Conseil National

Conseil national du PCF tenu le 18 novembre 2023.

Les interventions : d'Evelyne Ternant , Denis Durand , Jean marc D urand

  1. Evelyne Ternant

A) Intervention sur les élections européennes

  1. Je vais commencer comme Amar par un retour sur le Forum Social Européen de Madrid, avec une perception similaire : cette rencontre a donné la mesure des divergences qui existent entre les partis de gauche européens : la crise de la gauche n’est pas circonscrite à la France !
    Pourtant, il y a une convergence de plus en plus forte des situations et des problèmes rencontrés par les peuples européens victimes des multiples crises, qu’il s’agisse des salaires, des conditions de travail, des privatisations et dégradations des services publics. Les dirigeants de la CES ( Confédération Européenne des Syndicats) l’ont bien exposé et se sont montrés offensifs sur les exigences à porter à l’échelle européenne et le besoin de luttes communes.
    Ce qui frappe, c’est donc l’écart entre le caractère offensif de la posture syndicale en Europe et la faiblesse des réponses politiques communes apportées aujourd’hui de la part d’une gauche qui se dit de transformation, en dehors toutefois des questions sociétales et internationales où les positions se sont rapprochées, sur l’immigration comme sur le rapport à l’OTAN.
    Mais les manques sont notoires, non seulement sur la question écologique évoquée par Amar et le tropisme vers la décroissance (y compris pour certains partis communistes) , mais aussi sur les questions économiques et sociales : les droits des travailleurs dans les entreprises, sur lesquels la déclaration finale ne disait mot, et que nous avons introduits a minima ; sur le financement des services publics et son rapport au crédit bancaire et à la politique monétaire de la BCE, où là encore, malgré nos interventions et l’inclusion dans le texte, on sent que nous n’avons pas gagné la bataille idéologique, même si paradoxalement, il a été dit par un représentant d’un parti non communiste que le PCF était « le pilier de la gauche européenne » ! La cohérence et la radicalité de nos propositions sont quand même perçues, à défaut d’être largement partagées..
    Cela monte la nécessité d’orienter notre campagne électorale sur les propositions novatrices que nous portons à l’échelle européenne, en particulier celle du financement monétaire d’un fonds européen économique, social et écologique, qui concrétise le potentiel d’une coopération européenne émancipée des marchés financiers et trace un chemin pour des progrès démocratiques essentiels sur la maîtrise d’une partie des moyens financiers considérables, aujourd’hui entre les mains exclusives des banquiers centraux.
  1. Véronique a souligné dans son rapport l’importance de notre participation aux euro-manifestations. La convergence avec le mouvement social se construit aussi dans des rencontres qui permettent d’approfondir les contenus et d’affiner les réponses politiques aux attentes exprimées. Le collectif « Pour un Nouvel élan des services publics (NESP) » qui réunit de très nombreuses associations de défense des services publics, des syndicats, couvre de nombreux secteurs, de la santé à l’éducation en passant par les transports et l’énergie, avait organisé des rencontres à Lure en Haute-Saône au printemps dernier. La prochaine grande initiative et une rencontre européenne sur les services publics, qui se tiendra le 16 décembre à Paris, avec l’objectif d’interpeller les listes en présence au sujet de leur programme politique sur les services publics. La présence d’une forte délégation du parti, y compris celle de Léon, me paraît importante, pour déployer une campagne de fond et de longue haleine, ne se laissant enfermer ni par les injonctions thématique des médias ni par la dictature des sondages.

