Conseil National

Conseil National des 3 et 4 février 2024

Interventions d'Evelyne Ternant , Denis Durant, Frédéric Boccara

Interventions d’Evelyne Ternant

première intervention

Une crise du capitalisme

La crise agricole est une crise de plus à mettre au compte du capitalisme : l’agriculture est insérée dans un système dominé par le capital : à l’amont par l’agro-business des engrais, des phytosanitaires et de l’alimentation animale ; à l’aval par l’industrie agro-aliment aire et la grande distribution agricole ; elle est enfin dominée par les banques avec l’énorme endettement des jeunes dès leur installation, et ensuite un enchaînement continu de dettes. Cet encerclement par le capital exerce une énorme pression pour augmenter sans cesse la productivité par hectare et par tête, dans une logique qui élimine le travail vivant, comme dans les autres activités, et qui épuise les sols au risque de les rendre stériles. Ce modèle atteint aujourd’hui ses limites et met en difficulté jusqu’aux plus grosses exploitations, ce qui explique l’unité du mouvement de protestation, depuis les grands céréaliers jusqu’aux petites exploitations d’élevage de montagne : une unité toutefois ne se retrouve pas dans les revendications.

Des réponses politiques qui aggravent l’impasse du modèle actuel
Non seulement le gouvernement et l’Union européenne ne répondent pas à l’enjeu de la rémunération du travail paysan par des prix minimum, mais ils tentent de sortir de la crise par un moins disant écologique scandaleux : a suppression des 4 % de jachères est une tromperie lourde de conséquences sur la biodiversité : c’était une revendication des plus gros exploitants européens, ceux de l’est de l’Allemagne aux fermes de 1000 ha, ceux des Pays-Bas et des céréaliers de la Beauce. Les petites et moyennes exploitations, qui ont souvent des infrastructures agroécologiques en haies, bosquets fossés, répondent plus facilement à cette obligation. Le recul sur les objectifs de pesticides et herbicides du plan français « Ecophyto » est une atteinte grave à la santé, à commencer par celle des paysans. Les dirigeants de la FNSEA, en collusion avec l’agro-business, contribuent à dévoyer le mouvement contre les « normes ».

Le chausses trappe du protectionnisme
L’extrême droite se saisit de la crise agricole, de l’aberration des importations à prix cassés et hors normes européennes pour faire avancer ses idées de préférence nationale et antiécologiques. Nous devons veiller à ne pas tomber dans les ornières d’un protectionnisme nationaliste. Notre hostilité au libre-échange ne signifie pas repli national, mais commercé international maîtrisé, dans un but de partage et d’élévation des normes sociales et environnementales. Nous sommes pour des protections nationales coopératives, pas pour un protectionnisme nationaliste.
Face aux entrées de produits ne répondant pas aux normes environnementales, c’est la « clause de sauvegarde sanitaire » de l’OMC qui doit être activée, c’est-à-dire l’interdiction d’entrée, et pas une réponse par des taxes à l’entrée : les taxes en effet n’empêchent pas la circulation des produits dangereux, et poussent encore au dumping social et environnemental pour faire baisser les prix , malgré les taxes. Or, l’Union Européenne, qui et à la recherche de ressources propres pour rembourser l’emprunt mutualisé souscrit après la pandémie, peut être tentée par cette réponse par les taxes, qui reste dans la logique de flux commerciaux non maîtrisés.
Les responsabilités politiques
Nous ne pouvons pas taire les responsabilités politiques dans les difficultés de l’agriculture provoquées par le développement insensé du libre-échange.
D’abord la responsabilité de ceux qui à gauche, ont soutenu les traités européens qui au nom de la « libre concurrence » en font une référence absolue des relations économiques internationales.
Il y a ensuite les responsabilités de ceux qui ont approuvé les 40 accords commerciaux signés par l’Union Européennes. Même si ces accords sont une compétence de la commission, ils passent néanmoins par un mandat et un suivi du Conseil européen, et ils peuvent être bloqués par un Etat membre, comme le fait la France actuellement avec le Mercosur. De plus, ils passent par un vote au parlement, qui peut mettre un veto. Le dernier accord commercial voté par le parlement, en novembre dernier, avec la Nouvelle Zélande, catastrophique pour la viande ovine et les produits laitiers, l’a été avec une majorité écrasante (524 voix contre 80) grâce aux votes des socio-démocrates et des écologistes des autres pays, qui ont abondé ceux de la droite. Parmi les parlementaires français, seuls les macronistes l’ont voté. Raillant l’isolement des opposants français, l’un d’entre eux a dit : « Nous serons la seule force politique française capable d’assumer la vision [de cet accord], les autres délégations restant dans un carcan idéologique dépassé » !!!!
Rapahel Glucksman et Marie Toussaint ne l’ont certes pas voté, mais ils s’apprêtent quand même à rejoindre des groupes fervents partisans du libre-échange. Ceci ne doit pas être tu.

