dans la résistance), mais surtout crédibles à la campagne. Et il n’y a que le PCF qui peut porter cela car ce ne sont pas nos alliés du jour qui le feront. Ceux-ci sont bloqués sur une vision étroite des perspectives politiques qui s’incarneraient dans l’Etat, en invisibilisant le rôle des entreprises et des banques. Il faut leur permettre de voir au-delà !
Qu’est ce que le PCF peut apporter à ce front populaire ? : la question des pouvoirs (de l’Etat, mais aussi et surtout dans les entreprises, les banques) et des moyens financiers du progrès social. Nous allons nous accorder avec les autres partis sur des propositions communes : être contre la réforme des retraites, contre l’austérité, pour l’augmentation des salaires, etc. mais le PCF peut apporter la crédibilité de ces propositions, c’est-à-dire comment financer en reprenant au capital le pouvoir sur l’utilisation de l’argent et sa création, un vrai projet de réponses aux besoins sociaux et écologiques.
Nous devons voir que la question centrale est le contrôle de l’argent, de son utilisation, sinon, nous serons à nouveau en échec. Il faut dépasser une gauche de la répartition. J’ai la conviction que le peuple de gauche le sent, même si c’est encore confusément. Cet après-midi, Macron en conférence de presse prévient que ce qu’il appelle «l’extrême gauche », en faisant référence aux insoumis, va ruiner la France. En fait, ce n’est pas tout à fait exact car J-L Mélenchon ou un autre membre du front populaire, s’il est au pouvoir, ne pourra pas mettre en place les réformes sociales qu’il prétend défendre sans un vrai projet de prise de pouvoir sur l’utilisation de l’argent. Aujourd’hui, les perspectives de hausse des dépenses publiques nécessaires pour aboutir aux objectifs sociaux déclenchent la contre-attaque des marchés financiers qui augmentent les taux d’intérêts, les investisseurs revendent les actions qui financent les entreprises, et menacent la ruine du pays. Ainsi, nous devons prendre notre ennemi, le capital, au sérieux dans sa capacité à tout faire pour nous empêcher de mener à bien le changement social. Si une réforme de la fiscalité est absolument nécessaire, la taxation des profits ― même à 100% ― ne suffira pas à mener à bien nos objectifs. Entres autres, la nationalisation des grandes banques, les pouvoirs dont doivent disposer les travailleurs et l’instauration d’un nouveau type de crédit pour échapper aux marchés financiers doivent être portés. Ce peut être notre apport politique au véritable mouvement populaire qui commence à se lever, et dans lequel nous pouvons beaucoup apporter. Nous pouvons en être le ciment.
Cela nous demandera de mener un vrai rapport de force. Et pour cela, nous aurons besoin des militants du PCF. Mon dernier point sera pour eux : les militants sont en attente de retour et de débat. L’exaspération d’être ignorés, laissés sans directive dans la marche à suivre, écartés des processus de décision, monte. Le temps serré que nous avons pour nous mettre d’accord risque de sacrifier notre démocratie interne, mais aussi ― surtout ― la force des communistes, c’est de s’appuyer sur tous ces militants, c’est leur activité possible dans tous les comités décentralisés du Nouveau Front populaire. Nous avons besoin de nos militants, alors qu’ils sont fatigués des derniers mois, qu’ils sont inquiets pour leur pays, pour mener la campagne qui nous attend. Outillons-les sur ces grandes questions décisives, du « mur de l’argent », sur lesquelles la gauche bute depuis tant d’années… et qui n’exigent pas seulement du volontarisme, mais aussi nos idées radicales et réalistes, qui peuvent répondre aux interrogations populaires du mouvement.


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