    3)Quelques remarques enfin sur la question des candidatures.
    -Le premier critère me paraît être non pas l’affichage, largement illusoire dans une liste de 81 noms, mais plutôt la capacité des candidats à faire campagne, à mobiliser les communistes, à se déplacer pour participer aux initiatives locales et animer des réunions publiques. Il faut penser à de telle candidatures à l’échelle des anciennes régions, car elles ont restées la limite géographique maximum pour les déplacements raisonnables et pour l’attractivité des initiatives.
    -Il a été évoqué dans le rapport la présence de Fabien sur la lite. C’est une décision politique qui se discute. Je suis a priori sceptique sur le bien fondé de sa candidature. La visibilité du soutien ne suffit-elle pas ? On aura du mal à arguer d’une liste de rassemblement à gauche encadrée à la première et à la dernière par deux communistes, dont celui qui a la première responsabilité au parti, le secrétaire national ! Si le résultat est bon, Fabien en bénéficiera de toutes façons. S’il ne l’est pas, mieux vaut à mon avis que son nom n’y soit pas directement associé.
    Sur les déplacements de Léon : La proposition de déplacements thématiques est intéressante, car elle permet d’approfondir les sujets et d’éviter la répétition. Mais il convient de la croiser avec une répartition territoriale qui soit équitable. Cela n’a pas été le cas pour l’élection présidentielle, où le quart Nord Est du pays a été bien oublié. Il faudrait qu’au terme de la campagne, il y ait eu un déplacement de Léon par ancienne région, c’est nécessaire pour surmonter le déficit actuel de notoriété.
    Enfin il faut aussi une coordination pour le déplacement des principaux candidats : là encore, l’échelle de anciennes régions, avec l’aide de suivis régionaux peut être efficace, pour ne pas reproduire les dysfonctionnements de la dernière campagne des Européennes, où chaque fédération prenait contact directement avec les candidats, qui se sont retrouvés avec des agendas ingérables, et des déplacement tous azimuts parce que les initiatives dans des départements limitrophes n’avaient pas été coordonnées.
    La qualité du lien entre le comité de campagne et les organisations du parti, des fédérations aux instances de direction, est une des conditions de réussite de notre campagne.

B) Intervention sur la campagne de la vie chère

Il conviendrait d’articuler plus fortement notre bataille contre la vie chère avec les propositions fondamentales de notre projet, car il ne s’agit pas d’une inflation conjoncturelle , appelée à disparaître après absorption des chocs de la pandémie et de la guerre. Il s’agit d’une inflation structurelle, d’une « inflation du capital », due à des facteurs directement liés à l’organisation capitaliste du monde, tels que :

une insuffisance d’offre qui provient directement des stratégies d’implantation des multinationales ;
la soumission à des marchés spéculatifs de certains biens essentiels comme l’énergie ;
des masses de capitaux considérables accumulées dans les marchés financiers dont les exigences de rendement obèrent une part considérable de la valeur ajoutée ;
-une crise du travail, et même une crise du marché du travail , avec des pénuries, des démissions, « la « grande démission » de celles et ceux qui n’acceptent pas les conditions ou les finalités de l’emploi qui leur est proposé, ou la « démission silencieuse » de celles et ceux qui font juste ce qu’il faut pour ne pas être « virés ». La chute de productivité, qui commence à inquiéter les cercles dirigeants n’est pas « un mystère » comme titrait récemment un article du Monde : elle est due à un mode de croissance qui défait les collectifs de travail, détruit les compétences, bride la créativité des salariés sous la férule des exigences de rentabilité.
Il y a enfin la réponse des banques centrales par la hausse des taux d’intérêt qui conduit dans le mur d’une récession et écrase les budgets publics , ce qui, conjugué à l’augmentation des budgets militaires d’une économie de guerre, nous annonce une austérité sans précédent des services publics et de la protection sociale.
Voilà les ingrédients de l’inflation du capital
.
Bien sûr, face à la violence de l’attaque du pouvoir d’achat, il y a besoin de proposer des mesures d’urgence. Mais attention, attention à la focalisation actuelle sur les mesures de bocage des prix et d’indexation !