Nos propositions
Nos propositions sont plus que jamais d’actualité, en particulier :
-la réforme de la PAC, qui doit inciter au développement de l’emploi et pas au gigantisme des exploitations ;
-le partage de la valeur au sein de la chaîne agro-alimentaire, avec la mise en place de prix plancher et de coefficients multiplicateurs, à la place de cette loi Egalim inefficace.
– des prêts à taux négatifs refinancés par la banque centrale européenne pour l’installation des jeunes agriculteurs, et des renégociations pouvant aller jusqu’à des annulations pour d’autres, sous condition d’engagement dans un modèle d’agriculture écologique.

La proposition de résolution du CN est importante pour permettre aux communistes de s’emparer du sujet de l’agriculture lors de la campagne des élections européennes.

Seconde intervention

Sur la liste des Européennes

La reconquête de notre influence est un chemin difficile, où il nous faut concilier des étapes électorales, marquées par d’indispensables progressions, avec l’objectif fondamental d’indentification du parti sur les idées et les propositions transformatrices, à faire percevoir comme des réponses crédibles et efficaces pour répondre aux crises multiples que subissent les peuples.
C’est à cette cohérence entre le court terme électoral et la bataille idéologique et politique de fond qu’on peut évaluer la pertinence de notre stratégie.
Je pense que dans cette élection européenne, le court- termisme et une conception opportuniste de la campagne l’ont emporté sur nos objectifs fondamentaux. Oui, il y a de belles candidatures, comme les premières candidatures communistes féminines ou les candidatures communistes de ma région, mais je veux marquer mon insatisfaction sur la méthode et mon inquiétude sur le résultat.


1) La méthode
J’ai le ressenti d’un passage en force à diverses reprises, où il n’a pas été tenu compte des diverses remarques et souhaits exprimés au sein du CEN, qui avait assez largement pensé que la 6ème place devait revenir à une candidature communiste ; des heures de discussion pour arriver à une liste à trous, avec un changement dans les dernières 24 heures sur la 7ème place qui n’a pas été » discuté collectivement. Il semblerait même d’après l’agenda proposé que les communistes pourraient voter sur une liste non finalisée, puisqu’il est prévu un bouclage définitif de la liste après leur vote.

2) Le résultat

  1. Nous ne nous sommes pas suffisamment projetés dans l’activité des futurs parlementaires communistes, avec une approche qualitative des enjeux auxquels ils auraient à répondre et à rayonner. Les choix qui ont été faits conduisent à une faiblesse de notre groupe sur les questions économiques, financières et monétaires qui sont pourtant au cœur de la crise de l’Union Européenne. Il y avait besoin d’un élu bien au fait de ces questions.
  2. On ne peut pas être dans le déni du poids des années ni de l’impact qu’il peut avoir sur la durée d’un mandat. L’apport précieux d’André Chassaigne à la campagne pouvait très bien se faire avec autant d’efficacité à une place autre qu’éligible.
  3. Le poids des alliés politique de la gauche républicaine, avec 40% dans les 10 premiers, et une 6ème place quasi-éligible attribuée à l’Engagement d’Arnaud Montebourg, sans engagement de ce dernier, est un prix trop lourd, d’autant qu’elle est attribuée à une élue locale du territoire de Belfort dont le soutien au rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric (GE) n’est pas en cohérence avec la bataille politique que nos camarades du territoire, tout comme la direction nationale, bien seuls à gauche, ont mené avec détermination contre cette opération de bradage aussi scandaleuse que désastreuse pour la filière nucléaire, décidée sous le ministère Montebourg pendant le quinquennat Hollande. Les autres forces politiques ont en effet cru voir dans ce rachat l’ouverture d’une nouvelle page industrielle à Belfort et en France, bernées par les promesses de création d’emplois de GE. Aujourd’hui encore, elles sous-estiment les prédations commises par le capital américain.
    Des répercussions peuvent aussi se produire dans nos rapports avec les syndicalistes de la CGT, pas toujours soutenus par d’autres forces que le PCF, lors des grèves dures à GE qui ont divisé le mouvement syndical.
    C’est un choix électoral qui brouille le message sur la bataille politique que les camarades ont menée pour s’opposer au démantèlement de l’industrie des biens d’équipement destinés au secteur de l’énergie.