D‘abord, parce que le blocage des prix ne peut être que temporaire, le temps que les effets des mesures structurelles produisent leurs effets.
Ensuite, parce que l’indexation ne protège que partiellement de la perte de pouvoir d’achat ; elle peut de plus être utilisée par le patronat et le pouvoir politique pour brider les négociations salariales, comme l’analysent les syndicats belges où il existe une indexation. Enfin, la question salariale, qu’il faut associer à celle de la formation, exige des revalorisations bien au-delà du rattrapage de l’inflation.
Je ne prétends pas que l’exercice est facile, mais nous devrions réfléchir à la façon de rendre compréhensibles des mesures structurelles pour combattre l’inflation, par exemple :
– intervenir sur la formation des prix dans le secteur alimentaire, par le blocage des marges des firmes de l’agroalimentaire et de la grande distribution, le contrôle et le suivi des prix avec des comités associant toutes parties prenantes : producteurs, consommateurs, salariés ;
-faire reculer les pouvoirs et les critères du capital, grâce à la maîtrise publique des entreprises stratégiques, une réforme fiscale incitatrice, la conquête de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises, pour changer les stratégies des entreprises et mettre sous conditions sociales et écologiques les aides qu’elles reçoivent.
conquérir les moyens financiers du changement, en dégonflant les marchés financiers et en changer l’utilisation du crédit, grâce à la nationalisation des grandes banques.
Sans oublier l’aspect international de la lutte contre l’inflation, avec la proposition de sélectivité des financements de la BCE, et la mise en cause de l’hégémonie du dollar qui est un facteur d’inflation , en particulier pour les économies émergentes.
Notre bataille sur l’inflation doit nous aider à faire partager notre projet, parce que c’est le bon niveau des réponses. Je souhaiterais que nous engagions sur ce sujet un travail de réflexion spécifique.
Fabien a demandé des avis sur un nouveau rassemblement à la place de celui qui était prévu le 18 novembre. Je le verrais bien à une date pas trop rapprochée, en mars par exemple, précédé ici même, sous la coupole, d’une rencontre nationale avec des syndicalistes et militants associatifs, des représentants des grands services publics, des élus pour avoir des échanges approfondis sur la question de la lutte contre l’inflation. Cette rencontre nationale pourrait clôturer des rencontres similaires ayant eu lieu localement auparavant, organisées par les sections et les fédérations, aidées en cela par un travail préalable de la direction nationale pour les aider dans des argumentaires et questionnaires pour animer ces rencontres spécifiques, telles que par exemple des associations de locataires, des syndicats de l’industrie ou des services, de artisans, et même des patrons de PME et TPE.
Ce travail de réseau est important si on veut construire des batailles politiques de fond sur l’inflation réunissant largement, au-delà de notre sphère d’influence et allant au-delà de la seule et indispensable protestation publique.

2) Denis Durant

Le Parti communiste a une énorme responsabilité, devant le peuple, devant la gauche, pour montrer qu’il y a une alternative, à condition d’articuler les politiques économiques avec les luttes, dès les entreprises, pour une autre gestion des entreprises et une autre orientation des crédits bancaires, et avec un nouvel internationalisme.

Macron réussit assez bien à faire la seule chose à laquelle il s’attache : amener les Français aussi loin que possible dans la voie voulue par le capital en s’arrêtant juste au point au-delà duquel la société exploserait complètement. Il l’a réussi sur les gilets jaunes, sur le maintien de l’hôpital dans la misère malgré la pandémie, sur les retraites, sur la guerre en Ukraine et l’assujettissement de notre politique étrangère à l’OTAN, et aujourd’hui il s’y emploie à nouveau à propos du conflit au Proche-Orient. Avec comme effet de plus en plus évident de favoriser l’accession du Rassemblement national au pouvoir, sur le modèle italien.

De nombreux indices indiquent en effet que le capital a fait le choix de l’autoritarisme et de la violence, tant son système économique est en crise profonde. Les dividendes du CAC40 peuvent faire illusion mais la rentabilité des capitaux financiers ne peut plus être sauvegardée qu’au prix du sacrifice des deux sources de la richesse – le travail humain et la nature ; au prix du démantèlement systématique des services publics ; et, finalement, au prix d’un appauvrissement de toute la société.

En 2023, et peut-être plus encore en 2024, la crise frappe. Ce ne sont plus seulement les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat. L’emploi recule, le chômage et les défaillances d’entreprises remontent…

Avec la réforme du lycée professionnel, France Travail et la réforme de l’assurance chômage, c’est la flexibilisation du marché du travail et la déqualification organisée pour gérer la main-d’œuvre en flux tendu avec une formation professionnelle livrée aux entreprises.

Ces contradictions se concentrent sur les dilemmes explosifs des finances publiques.

Les hypothèses économiques du budget 2024 sont complètement irréalistes. Le Maire prétend à la fois réduire la dette, financer la transition écologique et ne pas augmenter les impôts, en avançant une hypothèse de croissance à laquelle personne ne croit (1,4 % en 2024 alors que la Banque de France dit 1 %, l’OFCE 0,8 %).

En se plaçant à la remorque de la Réserve fédérale américaine, alors que l’Europe n’a pas la liberté d’action que procure le privilège du dollar, la BCE aggrave la situation. La hausse des taux d’intérêt pourrait porter la charge de la dette de 52 milliards en 2024 à 87 milliards en 2027.

Ce budget est d’autant plus austéritaire que c’est un budget d’économie de guerre : plus de dépenses pour la défense et la « sécurité » et moins de dépenses pour le vivant (humain et écologie).

Quant au PLFSS, c’est la gestion de la pénurie à tous les étages : l’objectif national des dépenses d’assurance maladie est inférieur à la hausse des prix (3,2 % contre 4,3 %) !

Le pire, c’est peut-être la situation financière effrayante, intenable des collectivités territoriales. Le montant de leur dotation générale de fonctionnement est inférieur, en euros courants, à ce qu’il était en 2005 ! Le gouvernement veut leur imposer un nouveau « contrat de Cahors ». On peut parler de recentralisation, de dirigisme. Avec des effets immédiats sur la vie quotidienne des gens.

Les gens ne nous écouteront pas si nous nous essayons de faire croire qu’on pourra à la fois augmenter les salaires, réaliser l’égalité salariale entre hommes et femmes, réussir la retraite à 60 ans, financer la lutte contre le réchauffement climatique, réparer l’hôpital, l’Éducation nationale et les autres services publics… en se contentant de redistribuer les richesses produites sous l’empire du capital, sans commencer à mettre en cause en profondeur le pouvoir du capital dans les entreprises.

Le Parti communiste a une énorme responsabilité, devant le peuple, devant la gauche, pour montrer qu’il y a une alternative, à condition d’articuler les politiques économiques avec les luttes, dès les entreprises, pour une autre gestion des entreprises et une autre orientation des crédits bancaires, et avec un nouvel internationalisme. C’est là notre force, notre apport original à une gauche qui a cruellement besoin de renouveler son logiciel étatiste datant du siècle dernier.

Concrètement, il faut un budget pour conjurer la crise qui vient au lieu de la précipiter. Cela nécessite une nouvelle demande (salaires dans les entreprises, retraites, services publics) pour une nouvelle offre (nouvelle industrialisation, services publics), donc sécurité d’emploi et de formation et nouvelle utilisation de la création monétaire.

Les parlementaires communistes pourraient contribuer à cette jonction entre luttes dans les entreprises et politique économique en proposant d’autres critères d’aides aux entreprises, et en déposant une proposition de loi sur une modulation des cotisations sociales patronales.

2) Elections européennes

Aux élections européennes, la confrontation des projets de société pèse particulièrement fort sur les choix des électeurs et des électrices. Sous cet angle, on peut avancer quelques arguments pour rendre plus concrète la notion de « souveraineté » dans notre campagne « pour une Europe de peuples libres, souverains et associés ». 

Dans le Contrat social, lorsque Jean-Jacques Rousseau évoque le « souverain », il ne s’agit pas de monarques ou de chefs d’États mais du peuple porteur de la volonté générale. La démocratie – qui est pour nous à la fois « le but et le moyen de notre combat révolutionnaire » – c’est le peuple souverain.

Or, aujourd’hui, le peuple n’est pas souverain :

  • il n’est pas souverain en Europe, où les décisions d’une importance majeure, celles qui orientent toute l’économie, sont prises par un quarteron de gouverneurs de la BCE, nommés par les gouvernements nationaux, prétendument indépendants et en réalité à la botte des marchés financiers ;
  • il n’est pas souverain en France quand Macron piétine le Parlement, humilie les syndicats et gouverne à coups de 49-3 ;
  • il n’est pas souverain dans l’entreprise, régie par le principe de subordination constitutif du salariat capitaliste.

Notre chance, c’est de proposer, dans la campagne européenne, une voie pour conquérir une souveraineté populaire, de l’entreprise et du territoire à la nation, à l’Europe et au monde.

Cette voie consiste à joindre le vote et les luttes, ici pour un hôpital – ou par la pétition « de l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital » qui a recueilli plus de 100 000 signatures en pleine pandémie, là pour qu’une multinationale assume sa responsabilité sociale dans un territoire, comme nous l’avions fait à Belfort, à propos d’Alstom et de General Electric, non sans des effets positifs pour nos résultats aux élections régionales de 2021. Et le tout jusqu’à imposer l’utilisation de la création monétaire de la BCE pour les avances de fonds nécessaires.

Il s’agit là d’une souveraineté populaire qui n’a rien à voir avec l’exaltation de l’État national par l’extrême-droite, et qui en est même le meilleur antidote.