    Au-delà de la liste, il y a de l’inquiétude sur la manière dont nous allons mener cette campagne : il faut prendre au sérieux les alertes qui sont faites au cours du CN. Où en est-on du programme, qui a pris visiblement du retard. Il y a un manque de construction collective sur ce sujet. Comment sera-t-il négocié avec les partenaires ?
    En tant que suivie régionale, il me semblerait utile de réunir les secrétaires départementaux de la région de Bourgogne -Franche -Comté pour organiser une certaine coordination, éviter les déplacements anarchiques des candidats. Mais nous n’avons aucun lien avec le comité de campagne, et ne connaissons même pas les déplacements de Léon.
    Mes critiques et réserves n’entament en rien mon engagement dans la campagne.
    Il y a une pression à l’unanimisme des votes. J’y résiste, pour avoir avec cinquante deux ans d’adhésion au PCF connu des périodes avec lesquelles je ne voudrais pas renouer.
    Ne craignons pas le pluralisme dans le parti, c’est un acquit démocratique, qu’il s’agisse du débat, des votes ou des candidatures !

Denis Durand

Première intervention: Intervention sur la formation des militants

Chacun connaît ici l’excellent travail des camarades du secteur formation et des responsables départementaux de la formation. Ayant eu la grande satisfaction de voir de près comment l’énergie impressionnante mobilisée se traduit dans des résultats concrets, par exemple la mise en place des stages cadres régionaux, je tiens cependant à le souligner.

Car ce travail répond à une demande de formation tout aussi énorme de la part des militants du Parti. Cette soif de connaissances et de savoir-faire réfute l’opinion, parfois exprimée, que pour les communistes les idées, les textes, les théories, en somme la cause pour laquelle nous combattons, ne comptent pas beaucoup et que ce qui les motive c’est l’activité pratique pour renforcer la place de l’organisation dans l’ordre institutionnel existant. Opposer les deux n’a pas de sens.

Or on connaît depuis quelques années une situation bizarre : dans les stages de base, on traite de sujets très variés mais pas du projet communiste ! En particulier, la réduction du temps consacré à l’économie nous empêche de présenter les propositions du Parti dans ce domaine.

Je salue donc l’avancée importante que constitue la mention du projet communiste dans le rapport, y compris à propos du programme des stages de base. Il ne s’agit évidemment pas d’asséner nos propositions comme des dogmes, à la façon des socialistes utopiques. Il s’agit d’aider les communistes à s’approprier tout l’acquis des idées passées et présentes, et à être capables de les critiquer pour se libérer de l’idéologie dominante. C’est précisément ce qu’ont fait Marx et ses successeurs. Le rapport emploie l’expression traditionnelle d’« appropriation critique ». N’ayons pas peur de parler de « marxisme vivant », comme nous l’avons écrit dans les orientations du 39ème congrès.

Mais cela signifie qu’il faut faire entrer beaucoup de choses dans les programmes de formation. Le projet communiste, c’est de l’économie, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, de l’internationalisme… mais tout cela dans la cohérence d’un projet politique de transformation sociale radicale.

Puisqu’il faut faire des choix, cette cohérence me paraît un bon fil conducteur pour dégager l’essentiel de ce qui peut être proposé aux communistes à chaque niveau de formation.