Notons qu’il ne faut pas confondre les services publics avec l’État. Notre projet pour les services publics, c’est de développer énormément ce qui dans l’État sert aux citoyens et aux travailleurs à prendre la maîtrise de leur vie et de la vie de la collectivité, pour dépasser ce qui dans l’État sert à réprimer au service d’intérêts de classe.

Mettons en avant ces choix fondamentaux, emblématiques de notre projet de société. Ce sera le meilleur moyen de montrer notre apport spécifique pour rassembler, et pour faire reculer Macron et le péril du Rassemblement national.

De ce point de vue, la formule « une France libre et souveraine au sein d’une Europe où les peuples sont associés pour élaborer et mettre en œuvre des projets partagés » ne prend pas en compte les mises en garde exprimées, lors de la conférence européenne du 14 octobre, et encore lors du dernier conseil national, contre le risque d’une tonalité « souverainiste » que pourrait prendre notre campagne européenne. Elle ne correspond pas aux termes employés dans la résolution de la conférence européenne.

En effet, la mention d’« une France libre et souveraine » sans préciser qu’il s’agit pour nous de conquérir la souveraineté du peuple français, prête à une ambiguïté que nos adversaires ne manqueront pas d’exploiter pour assimiler notre campagne aux discours de la droite et de l’extrême droite. Au surplus, évoquer « une Europe où les peuples sont associés pour élaborer et mettre en œuvre des projets partagés » est particulièrement maladroit. À quelle « Europe », à quelle institution supranationale ou nationale est-il prévu d’« associer » les peuples ? Notre objectif n’est-il pas que les peuples eux-mêmes soient souverains ?

Sont ainsi réintroduites les formulations des premiers textes sur les élections européennes que le débat avait pourtant permis de faire évoluer, à la demande de nombreuses interventions des délégué.e.s, pour aboutir à la résolution partagée de la conférence européenne du 14 octobre.

Le slogan « Reprenons la main » est d’ailleurs cohérent avec cette conception d’une « souveraineté nationale » qui aurait disparu, alors que le terme est inapproprié si l’on considère la « souveraineté des peuples », puisqu’elle n’a jamais existé. Souvenons-nous que toutes les décisions structurantes en Europe ont été prises avec l’assentiment des responsables politiques français, de droite comme de gauche, qui ont pleinement exercé la « souveraineté nationale », souvent contre la volonté populaire, et même contre le vote populaire en 2005 sur le TCE.

Le PCF se prononce « pour une Europe de peuples libres, souverains et associés », avec pour premier objectif « le respect de la souveraineté des peuples », conformément à la résolution de la conférence européenne, telle qu’elle a été approuvée par le vote des communistes. Ce sont bien ces orientations qui doivent inspirer la campagne.

3) Jean-Marc Durand-

a) Journée de samedi au cours du débat général.

La crise du système capitaliste est entrain de connaître un nouveau moment d’aggravation. Les chiffres du chômage en progression pour le 3ème mois consécutif ainsi que les défaillances d’entreprises en hausse en sont une traduction concrète.

Et sans doute que cela n’est qu’un début. La suite sera des répercussions en chaîne sur l’ensemble de la société, plus particulièrement sur les conditions et le niveau de vie des couches basses et moyennes avec la particularité que représentera cette nouvelle lame pour cette seconde catégorie sociale dont on peut imaginer par les temps qui courent, les effets politiques.

Face à cela, la réponse de Macron ne changera pas. Son unique boussole est de défendre le capital pour en assurer la rentabilité ce qu’il réussit d’ailleurs plutôt bien depuis qu’il est au pouvoir. Tous ses choix politiques n’ont cessé d’être guidés par cet objectif.

Le budget 2024 en est un exemple. L’hôte de Bercy, Bruno Lemaire, s’est à cette occasion livré à un exercice qui rappelle celui de la quadrature du cercle. C’est ce qu’on peut déduire des cinq objectifs contenus dans le projet de loi de finances :

  • Baisser la dépense publique,
  • Continuer à faire jouer à l’Etat le rôle d’amortisseur social
  • Réduire les prélèvements obligatoires
  • Soutenir les entreprises pour garantir les profits
  • Faire reculer le déficit et la dette

Le tout étant fondé sur des hypothèses très peu réalistes, notamment en matière de croissance, donne un caractère insincère à ce budget.

Dans ce contexte, l’urgence est de construire et d’organiser la riposte pour ouvrir une alternative. Pour cela nous devons mener de pair bataille sur les idées, sur les contenus de notre projet et l’action pour faire avancer le tout.

Notre campagne contre la vie chère peut être un moyen d’enclencher un tel processus. A cette fin elle doit être une vraie campagne impliquant une impulsion du Conseil National, de ses membres sur le terrain avec des éléments d’argumentation et un suivi régulier : point sur les pétitions et les initiatives de terrain, le tout porté à la connaissance de toutes les FD. Ça aide à mobiliser et encourage à faire là où il y a du retard ou des difficultés.

Avec cette campagne, nous disposons d’un bon moyen pour développer la cohérence de notre projet. C’est-à-dire, faire le lien entre amélioration du pouvoir d’achat, niveau des salaires, reconnaissance des qualifications et créations d’emplois. Sans emplois, difficile en effet d’imaginer une politique salariale offensive. Ce qui renvoie à notre projet de SEF et à ses chantiers, dont notamment la formation, les financements, les pouvoirs d’intervention….

Nous avons dans la période en tant que communistes, la responsabilité de ne pas rester à la surface des choses et de porter des propositions précises. Les citoyens cherchent des réponses. C’est sur le manque de perspectives, de projets donnant à voir d’autres possibles que prospère l’idéologie du Rassemblement national, la combattre c’est combattre le capital. Et combattre le capital c’est permettre à l’originalité politique du PCF d’être clairement identifiable dans la société en en faisant en même temps, une courroie d’entrainement de toute la gauche permettant la construction d’un type nouveau de rassemblement.

b) Séance de dimanche : à propos de la campagne des européennes.

Une précision par rapport à l’intervention précédente de Pierre Lacaze au sujet de nos grands axes de campagne : ne pas oublier la question des transports avec le fret ferroviaire dont le Lyon-Turin.

Le cœur de mon intervention va porter sur le slogan de la première affiche de campagne qui est : « Reprenons la main ». Je propose : « Prenons la main ». Je pense en effet que le slogan proposé renvoie trop à quelque chose de passif en même temps qu’à un passé idéalisé qui n’a dans les faits, jamais existé. Quand avons-nous eu la main, quand le peuple a-t-il eu la main sur les décisions essentielles que ce soit en France ou en Europe qu’il s’agisse des choix économiques, sociaux ou financiers ? La seule fois où il tenté de prendre la main c’est par son vote en 2005. On sait ce qu’il en est advenu !

Derrière ma proposition de : « prenons la main », il y a me semble-t-il le souci d’enclencher une dynamique, il y a l’expression d’une volonté de prendre le pouvoir et de devenir maître de sa destinée. Et qui dit prise de pouvoir, dit s’agissant de l’Europe en premier lieu une prise de pouvoir sur l’Euro, son utilisation donc sur la BCE elle-même. Ce qui renvoie au cas particulier, à une de nos propositions phare et que nous devons mettre très en avant comme l’a dit F. Wurtz lors de notre précédent CN : notre proposition de fonds pour les services publics et la transition écologique. Prendre le pouvoir c’est disputer au capital son hégémonie sur ses choix fondamentaux dans le domaine monétaire : quel crédit, pour quels financements ?

En cela, par rapport à une intervention précédente, il me semble bon de souligner le besoin de formation des communistes sur un tel sujet, de mettre toutes et tous les communistes en capacité de maîtriser le contenu et la finalité d’une telle proposition. Ce serait un atour très important pour mener une campagne communiste dynamique, spécifique et porteuse. Tout comme d’ailleurs comme l’a dit Jonathan Dubrulle, il serait judicieux de dispenser une formation sur la PAC que beaucoup de camarades connaissent mais sans savoir exactement ce que cette politique comporte réellement. Aujourd’hui nous avons besoin pour faire de la politique, pour mener une campagne électorale qui plus est, à fort enjeu comme le sont les européennes, de communistes formés, à l’aise avec nos propositions. Car l’état de notre société renvoie de plus en plus à des situations complexes et compliquées qu’il est nécessaire de maîtriser si nous voulons nous donner une vraie chance d’en changer le sens et le contenu ce qui passe par des propositions à la hauteur.

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