Je prendrai l’exemple des notions essentielles d’économie politique, dont chacun s’accorde à dire qu’elles font partie du bagage qu’un stage de base doit apporter. Le risque à éviter serait que les participants d’un stage en retiennent pour l’essentiel que le travail est la source de la richesse, que les capitalistes s’approprient une partie de la richesse créée par les salariés et que par conséquent le fin du fin de la lutte des classes réside dans le conflit pour le partage de la valeur ajoutée. Si c’est seulement cela nous avons raté notre coup car tout cela est déjà dans Adam Smith, père fondateur du libéralisme, un siècle avant Le Capital ! Ce que Marx a montré, c’est le caractère profondément contradictoire du mode de production capitaliste, et ses successeurs ont analysé comment ce système a évolué, dans l’histoire, pour repousser plus ou moins efficacement ces contradictions, sans jamais les dépasser, jusqu’à la phase actuelle où elles éclatent, par exemple face au besoin d’une révolution écologique, et surtout dans la révolution informationnelle qui bouleverse désormais tout le fonctionnement de l’économie. Pour le stage de base, nous avons essayé de nous en tirer en ouvrant la séance par une vidéo de l’assemblée générale des actionnaires de Sanofi perturbée par des syndicalistes, qui fait percevoir de façon quasi-physique que l’enjeu n’est pas seulement l’inégalité des rémunérations mais la violence du pouvoir exercée par le capital et de la logique de rentabilité qu’il impose à la société. Mais on doit pouvoir faire beaucoup mieux.

Comme le dit le rapport, cela suppose, au-delà des stages, des lectures, et aussi des cursus thématiques permettant d’approfondir les différents domaines de connaissance utiles à l’activité militante.

Je pense que ce vaste programme est réalisable, on dispose de matériaux pour cela, à commencer par nos textes de congrès.

Seconde intervention

Intervention sur la riposte à Attal

Mise en cause du SMIC, suppression de l’allocation de solidarité spécifique, généralisation de l’obligation de 15 heures d’activité pour l’accès au RSA, nouvelles pressions sur les fonctionnaires… Le discours de Gabriel Attal est un discours de guerre sociale. L’inspiration est néolibérale sans doute mais c’est bien plus que cela. Ce président et ce gouvernement sont l’expression directe, sans tabou comme ils disent, du capital, de sa politique, de son coût. Et le capital est dos au mur. Une fois encaissés, les profits mirifiques qu’ils claironnent deviennent du capital, un capital qui grossit bien plus vite que les capacités de l’économie à créer des richesses. Pour rentabiliser le capital financier, il leur faut donc s’acharner contre le coût du travail, c’est-à-dire contre l’emploi, la formation, les services publics. C’est-à-dire affaiblir la source des richesses : les capacités humaines, qui sont pourtant la clé de la productivité et de l’efficacité dans la révolution informationnelle.

Tout cela ne peut continuer que que parce que les banques centrales ont sauvé la mise du capital « quoi qu’il en coûte », en 2008, en 2020, avec leurs milliers de milliards. Mais aujourd’hui, les marchés réclament le retour à l’orthodoxie. Gabriel Attal est là pour faire passer un plan de 16 milliards d’économies dans les services publics.

C’est intenable, et c’est là la définition même d’une crise. Ce n’est pas un problème seulement français, c’est une crise mondiale du capitalisme financiarisé et spécialement une crise européenne. Cette année, les États européens vont lever 1 200 milliards d’emprunts sur les marchés financiers (300 milliards pour la France). Mais les nouvelles dettes coûteront 3 % d’intérêt et non pas 0 % comme il y a deux ans.

Ce pouvoir réussit jusqu’à présent à neutraliser l’un après l’autre les mouvements sociaux, par la répression et par le minimum de concessions qui lui permettent d’entretenir la division, et, à chaque fois, de réagir en frappant encore plus fort contre les salariés, tous ceux qui vivent de leur travail, et contre les services publics.

Et si demain il n’y arrive plus, que la colère l’emporte, il y a le recours au rassemblement national qui, lui, pourra poursuivre la même orientation au service du capital avec une violence décuplée, mais en l’habillant des oripeaux idéologiques de l’extrême-droite.

Pour que les colères aujourd’hui dispersées puissent se rassembler et ainsi l’emporter, il faut qu’elles puissent se référer à un autre projet de société, à la différence de ce qui s’est fait dans la bataille des retraites, par exemple. C’est notre responsabilité car le projet communiste, c’est précisément à la fois le but d’une tout autre civilisation, une civilisation capable de de s’attaquer vraiment aux problèmes sociaux, écologiques, sociétaux, internationaux, et à la fois le chemin qui y mène dans les luttes d’aujourd’hui.

Les élections européennes sont l’occasion de mettre en avant ce projet de société. Bien sûr, ce ne sont pas nos amis de la gauche réformiste et étatiste figurant sur notre liste qui le feront, nous ne les avons pas fait venir pour ça. C’est donc l’affaire de tout le parti de donner un contenu à la campagne.

Cela nécessite une réorientation profonde de notre conception de la campagne. C’est possible car il ne s’agit, au fond, que de mettre en œuvre les choix qui ont été élaborés collectivement par les communistes.

Frédéric Boccara

Première intervention : L’enjeu des élections européennes

Je voudrais souligner l’enjeu considérable que constituent les élections européennes : à la fois le retour d’une présence communiste au parlement européen mais aussi la campagne elle-même pour des avancées de nos idées et de mobilisations populaires, comme nous y avons insisté dans le texte largement adopté à notre 39ème congrès. Elles peuvent être un moment d’accélération et de cristallisation politique que nous devons prendre très au sérieux.

Elles se déroulent dans le contexte d’une crise systémique radicale de civilisation (que certains nomment « polycrise »), d’une crise de l’Union européenne elle-même (au sens de la construction européenne) et de la perspective des élections municipales puis présidentielles avant lesquelles elles vont donner un rapport de forces électoral.

Elles se déroulent aussi après que des millions de français, d’immigrés, et d’européens, ont vécu la pandémie et le fameux « quoiqu’il en coûte » et ses milliers de milliards déversés par la BCE. Mais au moment où le tournant vers l’austérité dans toute l’UE, impulsé par la BCE (sous pression de la Federal reserve des Etats-Unis), commence à faire sentir ses durs effets. Elles se déroulent alors qu’une guerre se déroule sur le territoire européen.

Plus précisément, la France est en crise économique, avec le début d’un recul de l’emploi, la remontée du taux de chômage et, en fait, une quasi-récession (le Pib a évolué de
-0,0% au 4ème trimestre 2023 après 0,0% au trimestre précédent). L’Allemagne est en récession avec deux trimestres successifs de recul de son PIB. L’austérité fait très mal partout et les services publics sont à l’os jusqu’en Allemagne : notre camarade de Die Linke expliquait en décembre à la réunion publique de la Convergence Services Publics qu’il manque 100.000 emplois de soignants dans les hôpitaux, 14.000 enseignants et que le transport ferroviaire y est en crise, les retards de trains étant devenus « la norme ». D’après l’OIT (Organisation internationale du travail, le monde entier souffre d’une pénurie de qualifications (77% des entreprises contre 35% il y a dix ans.)

Sans compter la tourmente de crise aigüe dans laquelle les pays du Sud sont pris, avec la domination renforcée du capital.

Il y a donc un énorme potentiel de rapprochements des peuples dans leurs souffrances.
Mais le néolibéralisme s’efforce d’éviter ce rapprochement en poussant d’une part les feux des divisions, notamment nationales et identitaires avec les différents fascismes, en renforçant l’autoritarisme contre les peuples et en cachant que les institutions continuent d’arroser le capital de milliards.

Il nous appartient pourtant de répondre à ces colères, de porter ces colères jusqu’à des exigences politiques à partir d’une clarification de leurs causes communes.

Dans cette situation la bataille des européennes est une bataille de « projet » : faire progresser un projet, des idées, pour une alternative à partir de l’existant. C’est LE moment pour engager une bataille de fond, commençant à installer notre projet dans le paysage politique, avant les présidentielles, où là ce sera très difficile d’avancer du fond.

2) Le « bunker » de la BCE

En particulier, monte donc dans toute l’UE le besoin de financements et d’emploi et de formation tout particulièrement pour la santé, pour l’enseignement, pour le fret ferroviaire et la réponse aux besoins sociaux et écologiques. Allons-nous nous en saisir ? Cette convergence en Europe peut donner confiance et force au peuple français, elle rend crédible la possibilité d’avancer pour les solutions radicales et réalistes que nous avançons. A savoir un Fonds européen, démocratique et solidaire, pour financer à 0% les dépenses des Etats pour services publics (sans passer par-dessus la tête des Etats et, surtout, sans passer par les marchés financiers et leurs diktats). Et nous proposons ― nous exigeons ― que la BCE finance ce fonds avec une création monétaire à 0%.

Il s’agit de s’attaquer au « bunker de la BCE » ! Voilà un ordre du jour clair pour cette élection. Ne tournons pas autour du pot.

Ce « bunker » concerne aussi les agriculteurs ― quel accompagnement de la transformation agro-écologique par les banques et à quel prix ? Il est aussi au cœur des grandes questions d’une nouvelle industrialisation et de la décarbonation de notre production – qui nécessite des avances financières considérables non soumises aux exigences de la rentabilité financière.

Il existe pour cela un potentiel énorme. En France, mais aussi en Europe, notamment avec nos camarades du PGE (Parti de la gauche européenne). Nous pouvons réveiller et organiser une mobilisation sociale sur les services publics. Voilà un enjeu politique majeur de ces élections.

Or, le rapport développe l’idée que le rassemblement, ce serait surtout aller chercher « d’autres » : d’autres organisations, d’autres idées, d’autres forces politiques. « On recommence ! », avait déjà dit Pierre Garzon au dernier CN. Là, on persévère, on ne tient pas compte des alertes comme l’a dit Ozer. Et on laisse l’économie à Emmanuel Maurel, en position éligible (3è sur la liste), on laisse General Electric et Alstom à Samia Jaber (6è de liste, donc possibilité de siéger si André Chassaigne était élu et démissionnait en cours de mandat), dont je rappelle que, élue PS, elle s’était félicitée du rachat d’Alstom par General Electric !…

On recherche à tout prix des alliances avec de petites formations à tendance souverainiste, on passe notre temps dessus au lieu de discuter contenu et orientation de la liste ! Au lieu de discuter de la bataille sociale à mener pour des mobilisations populaires pour un Fonds européen pour la santé et les services publics avec l’implication de la BCE. Au lieu de discuter des priorités de la liste.

  1. Quel positionnement ?

Il va falloir mettre du contenu et des priorités !

J’en vois trois, comme je l’ai écrit dans ma lettre de candidature de juillet :

  • Les services publics
  • Une nouvelle industrialisation écologique et sociale, c’est à dire décarbonée, préservant le vivant mais aussi partant des besoins sociaux citoyens, et reposant sur l’emploi de qualité (bien rémunéré, bien formé, etc.) et l’intervention des travailleurs dans la gestion avec de nouveaux droits
  • Un nouvel ordre du monde : la paix (processus de paix pour l’Ukraine, sortir de l’OTAN, cessez le feu à Gaza, reconnaissance de l’Etat palestinien) et un nouvel ordre économique international (Afrique, une monnaie commune mondiale alternative au dollar, combattre la domination impérialiste étasunienne, appuyer la dimension progressiste du mouvement des BRICS, Cuba, d’autres traités économiques internationaux que ceux du libre-échangisme, refondre l’OMC comme Organisation de maîtrise du commerce mondial pour le développement des biens communs, maîtrise de l’activité des multinationales).

Il va y avoir besoin de faire grandir une orientation communiste dans cette liste ! Il va y avoir besoin de notre apport communiste, de fond.

Notre conception de l’UE et de la bataille sur l’UE, c’est de récuser les postures d’accompagnement ou de conciliation avec le néolibéralisme et le fédéralisme, telle celle des sociaux-libéraux ou de EELV. C’est aussi de récuser la posture à la Mélenchon qui consiste à annoncer qu’on va tout casser (dans ce cas, ce sont les ouvriers et les salariés qui paient !) et finalement ne pas faire grand’chose.

Nous proposons un chemin radical et réaliste, contre la logique du capital, reposant sur l’intervention populaire et la favorisant à tous les niveaux.

Cela met au-devant de ce qui doit être notre bataille les grandes questions de démocratie et d’argent. Cela veut dire aussi donner un autre sens à l’Union européenne.

Notre conception de l’UE ne se réduit pas à la phrase-formule « union de peuples et de nations libres et associées ». C’est aussi la coopération et la nécessité de partager des forces pour un autre modèle social en Europe, reposant sur l’emploi de qualité, la formation, les services publics, l’apport progressiste aux biens communs dans le monde. Partager les forces, c’est par exemple, partager la force de la création monétaire commune et la mettre au service de ces buts.

  1. Notre liste

J’observe, entre autres, qu’il n’y a pas de candidat de la banlieue rouge. C’est un grave problème. Y vivant depuis des années, y travaillant depuis longtemps, cela me désole politiquement. Ce n’est pas un bon choix.

J’observe aussi que les communistes ne vont pas pouvoir discuter, se saisir de la discussion de la liste, mais seulement pouvoir la ratifier. C’est un problème.

J’en prends acte. Tout cela ne facilite pas la bataille que nous allons mener pour les européennes et c’est bien dommage. La discussion politique n’a pas eu lieu. Je ne sais pas ce que l’on craint dans un parti uni à plus 80% lors du congrès sur un texte que nous sommes très nombreux ici à avoir porté. Je crains au contraire que l’on revienne à des démarches électoralistes telles celles récusées par les communistes au 38ème congrès et qu’on ne tourne le dos à l’orientation initiée à ce même 38ème congrès grâce, alors, à l’expression et à l’intervention des communistes.

  1. Que faire ?

Nous allons avoir beaucoup à faire pour faire monter une bataille sociale politique sur l’argent en Union européenne et sur la BCE. Pour faire monter une bataille sur la démocratisation et sur le sens de l’utilisation de cet argent (pour l’hôpital ou pour le capital ? Pour le vivant ou pour le capital ? Pour une autre production écologique et sociale ou pour la spéculation ? etc.).

Il va falloir développer des propositions, mais aussi développer un discours qui articule beaucoup : dénonciation et propositions. Il nous faudra continuer à débattre entre nous tout au long de la campagne pour enrichir la campagne et pour l’ajuster. Cela veut dire que le comité de campagne actuel devrait être profondément démocratisé et ouvert. Le sera-t-il ? C’est une condition si on veut réussir cette campagne et ne pas faire seulement une « campagne d’image ».

En premier lieu, il faut dès à présent renforcer dans la campagne les questions de l’utilisation de l’argent et la mise en cause immédiate de la BCE ― ne pas la renvoyer à après-demain dans d’autres traités. Avec nos propositions précises et concrètes, pas des généralités. Pourquoi ? Mais parce que dès à présent la BCE vient d’imposer l’austérité renforcée dans toute l’Europe ! Parce que la « surface » de l’UE et de l’euro permet de mettre en commun des forces pour se développer. Et qu’il va falloir des forces considérables face à la puissance du dollar, de la Fed et des marchés financiers qui, eux, renforcent la pression pour l’austérité. C’est dire le besoin de faire jonction avec ce qu’il y a de progressiste dans le projet des BRICS, et dans les pays du Sud au lieu d’être un supplétif de l’oncle Sam.

La pétition « de l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital » avait rassemblé 100.000 signatures. Allons-nous entendre ce potentiel qui existe dans notre pays, dans notre peuple et aller à sa rencontre, le renforcer et lui donner des prolongements ?

Si je suis retenu parmi les candidats, à l’issue de la consultation des communistes, je m’emploierai à mettre ma candidature au service de ces combats, pour une réussite réelle de notre campagne européenne.

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Deuxième intervention

(en réaction à l’intervention de Anne Mathaudon sur le plan climat)

La réponse au changement climatique, à savoir une décarbonation radicale de l’économie exige de changer de modèle économique et productif pour une économie véritablement « nouvelle ». Changer de modèle en respectant la planète et pour respecter la planète et le vivant.

Mais il y a débat et critiques sur le dit « Plan climat » émanant de différents secteurs de travail du parti, la commission énergie, le collectif aéronautique, la commission économie ou d’autres secteurs du parti moins formalisés. On ne peut pas faire comme si ces critiques n’existaient pas. C’est bien pour cela qu’il a été mentionné, à notre demande, que ce plan est une « version préliminaire pour concertation ». Ce plan n’a pas été adopté par le parti, ni par le CN. Nous avons besoin d’un travail collectif dessus, que les communistes s’en saisissent et en débattent. C’est tout le contraire d’une « formation » à un plan bouclé qui se prétendrait être celui du parti. Faisons confiance aux communistes, à leur apport à leur capacité de débattre. Organisons même des controverses. Cela nous apportera collectivement beaucoup.

Parmi les points en débat ― et sur lesquels qu’il faudra avancer ― je veux souligner quelques éléments.

  • On nous dit : « nous ne préconisons pas la décroissance », et on prétend que la version actuelle ne la préconise pas. Or le plan repose avant tout sur une baisse de la consommation des ménages, sur des mobilités individuelles contraintes et pas de changement du fret routier, un objectif fret ferroviaire inférieur à celui affiché par la Commission européenne. Donc sur une décroissance. Nous l’analysons comme un « plan décroissant malgré lui ». On peut en discuter, quand même !
  • Un Plan climat devrait indiquer quels secteurs se développent et comment, et quels secteurs ou activités décroissent et comment. Or il n’y a aucun récapitulatif de l’évolution de l’activité des différents secteurs dans la version actuelle du plan. Pourtant, pour faire des hypothèses d’utilisation et consommation d’énergie, il faut bien faire des hypothèses d’activité et de contenu de ces activités !
  • Aucun élément précis n’est présenté pour un nouvel aménagement du territoire.
  • On nous dit : « le Plan, dans sa version actuelle, repose sur la SEF (sécurité d’emploi ou de formation) ». Je conteste, et nous contestons cette affirmation. D’une part quasiment aucun financement n’est prévu dans le plan pour la SEF : les 193 Md€ de financement global annoncés par an sont dédiés aux seuls investissements matériels, nous a t-il été expliqué dans une réunion des auteurs du plan avec la commission économique. D’autre part la SEF est présentée comme un accompagnement subi, pour reconvertir les salariés ayant perdu leur emploi, une sorte de grande assurance-chômage, alors que nous pensons que développer l’emploi et les qualifications est nécessaire en amont pour permettre les transformations productives, l’emploi et la formation « sont causals » disons-nous. C’est en réalité un enjeu de classe très actuel : pour répondre au défi climatique faut-il dépenser prioritairement pour les femmes et les hommes (emploi, formation, …) ou pour le capital. La version actuelle du plan répond « pour le capital matériel ». En cela, elle cède, pensons-nous, à l’idéologie dominante et à la conception techniciste dite de « neutralité » du progrès technique selon, laquelle le progrès technique ne peut résider qu’en une accumulation prioritaire et accrue de capital matériel.
  • Les dépenses de R&D (autres que celles réalisées « au fil de l’eau ») ne sont pas prévues nous a-t-il été expliqué. Or c’est non seulement un gros problème, mais c’est en outre aller à l’encontre de multiples batailles syndicales, politiques et de préconisations d’augmenter la part des dépenses de R&D dans le PIB.
  • Enfin, la version actuelle du Plan n’est pas « bouclée » sur l’emploi. C’est-à-dire que les besoins d’emploi et formation pour répondre à ce que le Plan préconise ne sont pas pris en compte, ni les besoins de formateurs à tous les niveaux (enseignement primaire, secondaire, supérieur, formation continue).
  • De même sur l’international : les relations internationales de la France ne sont pas prises en compte ! Pas de « bouclage » international avec les importations exportations, ni avec la concurrence des autres pays.

Plus généralement, le financement présenté dans la version actuelle du plan est pris sur l’existant, pas d’appel à la création monétaire, contrairement à notre projet chiffré pour les présidentielles. Celui-ci était financé par un crédit, une création monétaire, qui permettait la création de richesses réelles venant ensuite et permettant d’avoir un système auto-entretenu.

Enfin, présenter un plan qui ne porte que sur l’empreinte carbone de la France, c’est ne s’intéresser qu’à 1 à 2% des émissions mondiales et faire l’impasse sur les émissions induites à l’étranger par les banques françaises et une grande partie de celles induites à l’étranger par les multinationales françaises. Or celles-ci représentent, pour le coup, au moins 8% des émissions mondiales ! Dans une optique internationaliste, donc communiste, un plan climat doit traiter ces émissions.

J’insiste donc : nous avons besoin de transformations dans ce plan climat et de développer l’apport des communistes. Je pose une question : comment organiser des formations qui permettent l’apport et l’intervention des communistes ?

Troisième intervention : sur notre politique de formation des communistes

Deux courtes remarques

  1. Il faut insister sur le fait que la formation doit combiner connaissances marxistes fondamentales (par exemple plus-value et exploitation) / nouveautés de la période historique que nous vivons (par exemple la révolution informationnelle) / soucis de décrypter les leviers et possibilité d’une intervention politique populaire
  1. Il y a une urgence pour un effort des formations sur les questions européennes. La commission économique a commencé à prendre ses responsabilités en la matière par des formations sur le rôle de la BCE et nous allons proposer un certain nombre de fiches

2 comments on “Conseil National des 3 et 4 février 2024

  1. PIERRE ASSANTE

    MERCI !

  2. Besse Daniel

    Certains camarades sont nostalgiques de ce qui s’est fait à la Libération et voudraient le reproduire . Mais c’est justement ce qui arrivé en fin de course vers la fin des années 1960 début 1970 . Aujourd’hui , il faut aller plus loin . Prendre le pouvoir sur l’argent , donner plus de pouvoirs aux citoyens dans l’entreprise pour de nouveaux critères de gestion , plus de pouvoirs dans la citée afin d’éviter l’étatisme . Le sociétal est important , mais il ne faut oublier l’économie et politique .

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